Conjoncture : Un bilan globalement décevant mais des accords importants initiés

Au lendemain de la COP26 qui s’est tenue à Glasgow en novembre, revenons sur la gouvernance mondiale autour des objectifs climatiques et les résultats de la COP26.

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Biodiversité | Les actualités économiques et financières

Depuis la création de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques en 1994, la gouvernance mondiale sur le climat repose sur les COP (Conférence des Parties) annuelles organisées par les Nations Unies. L’accord de Paris, conclu le 12 décembre 2015 à l’issue de la COP21, prévoyait dans son article 4 de « parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions par les puits de gaz à effet de serre au cours de la 2ème moitié du siècle ». Les signataires de l’accord avaient convenu que leurs actions étaient alors insuffisantes pour atteindre l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle et qu’elles devaient renforcer leurs plans d’action pour le climat d’ici 2020 en adoptant une stratégie de long terme à horizon 2050 et en mettant à jour leurs contributions nationales, les NDC (Nationally Determined Contributions) destinées à être mises à jour tous les 5 ans.

Depuis le début de l’année 2021, plus de 130 États ont annoncé vouloir atteindre la neutralité carbone à horizon 2050. En revanche, peu de NDC ont été mises à jour en intégrant cet objectif de neutralité carbone ou des objectifs significativement plus ambitieux que les NDC initiales. Les attentes étaient donc fortes en amont de la COP 26 organisée à Glasgow début novembre et réunissant 196 pays : l’objectif était d’obtenir des engagements concrets dans un certain nombre de domaines, rendant plausible l’objectif global de neutralité carbone au milieu du siècle.

Le bilan de cette COP 26 est jugé globalement décevant.

DES PROGRÈS JUGÉS INSUFFISANTS DANS PLUSIEURS DOMAINES

Les engagements des États pour 2030 ne sont pas à la hauteur des objectifs 2050. Si limiter le réchauffement climatique à 1,5°C apparait comme toujours théoriquement possible, la probabilité d’y arriver est désormais très faible. Selon les estimations de l’ONU, les engagements actuels des États signataires de l’accord de Paris pour 2030 conduiraient à une hausse de 16 % des émissions de CO2 en 2030 par rapport à leur niveau de 2010 et celles des pays ayant rehaussé leurs NDC baisseraient de 9 % sur la même période. Or, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, il faudrait que les émissions de CO2 baissent de 45 % entre 2010 et 2030.

En termes de scénario sur le réchauffement climatique, les politiques en place mènent vers un réchauffement de 2,7°C et les nouvelles NDC vers un réchauffement de 2,4°C. En ajoutant les nouvelles promesses de neutralité carbone, la hausse de température pourrait être limitée à 2,1°C. Tous les pays ont convenu de ne pas attendre 2025 pour revoir leurs NDC et de renforcer leurs objectifs d’émissions actuels dans leurs NDC de 2022 en vue de la COP 27. Un rapport mondial sur les avancées sera réalisé en 2023 et suivi d’un sommet des dirigeants.

Autre point qui était important pour les organisateurs : l’aide aux pays pauvres. En 2009, les pays développés s’étaient engagés à porter leur aide à 100 Mds $ par an à compter de 2020 pour des mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Les engagements d’aide des pays développés s’élevaient à 79,6 Mds $ en 2019 selon l’estimation de l’OCDE. Depuis, plusieurs pays ont accepté d’augmenter leur aide mais les négociateurs estiment que cet objectif ne devrait pas être atteint d’ici la fin de l’année 2021, et ne pourrait l’être qu’en 2023. Le texte final « note avec un profond regret » que l’objectif n’a pas été atteint malgré les engagements accrus pris par certains pays. L’objectif est cependant maintenu pour 2025.

DES PROGRÈS NOTABLES DANS PLUSIEURS SECTEURS

Ainsi, 130 pays ont signé un accord qui vise à mettre fin à la déforestation d’ici 2030. Dans le secteur automobile, six constructeurs représentant 20 % de la production automobile mondiale se sont engagés à ce que les ventes de leurs véhicules neufs soient à zéro émission en 2040 et dès 2035 sur les principaux marchés mondiaux. 32 pays ainsi que des villes accompagnent l’accord avec notamment la mise en place d’interdiction des voitures diesel et essence à un horizon proche. Il faut espérer que ces accords initieront une dynamique qui incitera d’autres acteurs à agir, comme cela a été le cas pour les annonces de neutralité carbone.

Sur la sortie des énergies fossiles, les progrès sont réels mais encore insuffisants. Les signataires de l’accord de Glasgow s’engagent à « réduire progressivement » plutôt « qu’éliminer progressivement » l’usage du charbon. C’est la 1ère fois qu’il est fait mention des énergies fossiles dans une déclaration finale de COP. Plusieurs engagements ont été pris : un engagement de sortie du charbon entre 2030 et 2040 signé par 23 pays ; 25 pays et institutions financières se sont engagés à mettre fin au financement public de projets charbon d’ici la fin 2022 ; des banques se sont également engagées à mettre fin au financement du charbon. Enfin, la grande alliance pour l’élimination progressive du charbon, la Powering Past Coal Alliance, compte 28 membres supplémentaires ce qui porte son nombre d’adhérents à 160.

Enfin, parmi les annonces positives, on retiendra le communiqué de presse commun entre les ÉtatsUnis et la Chine qui affirme que les sujets liés au climat sont d’une importance majeure. Les deux pays s’engagent à une coopération, indépendamment des sujets de divergence qu’ils peuvent avoir par ailleurs. Il s’agit d’une annonce importante venant des 1er et 2ème pollueurs mondiaux…

Si les résultats de la COP 26 ne sont pas à la hauteur des objectifs annoncés en amont, des accords importants ont été initiés dans plusieurs domaines et les négociations se poursuivent sur les objectifs 2030. Les signataires ont conscience du caractère décisif de cette décennie. En effet, si les émissions ne sont pas réduites d’ici à 2030, elles devront être fortement abaissées par la suite pour compenser la lenteur du démarrage vers l’objectif de zéro émission nette.

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