Le marché de l’emploi américain reste solide

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Emploi-USA | Les actualités économiques et financières

Marchés : les chiffres très attendus de l’emploi américain ont encore déçu au regard de l’enquête auprès des entreprises. Seulement 199 mille emplois auraient été créés en décembre contre 450 mille attendus par le consensus. Toutefois, encore une fois, l’enquête auprès des ménages a montré que le taux de chômage continue à reculer, se situant à 3,9%. Notre projection estime que le plein-emploi sera atteint à la mi 2022. Ce recul sera d’autant plus important si la situation sanitaire s’améliore. En effet, des secteurs très riches en emploi comme la restauration continuent de rester très en retrait de leur potentiel. Le marché du travail reste toutefois très tendu en général. L’enquête révèle que les salaires continuent à progresser assez rapidement (0,6% de gain mensuel), dans un contexte d’inflation élevée. Ce sont bien ces tensions, possiblement persistantes sur le marché de l’emploi, qui semblent avoir retenu l’attention des marchés. En particulier, les taux longs américains ont continué de progresser. Les taux nominaux à 10-ans ont atteint le plus haut niveau depuis la crise, très proche du niveau atteint en janvier 2020. La contagion de cette hausse des taux longs américains est aussi arrivée en l’Europe, où l’inflation pour le mois de décembre en Zone Euro est ressortie supérieure aux attentes. En même temps, en bourse, les secteurs le plus richement valorisés, en partie la technologie, à l’exception des très grosses capitalisations, ont continué de souffrir. Les financières, par contre, continuent de bénéficier de ce contexte. Toutefois, tôt ou tard nous devrions voir une consolidation sur le marché obligataire après la très forte poussée récente. Nous pensons, néanmoins, que la tendance devrait rester haussière avec des banquiers centraux qui devront être persistants dans la normalisation de la politique monétaire.

Le taux de chômage repasse en dessous de 4% en décembre 2021. C’est sûrement l’information la plus importante à retenir du rapport sur l’emploi américain publié vendredi. Néanmoins, encore une fois, ce rapport a déjoué les pronostics des économistes de marché avec des créations d’emplois, obtenues par l’enquête auprès des entreprises, nettement en dessous des attentes. En effet, 199 mille d’emplois auraient été créés, contre un peu plus de 400 mille attendus par le consensus des économistes et une enquête ADP qui en prévoyait plus de 800 mille. En même temps, la hausse de 141 mille emplois supplémentaires créés au cours des deux mois précédents vient un peu combler la différence sur le niveau de l’emploi total.

La différence entre les chiffres d’emploi issus de l’enquête auprès des ménages et celle auprès des entreprises reste très importante. Ceci n’est pas inusuel, d’autant plus que les chiffres de l’enquête auprès des entreprises sont souvent révisés, alors que ce n’est pas le cas sur ceux de l’enquête auprès des ménages. Mais tout de même, cette différence importante persiste de manière importante dans cette crise. Encore une fois, les statisticiens du bureau de l’emploi américain continuent de souligner les distorsions que la situation sanitaire peut entraîner.

Etats-Unis : les écarts mensuels entre l'enquêtes auprès des ménages et celle auprès des entreprises sont usuels mais ils sont devenus très importants depuis la crise

Quoi qu’il en soit, c’est bien la baisse du taux de chômage qui devrait être déterminant dans la prise de décision des autorités monétaires. En fait, à 3,9%, les taux de chômage se rapprochent à grand pas vers le plein-emploi, si on le définit par le niveau historiquement bas atteint avant la crise sanitaire, à 3,5%. En revanche, le taux de chômage élargi, c’est-à-dire en intégrant les personnes faiblement attachées à l’emploi, est déjà proche des taux les plus bas connus, se situant désormais à 7,3% contre 7,2% avant la crise et un taux bas historique atteint en 2000 à 6,9%. Bref, on voit bien qu’on se dirige vers le plein-emploi à grandes enjambées. Notre prévision, compte tenu de nos hypothèses de croissance économique, est que le plein-emploi devrait être atteint à la mi-2022.

Etats-Unis : le taux de chômage s'approche du plein emploi

Cette dynamique se justifie aussi par le nombre considérable de postes vacants qui perdure dans l’économie américaine.

