Le thème de l’inflation restera prépondérant en 2022

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USA, inflation | FiBee : Les actualités économiques et financières
  • Marchés: Il n’y a pas de doute qu’une des grandes conversations de 2022 va être l’inflation. À la fin de l’année dernière, la Fed a décidé d’abandonner le terme de transitoire pour qualifier les mouvements de prix qui se sont mis à accélérer au printemps dernier. En effet, outre des effets de base triviaux, on pensait transitoires les tensions provoquées par une demande galopante sur une offre qui ne pouvait pas suivre, d’autant plus que les effets des restrictions sanitaires bloquaient le fonctionnement des économies. Depuis la fin de cet été, le ton a changé aux Etats-Unis et il est admis que certains effets pourraient s’avérer bien plus persistants que prévu.
  • Ainsi, les chiffres le plus attendus de ce début d’année étaient ceux de l’inflation américaine. Ils sont ressortis relativement en ligne avec les consensus des économistes, mais tout de même atteignant un plus haut niveau depuis le début des années 1980, 7% en glissement annuel. L’indice d’inflation corrigé des produits les plus volatils, l’énergie et les aliments, a quant à lui atteint le niveau le plus élevé depuis 1991, à 5,5%.
  • Il est difficile de dire quand nous attendrons le pic de l’inflation américaine. Le plus vraisemblable au premier trimestre 2022. Certains effets de base vont se dissiper. Mais tout porte à croire que les tensions pourraient persister bien plus longtemps, maintenant dans l’inflation à un niveau élevé.
  • Les marchés y croient. Néanmoins, ils ont une confiance aveugle en la capacité des banquiers centraux de faire revenir assez vite l’inflation au bercail. Après la publication des minutes de la réunion de décembre de la Fed la semaine dernière, qui montraient une volonté plus marquée des membres du comité de politique monétaire d’accélérer le resserrement monétaire, les anticipations sur une montée des taux d’intérêt directeurs plus vite que prévu a gagné du terrain. Les chiffres d’inflation y ont participé. Ainsi, dorénavant, les anticipations sont de 4 hausses en 2022.
  • En revanche, les marchés ne croient toujours pas à une « vraie » normalisation de la politique monétaire. Ils pensent toujours que le niveau des taux directeurs réels restera en négatif pour encore longtemps.
  • À très court terme, et nous le constatons, le changement de discours de la Fed et les anticipations d’un resserrement monétaire plus rapide affecte les secteurs les plus richement valorisés, notamment la technologie. Nous pensons que le très court terme peut rester très volatil. Mais, dans cette phase de début de tentative de normalisation, la prise de risque peut encore s’avérer porteuse, en se focalisant sur les valeurs avec des valorisations très déprimées ainsi que les valeurs de croissance de grande qualité.

Depuis 1982, jamais l’inflation américaine n’avait atteint 7% en glissement annuel. C’est ce qu’elle a fait en décembre. En fait, une très grande majorité des opérateurs de marché n’a sûrement jamais vu ce niveau d’évolution des prix. Même quand on retire l’effet de l’énergie et des aliments, l’indice dit cœur de l’inflation, le niveau atteint est proche de celui de 1991, avec une progression de 5,5% en glissement annuel.

Etats-Unis : l'inflation au plus haut depuis les années 80

Cette évolution est certes liée en partie à des effets de base et à des goulets d’étranglement encore très forts dans certains secteurs, notamment dans l’automobile (le prix des voitures d’occasion a grimpé de plus de 30% sur 12 mois !). Il est probable que ces effets vont s’estomper avec le temps, mais il est difficile d’en déterminer vraiment le moment précis. Quelques signaux semblent apparaître sur une certaine accalmie des tensions sur les chaînes de production, comme par exemple dans les délais de livraison qui se tassent quelque peu comme les enquêtes PMI pour les entreprises nous l’ont montré en décembre.

Des nombreux économistes essaient de calculer des indices corrigeant des effets les plus forts à la hausse de certains biens. Il se trouve que même en faisant ces calculs la dynamique des prix reste très forte, et surtout beaucoup plus fortes que dans les récentes décennies.

Deux mesures assez facilement accessibles nous racontent assez clairement les tendances sous-jacentes au niveau des prix. D’une part, le bureau du travail américain qui produit les statistiques d’inflation, a créé un indice qu’exclu l’énergie et les aliments, et aussi les loyers et surtout les voitures et les camions d’occasion qui ont vu des hausses des prix assez spectaculaires de plus de 30% en glissement annuel. Cet indice corrigé, a atteint, en glissement annuel, 4,5% en décembre en glissement annuel, soit un plus haut depuis 1991.

Par ailleurs, la Fed de Cleveland publie un indice qui corrige des extrêmes, c’est-à-dire des biens dont les prix montent beaucoup et ceux qui baissent beaucoup. 16% des prix sont ainsi enlevés de manière symétrique. Pareil, cet indice a atteint 4,5%, un plus haut depuis 1991 aussi.

Au total, on voit bien que les prix sont dans une phase de hausse qui est assez répandue.

