Trois dossiers-clé : le virus en Chine, l’inflation aux Etats-Unis et la Russie en Europe

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Monde | Les actualités économiques et financières

Omicron va-t-il forcer Pékin à revenir sur sa stratégie du zéro-COVID ? De suite, non ; mais après les Jeux olympiques, possiblement. Cela serait une preuve de pragmatisme. En attendant, le désordre le long des chaînes mondiales de production risque de se poursuivre. Jerome Powell assure que l’inflation refluera, avec la résorption des déséquilibres économiques engendrés par l’épidémie. La Fed accompagnera le mouvement par une normalisation déterminée, mais pas empressée, de sa politique monétaire. Les menaces russes en Europe ne sont sans doute pas à prendre au pied de la lettre. Elles sont surtout le reflet d’un climat politique de plus en plus clairement délétère, dans lequel l’Europe n’est pas à l’aise.

Intéressons-nous à « trois cailloux dans la chaussure » des marchés, si on ose l’expression, un peu commune et imagée, mais claire : l’arrivée d’Omicron en Chine, la dérive des prix, particulièrement aux Etats-Unis, et le diktat russe sur les équilibres militaires en Europe.

Omicron est arrivé en Chine. On parlait d’un ou deux cas au cours du week-end dernier. On en a rajouté 21 au cours de la journée d’avant-hier. La vague va prendre de l’importance ; n’est-ce pas inévitable au vu de contagiosité de ce dernier variant connu de la COVID-19 ? Quel arbitrage trouver entre politique de santé publique et politique économique ? La première est assise sur le principe, édicté, parait-il par le Président Xi, du zéro-COVID ; la seconde articule une difficile synthèse entre mesures structurelles visant à durcir la réglementation dans beaucoup de domaines et soutien conjoncturel, ciblé et prudemment calibré. La crainte légitime qu’on doit avoir est que le refus de la maladie, et donc la prise de mesures drastiques d’empêchement de la mobilité, pèse de façon plus ou moins marquée (qui peut le dire ex ante ?) sur le rythme de la croissance. En craignant qui plus est qu’Omicron passe plus que ses prédécesseurs entre les mailles du filet de protection mis en place. Quid alors du tempo de l’activité économique en Chine, des approvisionnements du reste du monde auprès des producteurs locaux et donc in fine du couple croissance – inflation ? Se retrouverait-on dans un schéma en deux temps : moins de croissance et moins d’inflation qu’anticipé d’abord, suivi de plus de croissance et plus d’inflation ensuite ? La volatilité macroéconomique durerait dans ce cas plus longtemps qu’initialement envisagée.

Chine : l'image officielle de la politique du zéro-COVID et les conséquences sur la croissance

Faisons immédiatement une réserve. La préférence donnée à la santé par rapport à l’économie pourrait ne pas durer. Cette priorité se comprend dans la perspective des jeux olympiques d’hiver, qui sont prévus pour se tenir entre les 4 et 20 février dans la région de Pékin. Et puis, il est possible d’escompter que la menace Omicron ne dure pas ; n’espère-t-on pas, et ceci un peu partout au monde, qu’il s’en aille comme il est venu ? Dans tous les cas, une fois les olympiades refermées, il faudra bien que l’économie se « pare de ses plus beaux atouts » pour que les conditions politiques et sociales les meilleures soient réunies afin d’assurer la pleine réussite du XXème Congrès du Parti communiste chinois, qui se réunira en novembre prochain.

Que conclure ? Que la Chine ne serait qu’un couac passager et n’entrainerait qu’un retard de quelques petits mois dans le processus de normalisation de la situation économique mondiale. Le propos fait sens, mais implique un certain pragmatisme dans l’approche pékinoise de l’épidémie. Un régime, caractérisé par une très grande confiance dans ce qu’il pense et dans ce qu’il fait et par une hypercentralisation du processus de décision, en est-il capable ?

Passons à l’inflation, avec une attention particulière sur les Etats-Unis. En novembre, les glissements sur un des indices d’ensemble et noyau dur (hors énergie et produits alimentaires) des prix à la consommation n’ont-ils pas été de respectivement 6,8% et 4,9 ? Depuis le printemps dernier, les séries s’éloignent de plus en plus de la référence de 2%. Cette dynamique défavorable créée un climat inquiet, qui se traduit dans l’attente un peu fébrile des chiffres de décembre. Ils seront publiés cet après-midi à 14h30. Avant tout pour des raisons d’effets-base, une nouvelle accélération est attendue par le consensus Bloomberg : +7,0% pour l’indice d’ensemble et 5,4% pour le noyau dur. Il faudra en fait s’intéresser davantage aux mouvements d’un mois à l’autre. La déception viendra si l’indice d’ensemble croit de plus de 0,4% (après 0,8%) et si le noyau dur progresse de plus 0,5% (inchangé par rapport à novembre).

Le regard posé sur la dynamique des prix à deux dimensions ; une politique et une économique. J’ai même envie de dire que pour les policymakers, la première est la plus préoccupante. Elle pèse sur la confiance des ménages et pourrait les amener à revoir à la hausse leurs anticipations inflationnistes. Le pilotage de l’économie en est plus compliqué et pourrait éventuellement l’être encore plus. Sans oublier que le blâme est porté par le pouvoir exécutif : la Maison Blanche d’abord, mais le risque existe que la banque centrale finisse par être associée. Le bas niveau de la côte de popularité du Président Biden est déjà l’expression du mécontentement.

