Les enjeux ESG 2022 pour les gérants d’actifs

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Investissement responsable | Les actualités économiques et financières

1er enjeu : La règlementation…sésame pour la vente.

La course à la qualification « Article 8 » ou « Article 9 » SFDR a marqué l’année 2021. Le mouvement va se poursuivre en 2022. La raison est simple : c’est la clé pour vendre. Tous les sélectionneurs de fonds, plateformes, institutionnels, banques, assureurs …l’ont dit plus ou moins clairement : pour être sélectionné par eux il faut avoir cette référence « 8 ou 9 » SFDR. Comme beaucoup le disaient dès l’annonce de cette règlementation, c’est le sésame pour vendre et bien sûr ceux qui ne l’ont pas, sont condamnés à plus ou moins longue échéance.

2ème enjeu : Comment s’adapter à un univers de contraintes de plus en plus complexes ?

Dans beaucoup de règlementations financières l’enjeu était « simplement » d’atteindre le niveau minimum pour respecter cette règlementation. Pour l’ESG, cocher des cases ne suffira pas. Certains ont paré au plus pressé en 2021 pour respecter «a minima » la règlementation. La complexité croissante et la multiplicité des informations vont rendre cette approche insuffisante. Seuls les gérants qui ont des processus d’investissements intégrant en amont les préoccupations ESG peuvent en pratique respecter l’ensemble des sujets règlementaires. Il est probable que l’année 2022 soit une année de réflexion profonde concernant les processus d’investissement. La logique des gestions fondées sur des décisions quasi exclusivement financières et pour lesquelles l’ESG est simplement un sujet de reporting va devenir de plus en plus difficile à préserver. Les priorités doivent être inversées : la gestion pour être réellement ESG va devoir se fixer un objectif extra-financier ex-ante.  C’est une condition indispensable pour couvrir les enjeux règlementaires, mais nécessite une inversion des priorités pour les gérants. Ce n’est pas toujours simple car cela modifie parfois profondément les processus.

3ème enjeu : Croissance des ETF ESG

La montée en puissance des ETF ESG va se poursuivre et si j’évoque les ETF ici pour faire simple mais c’est globalement la gestion passive ESG qui poursuit sa croissance.

De plus l’Europe est un enjeu majeur pour les promoteurs de la gestion passive. Pour les acteurs américains dont la part de marché ne peut désormais plus progresser au même rythme que précédemment, tout est en place pour une action commerciale en Europe. Amundi suite à l’acquisition de Lyxor affiche de grandes ambitions sur l’ESG. Comme BlackRock, Vanguard tous veulent voir croître la proportion de l’ESG dans leurs encours. De plus il est à noter que, même si les résistances sont encore fortes, le retail intègre de plus en plus d’ETF ESG dans leur offre.

4ème enjeu : les benchmarks ESG devraient s’imposer progressivement

La raison est simple. Comment imaginer qu’un fonds puisse à terme puisse s’afficher ESG avec un indice de référence qui ne le serait pas ?

Les ETF ESG ont d’ores et déjà basculé. Les institutionnels, qui devraient être précurseurs de cette tendance, et qui acceptent de payer des commissions de surperformance, ne devraient pas longtemps accepter de payer des commissions de ce type pour une gestion active ESG qui aurait un indice non ESG et donc avec un biais de marqué. Cela ne peut durer.

5ème enjeu : l’enjeu actionnarial a-t-il un sens ?

Dans le cœur du modèle ESG, l’engagement actionnarial est incontournable. Sur de nombreux sujets, en particulier sur la Gouvernance ou le Social, les choses évoluent positivement sans que l’on sache vraiment si les gestions ESG y contribue. En revanche, sur les sujets « Climat » et Environnementaux les résultats sont plus modestes. Beaucoup d’émetteurs ne tiennent aucun compte des demandes qui leur sont faites explicitement. Il faut se faire à l’idée que seules les règlementations pourront faire évoluer les choses de manière durable. L’analyse de ce qui se passe sur le charbon fait réaliser à quel point la route sera longue. Une des solutions consisterait à imposer des benchmarks ESG aux gestions ESG. Les choses seraient plus claires. Les gestions ne seraient plus contraintes de détenir des encours ne respectant pas les critères minimaux sur le plan environnemental.

6ème enjeu : La taxonomie.

 La taxonomie avance, cela va prendre du temps, mais des normes vont s’installer sur le « E » et bientôt sur le « S ». Ces normes vont s’imposer et permettront des comparaisons coté émetteurs et coté fonds. Longtemps l’espoir a résidé dans le fait que les fournisseurs de données, qui ont « cartellisé » le marché seraient, d’une certaine manière, court-circuités par des acteurs allant à la source de l’information directement auprès des émetteurs. Pour le moment les choses ne vont pas dans ce sens, et l’accès aux données extra-financières va couter toujours plus cher et contribuera à accroître le niveau des barrières à l’entrée pour les gérants d’actifs.

PS : je laisse de côté le problème de la taxonomie et du nucléaire qui est devenu un sujet politique (hélas)

7ème enjeu : Donner un prix au carbone.

Le marché du CO2 a connu une flambée en 2021. Difficile de dire ce qui arrivera sur ce marché mais une chose semble claire : ce prix va devenir une référence et il est possible que les investisseurs utilisent ce prix pour noter les émetteurs et appliquer une décote ou une surcote sur leur valorisation en fonction des niveaux d’émission de CO2.

Il est également possible que l’Europe impose une forme de « compensation » carbone payable lorsque les produits fabriqués hors d’Europe franchissent nos frontières. Cela serait probablement très préjudiciable pour beaucoup d’émetteurs dans les pays émergents. La Chine et l’Asie en tête.

Ces 7 enjeux devraient plus ou moins rapidement avoir un impact sur les valorisations et donc sur l’approche ESG des gérants d’actifs.

A suivre en 2022…et après !

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Alain Pitous
WRITEN BY

Alain Pitous

Alain Pitous est Senior Advisor ESG.
Il travaille dans le secteur de la gestion d’actif depuis 1986, diplômé de l’EDHEC, il a commencé sa carrière dans une société de bourse à Lille.
Il a ensuite rejoint la Société Générale en tant que gérant de portefeuille obligataire.
Par la suite, il a managé des équipes de gestions diversifiées, puis actions et taux jusqu’en 2009.
Il a activement participé à la création d’Amundi (Groupe Crédit Agricole) entité regroupant les activités de gestion de la SG et du Crédit Agricole.
Membre du Comex d’Amundi jusqu’en 2014 il a ensuite rejoint une aventure entrepreneuriale en intégrant Talence Gestion en tant que Directeur Général.
Il a rejoint OFI AM pour devenir Directeur de la Finance Responsable avec comme objectif d'une gestion 100% ISR...en à peine 2 ans cet objectif est en passe d'être atteint, désormais la mise en place de la règlementation Disclosure / Taxonomy est l'objet de toute son attention !

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