Etats-Unis : même corrigée des évolutions extrêmes, l'inflation s'est emballée

Évidemment, une lecture mécanique de ces évolutions fait dire à certains, en isolant des prix qui ont beaucoup progressé, que l’inflation était temporaire. Néanmoins, comme indiqué précédemment, les hausses des prix se sont assez largement diffusées dans l’économie.

Cette dynamique de l’inflation, reflète assez bien les résultats d’enquête sur les prix dans des nombreux secteurs qui subissent des tensions soit sur les approvisionnements ou au niveau de la main d’œuvre.

Ainsi, par exemple, dans l’enquête auprès des petits commerçants (NFIB)nous a de nouveau dévoilé la présence de tensions fortes au mois de décembre.

En fait, dans l’enquête, les commerçants déclarant que l’inflation est le problème le plus important aujourd’hui est le plus élevé depuis les années 1980. En outre, les rémunérations progressent très rapidement, dans un marché du travail très tendu.

Etats-Unis : les commerçants toujours soumis aux tensions sur les coûts

Ces dynamiques, notamment des salaires qui viennent toucher les coûts des entreprises résultent d’ores et déjà en des hausses des prix qui nourrissent donc l’inflation. Bref, il est assez probable que l’inflation va rester élevée pour encore un certain temps. Ceci peut d’ailleurs être exacerbé par une poursuite de la montée du prix du pétrole, telle que nous la constatons depuis plusieurs jours.

Cette dynamique d’inflation a évidemment fait réagir la Fed. Elle avait annoncé une accélération de la réduction de ses achats d’actifs lors de sa réunion de décembre. Toutefois, il semblerait bien, comme indiqué par les minutes de la réunion, que les membres du comité sont prêts aussi de commencer plus rapidement la remontée des taux d’intérêt directeurs.

Doucement, le marché s’est mis à ajouter des hausses de taux en 2022. Nous sommes à 4 en 2022, alors que nous étions plutôt proches de deux avant la réunion du comité de politique monétaire de décembre.

Etats-Unis : les anticipations de hausse des taux directeurs remontent rapidement

Cette accélération des hausses s’est certes retrouvé en partie sur l’ensemble de la courbe des taux et explique en partie la montée des taux longs, en particulier depuis le début d’année.

Néanmoins, le marché pense toujours que le cycle de resserrement ne pourra pas aller très loin. En fait, plus la politique monétaire serait agressive rapidement, plus son succès serait garanti sans amener les taux à des niveaux très élevés.

Ceci est évidemment une hypothèse très forte. Il n’est pas trivial de déterminer avec certitude quel niveau de resserrement sera nécessaire pour ramener la demande vers plus adéquation avec l’offre et ainsi calmer les pressions inflationnistes qui s’exercent aujourd’hui.

Cette conviction que la Fed ne pourra pas monter les taux directeurs vers des niveaux très élevés se reflète très largement dans les taux réels. Ainsi le taux réel à 10 ans, bien qu’en hausse, restent historiquement bas, en territoire négatif.

Etats-Unis : les taux réels restent très déprimés en dépit de la récente hausse

Comme disent les banquiers centraux, il n’y a pas de trajectoire prédéfinie, y compris sur le niveau des taux directeurs qu’on pourrait atteindre à la fin du processus de resserrement.

A entendre les responsables de la Fed, ils sont prêts à agir pour s’assurer que le resserrement monétaire permette de réduire les pressions inflationnistes. Plus tôt cette action sera menée, plus la possibilité de préserver la croissance sera là.

Il n’empêche que le parcours que nous entamons pourrait s’avérer chaotique. On n’insistera jamais assez sur le fait que la sortie de l’expérimentation monétaire et budgétaire extraordinaire que nous avons vécu ces deux dernières années et qui nous a permis au milieu d’une crise sanitaire sans précédent de préserver la croissance, peut s’avérer complexe.

Sur les segments du marché les plus risqués, le stress que subissent les titres les plus fortement valorisés en ce moment, à l’entame du retrait de liquidité qui s’annonce, montre bien que le chemin de sortie peut être difficile.

Il nous semble cependant qu’à ce stade la croissance sera préservée et l’inflation devrait entreprendre un reflux, même si elle restera plus élevée que beaucoup ne l’anticipent pour encore un temps.

En ce sens, malgré la volatilité que nous rencontrerons à très court terme, il nous semble que s’exposer aux segments du marché dont la valorisation est très raisonnable et qui ont des perspectives de rattrapage de croissance ainsi qu’aux titres de croissance de qualité fait encore sens en ce début d’année.  Bref, la sélectivité sera sûrement un atout clé de la performance cette année.

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Sebastian Paris Horvitz - LBPAM
WRITEN BY

Sebastian Paris Horvitz - LBPAM

Sebastian Paris Horvitz débute sa carrière en 1993 en tant qu’économiste au sein du Fonds Monétaire International (FMI). En 1999, il rejoint AXA Investment Managers au poste de Directeur de la stratégie d’investissement avant de prendre, en 2010, la Direction de la stratégie d’investissement de la région EMEA et de la gestion discrétionnaire de HSBC Private Banking. En novembre 2020, il rejoint La Banque Postale Asset Management en qualité de Directeur de la Recherche.

Sebastian Paris Hovitz est diplômé de l’Université Paris-IX Dauphine et de l’ENSAE.

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