“La Fed signale la possibilité de hausses de taux plus rapides que prévu”

3
Sebastian-Paris-Horvitz
  • Politique : Depuis la réunion du comité de politique monétaire (FOMC) de la Fed à la mi-décembre, on pouvait penser que les investisseurs avaient intégré le fait que les banquiers centraux voulaient sortir plus rapidement que prévu de l’accommodation monétaire extrême dans laquelle nous nous trouvons toujours aujourd’hui. La publication ce mercredi du compte-rendu de la réunion semble toutefois avoir créé la surprise. La possibilité par les membres du FOMC d’une montée des taux directeurs plus tôt que prévu a incité les opérateurs de marché à revoir le timing des anticipations de hausses. Ainsi, d’ici la fin 2022, on a un peu plus de 3 hausses de taux attendues contre deux annoncées précédemment, avec une qui interviendrait vers le printemps. Cette réaction du marché, au contraire de la réunion de la mi-décembre, a accéléré la hausse des taux longs que nous voyions depuis la fin décembre et en ce début d’année. Au total, les minutes du FOMC n’ont fait que nous rappeler que la Fed veut aller bien plus vite qu’il y encore quelques mois vers la « normalisation » de sa politique monétaire. En même temps, nous avons eu une meilleure compréhension des stratégies envisagées pour mener à bien cette sortie, y compris la possibilité de réduire plus rapidement les montants de MBS du bilan, en les substituant en partie par des bons du Trésor pour mieux lisser la réduction de la présence de la Fed sur le marché des Treasuries. Évidemment, l’inconue reste la même : quelle sera la réaction de l’économie et des marchés à ce resserrement monétaire ? Nous ne sommes qu’au début d’un chemin complexe à parcourir pour les autorités monétaires.
  • Marchés : La première réaction du marché a été plutôt négative à la possibilité d’une montée plus tôt qu’attendue des taux directeurs de la Fed. Ainsi, l’appétit pour le risque a été touché, affectant presque tous les segments. Cette évolution s’explique aussi par la réaction des taux longs qui ont continué de se tendre, avec tout même une réaction plus violente des parties courtes, amenant un aplatissement de la courbe des taux. Ce mouvement de hausse des taux longs, du point de vue boursier, bénéficie évidemment au secteur financier en premier lieu, notamment en Europe.
  • Par ailleurs, alors que le marché adaptait ses anticipations sur la politique monétaire, les données économiques ont continué de donner un message plutôt rassurant sur les perspectives de croissance. En soulignant, tout de même, que nous sommes en phase de décélération après le très fort rebond des derniers trimestres. En partie, cette décélération est aussi l’effet des contraintes générées par la détérioration de la situation sanitaire, même si l’impact macroéconomique ne semble pas pour l’instant être considérable. Ainsi, nous avons eu les PMI des services qui en général, tout en restant élevés, comme attendu ont en fléchit en décembre, et de manière encore plus marquée dans les pays qui ont mis en place des restrictions à la mobilité, comme l’Allemagne. Aux Etats-Unis, l’ISM des services a fortement chuté fortement, tout en restant à un niveau très élevé (62). Une des raisons de cette chute semble être les contraintes qui pèsent toujours sur les entreprises en termes d’embauche ainsi qu’en approvisionnement. En ces sens, les chiffres de l’emploi américain qui seront publiés aujourd’hui nous donnerons une indication sur le dynamisme du marché de l’emploi. Tout porte à croire que les créations d’emplois ont accéléré pendant le mois de décembre, notamment dans la restauration. De fait, l’enquête ADP, qui sert d’indicateur avancé, table sur plus de 800 mille créations d’emplois sur le mois. Les économistes de marché, refroidis par des chiffres plus décevants par le passé, n’en attendent que 400 mille. Encore une fois, beaucoup dépendra du secteur de la restauration et des loisirs. Tout aussi important, il faudra continuer d’avoir un œil sur l’évolution des salaires qui pourraient de nouveau accélérer dans un marché du travail qui est d’ores et déjà très tendu outre-Atlantique.

Les minutes de la réunion de la Fed ont réveillé le marché sur la stratégie de normalisation de la politique monétaire. En effet, il semblerait que le marché ne voulait pas croire à une hausse ni trop rapide, ni trop importante. Les minutes ont simplement montré ce que nous savions déjà, un changement de stratégie devant une évolution économique bien plus robuste qu’anticipée par les autorités monétaires et surtout devant un changement de diagnostic sur l’évolution de l’inflation.

