Obligations sociales : Un outil pour initier des changements sociaux positifs

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Investisseurs | Les actualités économiques et financières

Parmi les obligations thématiques, les obligations sociales sont le segment qui connaît la croissance la plus rapide. Leur popularité repose sur plusieurs facteurs, notamment leur utilisation pour lutter contre les inégalités hommes-femmes et soutenir les efforts de lutte contre la pandémie. 

Les obligations sociales ont levé 147,7 milliards de dollars de capitaux en 2020, soit plus de sept fois les quelque 20 milliards de dollars enregistrés en 2019, selon les données de Bloomberg. Cette augmentation massive souligne leur attrait en tant que moteur potentiellement important capable d’initier des changements sociaux tels que la mise à disposition de logements plus abordables, l’amélioration de l’accès aux services essentiels et la création d’emplois.

Illustration 1 : Les émissions d’obligations sociales ont fortement augmenté au premier semestre 2021 (en milliards de dollars)

Source : Bloomberg

Thèse en faveur des obligations sociales – L’égalité hommes-femmes

Si de grands progrès ont été réalisés en matière d’égalité hommes-femmes dans le monde, cet ODD (il s’agit du 5ème Objectif de développement durable des Nations unies) est encore loin d’être atteint.

Les retombées économiques de la pandémie ont accru les inégalités entre hommes et femmes, notamment en termes d’écarts de rémunération et de participation à la vie active. Selon l’ONU, 25 % des femmes indépendantes ont perdu leur emploi suite à la pandémie, contre 21 % des hommes.

Des études universitaires ont confirmé le lien entre le développement économique et l’égalité hommes-femmes. Par exemple, une étude de 2012 a révélé que l’émancipation des femmes était étroitement liée au développement économique. Globalement, l’inégalité entre hommes et femmes est plus marquée dans les économies émergentes que dans les pays développés.

Les pays du G20, par exemple, obtiennent un score médian de 0,08 sur l’indice d’inégalité de genre 2019 de l’ONU, contre 0,31 pour les principaux marchés émergents dont le revenu par habitant est plus faible. L’indice classe les pays sur une échelle de 0 à 1 : plus le score est élevé et plus les inégalités sont criantes.

Même dans les pays à revenu élevé, la participation et l’accès des femmes à une activité économique mesurée et rémunérée restent inférieurs à leur part de la population. Une étude de Mercer a révélé que 40 % de la main-d’œuvre mondiale était féminine, mais que seulement 7 % des entreprises du classement Fortune 500 étaient dirigées par des femmes.

La réduction et la suppression des écarts entre hommes et femmes présentent des avantages économiques latents. Une proportion plus élevée de femmes dans l’emploi rémunéré peut augmenter la production économique, tandis qu’une augmentation des revenus des femmes peut stimuler la consommation et les finances des ménages. L’emploi d’un plus grand nombre de femmes peut contribuer à compenser les effets négatifs du vieillissement de la population.

Selon une étude de McKinsey, l’hypothèse d’une participation des femmes à l’économie mondiale équivalente à celle des hommes pourrait accroître le PIB mondial annuel de 28 000 milliards de dollars.

Les obligations sociales ou liées au genre (« Gender bonds ») peuvent être un outil efficace pour promouvoir l’égalité hommes femmes. Par exemple, IDB Invest a récemment procédé à une émission de 122 millions de dollars au Mexique pour financer des projets en faveur de l’égalité des genres et de l’émancipation des femmes en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Banco Davivienda a émis la première obligation sociale d’Amérique latine axée sur le genre en août 2020 pour financer des prêts à des entreprises éligibles dirigées par des femmes en Colombie, et aux femmes primo-accédantes à faibles revenus.

La croissance des obligations sociales pour soutenir les efforts de lutte contre la pandémie

La pandémie a accéléré la croissance du financement social. Depuis le début de l’année 2020, les obligations sociales ont connu une hausse de leurs volumes d’émission, le secteur public et les agences de développement s’étant tournés vers le financement par l’emprunt en réponse à l’impact de la Covid-19.

Entre 2014 et 2019, un grand nombre d’obligations sociales a été consacré à des projets de développement de logements abordables. Citons par exemple l’émission de 2,2 milliards de dollars de la banque publique néerlandaise NWB pour le développement de logements abordables et celle de 384 millions de dollars de la National Australia Bank en faveur de l’égalité hommes femmes.

Les efforts de lutte contre la pandémie ont entraîné une augmentation du nombre d’obligations sociales axées sur des questions telles que la lutte contre le chômage et l’accès aux soins de santé. Par exemple, en mai 2020, l’Unédic, l’agence française pour l’emploi, a procédé à une émission d’obligations sociales de 4 milliards d’euros, suivie d’une deuxième d’un montant équivalent un mois plus tard.

Comment une sensibilisation accrue peut contribuer aux changements sociaux

Au-delà du financement lié à la pandémie, on observe une augmentation de la prise de conscience sociale chez les investisseurs, les entreprises et les gouvernements.

Les émetteurs souverains et supranationaux ainsi que les agences ont représenté 80 % de toutes les émissions d’obligations sociales entre 2020 et le premier semestre 2021. Mais on s’attend désormais à ce que les institutions financières, les entreprises et les organisations à but non lucratif leur emboîtent le pas et jouent un rôle de plus en plus déterminant sur le marché. La Fondation Ford, par exemple, a émis pour 1 milliard de dollars d’obligations sociales en 2020.

Des entreprises ont émis des obligations durables pour soutenir des initiatives en faveur de l’égalité raciale. L’année dernière, Bank of America a émis une obligation durable (Equality Progress Sustainability Bond) à hauteur de 2 milliards de dollars pour faire progresser l’égalité raciale, les opportunités économiques et le développement durable.

Au vu de la popularité croissante des obligations sociales, il parait raisonnable d’estimer que les émissions obligataires liées à l’émancipation économique des femmes et à la lutte contre la sous-représentation des femmes vont également bénéficier de cet engouement.

On peut s’attendre à ce que de tels instruments aient des effets positifs à long terme pour les émetteurs et les gouvernements nationaux/régionaux, car les meilleures perspectives pour les femmes peuvent réduire le risque opérationnel et de réputation et bénéficier à la croissance économique et à la cohésion sociale.

Les évolutions réglementaires telles que la classification sociale de l’UE et la réglementation en matière de finance durable (Sustainable Finance Disclosure Regulation ou SFDR) devraient accroître la confiance des investisseurs dans le marché des obligations sociales et stimuler les flux de capitaux en faveur ces obligations. De même, cela pourrait renforcer la liquidité du financement social sur les marchés obligataires.


Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication, sont basées sur les informations disponibles et sont susceptibles d’être modifiées sans préavis. Chaque équipe de gestion de portefeuille peut avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement différentes pour différents clients. Les opinions exprimées dans ce podcast ne représentent en aucun cas un conseil d’investissement.

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent aussi bien diminuer qu’augmenter et il est possible que les investisseurs ne récupèrent pas leur mise de fonds initiale. Les performances passées ne sont pas une indication fiable des performances futures.

L’investissement dans les marchés émergents, ou dans des secteurs spécialisés ou restreints, est susceptible d’être soumis à une volatilité supérieure à la moyenne en raison d’un degré élevé de concentration, d’une plus grande incertitude parce que moins d’informations sont disponibles, qu’il y a moins de liquidité ou en raison d’une plus grande sensibilité aux changements des conditions du marché (conditions sociales, politiques et économiques).

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