Une tempête verte souffle sur les majors pétrolières

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Pétrole | Les actualités économiques et financières

Darren Woods, le PDG d’ExxonMobil, a essuyé un véritable camouflet lors de l’assemblée générale (AG) du 26 mai 2021. Un fonds activiste, Engine n°1, avec seulement 0,02 % du capital, a réussi à faire élire au Conseil de surveillance au moins deux représentants proposés pour leur compétence en climat, contre l’avis de la direction. Depuis plusieurs mois, Engine n°1 pousse le géant pétrolier à réduire ses dépenses d’investissement et à se concentrer « sur l’accélération
plutôt que sur le report de la transition » vers les énergies plus propres. De grands investisseurs comme BlackRock, Vanguard, State Street et CalPERS, mais aussi les agences de conseil en vote comme ISS, avaient déclaré leur soutien au fonds activiste.
La major pétrolière n’est plus que le vestige de l’ex-empire Rockfeller. ExxonMobil a en effet perdu 22 milliards de dollars en 2021 après en avoir perdu 18 en 2020.
L’entreprise valait 500 milliards de dollars en 2007, ce qui en faisait la première capitalisation mondiale, pour ne pointer aujourd’hui qu’au 33ème rang après avoir été sortie du Dow Jones en août 2020.
Ce même 26 mai, Shell a perdu un procès emblématique intenté par divers plaignants, dont Milieudefensie (Les Amis de la Terre aux Pays-Bas), Greenpeace Nederland et 17 319 plaignants individuels devant le Tribunal de La Haye. Le Tribunal a ordonné à Shell de réduire ses émissions nettes de carbone de 45 % en 2030 par rapport à 2019. L’ordonnance du tribunal porte sur l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre (GES) de Shell scopes 1, 2 et 3 et pas seulement sur les émissions directes (scopes 1 et 2). La décision se fonde sur les principes des « droits de l’Homme » et du « devoir de diligence », conformément aux principes fondamentaux des Nations-Unies, même si les différents pays dans lesquels Shell opère n’ont pas d’objectifs précis d’émissions de GES. Le tribunal fait valoir que « l’intérêt commun impérieux servi par le respect de l’obligation de réduction l’emporte sur les conséquences négatives auxquelles Shell pourrait être confrontées en raison de l’obligation de réduction ainsi que les intérêts commerciaux du groupe Shell. »
Cette décision vient en écho du rapport de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) NZE-2050, qui appelle à la fin immédiate de tous les nouveaux projets d’exploration d’énergies fossiles. Total et Patrick Pouyanné, son PDG, n’ont pas échappé à ce mouvement mais ils avaient très habilement pris les devants en proposant une résolution « say on climate » pour l’Assemblée générale du 28 mai 2021. Cette résolution soutient l’objectif de l’Accord de Paris sur la trajectoire 2°C d’augmentation maximale de la température par rapport à 1850, avec un engagement sur la neutralité carbone de l’entreprise d’ici 2050 pour les scopes 1, 2 et 3 (émissions de CO2
directes et indirectes par les fournisseurs et clients) sur un périmètre monde. Si l’on peut lui reprocher d’être beaucoup trop imprécise sur les mesures à adopter pour que Total parvienne à ne plus émettre de gaz à effet de serre en 2050, l’engagement à atteindre cet objectif constitue un incontestable progrès par rapport à la situation de 2020. Cette résolution de Total a été au final plébiscitée par près de 92% des actionnaires. Si l’entreprise a remporté cette manche, le match de la course contre les 2°C est loin d’être terminé. 34 investisseurs – dont Ecofi – ont signé une déclaration à l’assemblée générale (« AG statement ») rédigée par la coalition Climate Action 100+. L’initiative demande au Conseil d’administration de Total davantage de transparence et de clarification dans sa stratégie de réduction des émissions pour respecter son engagement pour une neutralité carbone d’ici 2050. En particulier, a contrario du rapport de l’AIE, l’ambition de Total est d’augmenter sa production de pétrole et de gaz jusqu’en 2030 pour faire face à la demande. 2022 sera à coup sûr l’occasion d’une nouvelle confrontation entre Total et certains de ses actionnaires.

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