Il est donc nécessaire d’agir ; et ceci même si le diagnostic économique fait conclure à la probabilité élevée donnée à une normalisation se mettant progressivement en place (sous la double hypothèse bien sûr qu’il n’y ait pas d’effets de second tout et que les anticipations inflationnistes restent bien ancrées). On en a déjà souvent parlé et le rythme de celle-ci dépendra pour beaucoup d’un calendrier de sortie de l’épidémie, hélas encore très incertain et dont il est légitime de craindre qu’il est en train de se rallonger.  Jusqu’à remettre en cause la double hypothèse mentionnée ci-dessus ? Sans doute pas, s’il ne faut pas attendre de trop. Mais qui peut le dire avec une forte conviction ?

Les considérants politique obligent le pouvoir exécutif et ses agences à bouger : parler puis agir. Jerome Powell, au cours de l’audition de confirmation à la tête de la Federal Reserve Bank hier devant le Sénat, s’y est employé. L’articulation de ses propos peut être synthétiser de la façon suivante.

  • Rappel du diagnostic économique : l’essentiel des pressions inflationnistes constatées refluera quand la « pagaille » sur les chaines de production au niveau mondial et la pénurie de main d’œuvre dans le pays, les deux étant en rapport direct avec l’épidémie, s’atténueront. Le retour (fondé au demeurant) du transitoire !
  • On agit : le processus de normalisation de la politique monétaire est en marche. Le propos est largement à destination du grand public, dont les marchés de capitaux. Avec une précision importante : le chemin menant à un réglage « normal » (comprendre neutre sur la dynamique économique) sera long.
  • La Fed est en mesure de « résoudre la quadrature du cercle » : faire revenir l’inflation à un niveau plus acceptable tout en ne mettant pas à risque le tempo de la croissance économique. Le message est en direction des élus : la première partie plus pour les Républicains et la seconde, plus pour les Démocrates. L’ambition affichée vient renforcer l’idée de gradualisme (la longueur de la route à poursuivre).
  • Mais attention ; si l’inflation était plus rétive à « rentrer dans le rang », les moyens à employer pour atteindre l’objectif d’une significativement moindre pression sur les prix pourraient faire courir un risque à la poursuite de la phase d’expansion. Le point de vigilance se veut urbi et orbi. Il montre la détermination de la Fed : inflatio delenda est !

Il y a ici surtout un message de confiance : la « force tranquille » de la politique économique américaine participera à faire refluer une dynamique des prix, trop marquée aujourd’hui. Il ne faut pas douter de cette volonté ; en sachant que « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ».

Finissons par les demandes russes adressées à l’OTAN et aux Etats-Unis. Elles sont en discussion tout au long de la semaine entre les pays et les organisations intéressés. Rappelons les pour commencer :

  • l’OTAN ne doit pas intégrer de nouveaux membres ;
  • les Etats-Unis et l’OTAN ne doivent pas déployer des missiles à courte et à moyenne portée à proximité du territoire russe ;
  • les Etats-Unis ne doivent pas positionner des armes nucléaires à l’extérieur de ses frontières ;
  • l’OTAN ne déploie ni troupes ni armes dans les pays l’ayant rejoint après la signature de l’acte fondateur sur les relations avec la Russe, signé en mai 1997 (donc pas dans les pays d’Europe centrale) ;
  • l’OTAN s’engage à n’organiser que des exercices militaires de taille limitée et dans des zones prédéterminées ;
  • les Etats-Unis sont d’accord pour ne pas engager de coopération militaire avec des pays ayant appartenu à l’URSS.

Elles sont évidemment inacceptables et la Russie ne devrait pas obtenir gain de cause, si ce n’est symboliquement. Par sa capacité de nuisance, elle redevient un interlocuteur incontournable des Etats-Unis.

Au-delà de cela, il me semble important de mesurer la réalité du climat politique. Il est fait de rivalité sino-américaine, de coup de frein à la mondialisation économique et financière et de montée du populisme et du nationalisme. Il faut en tirer deux conclusions pour la communauté des gens de marché. D’abord, le monde s’éloigne des règles du libéralisme économique et politique. En termes de prospérité, qui plus est partagée, la perspective est défavorable. Ensuite, dans l’environnement davantage « barbare », qui paraît bien se mettre en place (la Chine de Xi, la Russie de Poutine et les Etats-Unis à l’ombre d’un Parti républicain sous l’influence d’un trumpisme dangereux), menacer et « taper du poing sur la table » deviennent des instruments usuels de gestion des conflits. L’Europe n’y est pas forcément à l’aise. Apprendra-t-elle, au risque sinon de tomber sous l’influence d’un « plus méchant que soi » ou d’être ballotée en fonction des rapports de force internationaux ?

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Herve Goulletquer - LBPAM
WRITEN BY

Herve Goulletquer - LBPAM

Directeur Adjoint de la Recherche, Hervé Goulletquer est titulaire d’une Maîtrise d’Econométrie, d’un DEA de Conjoncture et Politique Economique et diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris.

Après des débuts chez Framatome, il a effectué toute sa carrière dans le secteur financier. Il était en dernier poste Responsable mondial de la recherche marchés du Crédit Agricole CIB, où il gérait et animait un réseau d’une trentaine d’économistes et de stratégistes situés à Londres, Paris, New York, Hong Kong et Tokyo.

Ses champs d’expertises couvrent l’économie mondiale, les marchés de capitaux et l’arbitrage entre classe d’actifs.

Il produit une recherche quotidienne et hebdomadaire, et communique sur ces thèmes auprès des investisseurs français et internationaux.

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