Etats-Unis : des offres d'emploi très importantes ce qui permet de croire à la poursuite de la baisse

En même temps, les statistiques montrent bien qu’il y a un certain vivier de travailleurs qui pourraient retourner au travail. En effet, le taux de participation, ressorti stable à 61,9% par rapport au mois précédent reste très en dessous du niveau avant la crise de 63,4%. Évidemment, la crise sanitaire est passée par là. En effet, il est remarquable de voir que les taux de participation des personnes les plus âgées restent bien plus faibles qu’au début de la crise. Ainsi, une amélioration de la situation sanitaire pourrait apporter dans certains secteurs un assouplissement des tensions rencontrées sur la main d’œuvre aujourd’hui. Il se peut, toutefois, que des changements structurels se soient opérés pendant l’année et demie écoulée, y compris, par exemple, un plus grand nombre de personnes parties à la retraite plus tôt que prévu, ce qui pourrait maintenir le taux de participation à un niveau plus faible que par le passé.

Etats-Unis : le taux de participation reste plus faible qu'avant la crise, notamment chez les plus âgés

D’autres secteurs devraient aussi se réveiller avec la situation sanitaire s’améliorant. C’est le cas notamment des secteurs de la restauration et de l’hébergement. En effet, ces secteurs affichent toujours un énorme déficit emploi par rapport aux niveaux atteints avant la crise. Pour l’instant, depuis l’été avec les vagues de contamination par le virus, ces secteurs ont eu du mal à retrouver le dynamisme qu’ils avaient au début 2021. La faible création d’emplois montrée par l’enquête auprès des entreprises, traduit notamment la perte de dynamisme des créations de postes dans ces secteurs.

Etats-Unis : l'emploi dans la restauration et l'hébergement semble reste handicapé

Au total, le marché de l’emploi américain reste dynamique avec des offres d’emploi abondantes amplifiant des tensions qui se manifester sur l’évolution des salaires. Ainsi, mesurées par le salaire horaire moyen, on a pu constater lors du mois de décembre que la progression reste forte. En effet, la hausse a été de 0,6% sur le mois. Le glissement annuel, c’est néanmoins tassé, mais toujours se situant à un niveau élevé à 4,7%, contre 5,1% précédemment. Il nous faudra attendre les statistiques des coûts salariaux trimestriels pour avoir une idée plus claire de l’étendue de cette accélération des niveaux de rémunération.

Etats-Unis : les salaires accélèrent en décembre

Au total, ces chiffres du marché de l’emploi, qui montrent qu’on s’approche du plein-emploi et que des tensions sont visibles sur les salaires, devraient corroborer l’idée que les banquiers centraux devront maintenir le cap vers une sortie plus rapide de l’accommodation monétaire actuelle.

La réaction du marché est allée dans ce sens. Le taux à 10 ans américain s’est légèrement tendu, poussant aussi les taux européens à la hausse, d’autant plus que l’inflation en zone euro ressortait plus élevée qu’attendue en décembre à 5% en glissement annuel, et 2,6% pour l’inflation cœur (excluant l’énergie, les aliments, l’alcool et le tabac).  

Aux Etats-Unis, la hausse des taux plus récemment a surtout touché les taux réels qui se sont nettement tendus.

Etats-Unis : les taux-réels remontent vivement mais restent très en deçà des niveaux d'avant crise sanitaire

La rapidité de cette hausse comporte sûrement quelques aspects techniques en ce début d’année et ce sens, nous pourrions avoir une consolidation à court terme. Néanmoins, nous pensons que la nécessité de la Fed de persévérer pendant un certain temps avec ces hausses de taux, pourrait pousser les taux longs vers la hausse au cours de l’année 2022.

Dans ce mouvement, on peut s’attendre à ce que des secteurs dont les valorisations sont moins tendues puissent bénéficier avec des investisseurs se tournant vers ces valeurs. En ce sens, l’Europe pourrait en bénéficier tout comme les pays émergents. Mais cette tendance, si elle se dégage, pourrait être chaotique dans un contexte de resserrement monétaire inédit, car elle vise à normaliser l’expérimentation monétaire la plus extraordinaire de l’histoire.

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Sebastian Paris Horvitz - LBPAM
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Sebastian Paris Horvitz - LBPAM

Sebastian Paris Horvitz débute sa carrière en 1993 en tant qu’économiste au sein du Fonds Monétaire International (FMI). En 1999, il rejoint AXA Investment Managers au poste de Directeur de la stratégie d’investissement avant de prendre, en 2010, la Direction de la stratégie d’investissement de la région EMEA et de la gestion discrétionnaire de HSBC Private Banking. En novembre 2020, il rejoint La Banque Postale Asset Management en qualité de Directeur de la Recherche.

Sebastian Paris Hovitz est diplômé de l’Université Paris-IX Dauphine et de l’ENSAE.

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