La plupart des banquiers centraux semblent maintenant reconnaître que l’accélération de l’inflation pourrait être plus durable qu’anticipée et non pas transitoire, même si certains facteurs temporaires devraient se dissiper rapidement ou du moins, avoir une moindre contribution à la hausse des prix dans les mois à venir, tel la hausse du prix du pétrole.

En particulier, certains goulots d’étranglement qui pèsent sur les chaînes de production que ce soit dans le secteur manufacturier ou des services pourraient persister plus longtemps. De fait, la Fed a développé un indice global pour essayer de suivre cette situation historique de tensions. Les dernières données à novembre montraient toujours des tensions considérables qui poussent les prix à la hausse. Il semblerait que certaines tensions, notamment dans le secteur manufacturier se sont atténues quelque peu en décembre, mais elles restent fortes.

Ce constat sur les tensions sur l’appareil productif, traduisant une expansion de la demande forte, rend la situation actuelle de l’économie américaine bien différente des épisodes précédents de normalisation de la politique monétaire.

C’est ce constat discuté lors du FOMC qui a été un des moteurs derrière l’interprétation du marché d’une hausse des taux directeurs qui pourrait intervenir plus vite que prévu.

En effet, le compte-rendu nous dit que “les participants [au comité] ont jugé que le moment entre l’arrêt des achats d’actifs et la hausse des taux directeurs pourrait être plus proche que dans les expériences passées”.
Sachant que compte tenu de l’arrêt anticipé des achats d’actifs par la Fed en mars 2022, les premières hausses de taux pourraient donc avoir lieu dès le début du printemps.

À ce stade, il est difficile d’en être certain que te sera le cas. La Fed comme à son habitude fera tout pour communiquer sur le sujet avant d’agir. Néanmoins, compte tenu du retard pris par la Fed dans son processus de normalisation, un départ anticipé de la hausse des taux doit effectivement être envisagé.
Le marché a ainsi augmenté la possibilité d’une hausse plus tôt et au total le nombre de hausses possibles en 2022. Les taux directeurs sont maintenant anticipés comme atteignant 1% dès le début 2023. Donc nous pourrions avoir dans les 12 mois à venir près de 4 hausses de taux.

Il est certain que la sortie de cette période d’accommodation monétaire extraordinaire ne sera pas un exercice simple. Outre les implications pour l’économie qui ne sont pas forcément bien comprises, comme les effets sur les marchés, il y a aussi les divergences que nous pourrions avoir sur les politiques monétaires poursuivies dans d’autres pays et les conséquences que cela pourrait avoir, notamment sur les changes. Ainsi, il est probable que la BCE sera bien plus lente à sortir de la stimulation monétaire et on peut penser qu’en Asie, notamment en Chine, les autorités pourraient maintenir des politiques accommodantes afin de soutenir la croissance.

Toutes ces problématiques seront à coup sûr des défis pour 2022 et risquent d’amener de la turbulence sur les marchés.

Vous avez trouvé cette publication intéressante ?

Cliquez sur une étoile pour la noter !

Note moyenne / 5. Nombre de votes :

Aucun vote pour l'instant. Soyez le premier à noter cette publication.

Sebastian Paris Horvitz - LBPAM
WRITEN BY

Sebastian Paris Horvitz - LBPAM

Sebastian Paris Horvitz débute sa carrière en 1993 en tant qu’économiste au sein du Fonds Monétaire International (FMI). En 1999, il rejoint AXA Investment Managers au poste de Directeur de la stratégie d’investissement avant de prendre, en 2010, la Direction de la stratégie d’investissement de la région EMEA et de la gestion discrétionnaire de HSBC Private Banking. En novembre 2020, il rejoint La Banque Postale Asset Management en qualité de Directeur de la Recherche.

Sebastian Paris Hovitz est diplômé de l’Université Paris-IX Dauphine et de l’ENSAE.

Newsletter

* champs obligatoires

Veuillez sélectionner les communications que vous souhaitez recevoir

Vous pouvez vous désinscrire à tout moment en cliquant sur le lien en pied de page de nos e-mails. Pour plus d'informations sur nos pratiques de confidentialité, veuillez visiter notre site.

Nous utilisons Mailchimp comme plateforme d'envoi. En cliquant ci-dessous pour vous abonner, vous reconnaissez que vos informations seront transférées à Mailchimp pour traitement.En savoir plus sur les pratiques de confidentialité de Mailchimp.