Dans une tribune acérée, Philippe Charlez démonte méthodiquement les promesses énergétiques de l’accord commercial entre les États-Unis et l’Union européenne. Présenté comme une victoire géostratégique, ce deal prévoit l’achat par l’Europe de 750 milliards de dollars d’hydrocarbures américains sur trois ans. Problème : les chiffres ne collent pas.
L’accord commercial Etats-Unis Union Européenne tient de la tartufferie absolue !
En échange de seulement 15 % de taxes, Vieux Continent s’est engagé à importer en trois ans 750 G$ de pétrole et de gaz américain soit 250 milliards par an. Pour beaucoup il s’agit d’un renoncement de la part de l’Europe. Mais pour qui veut regarder les chiffres dans le détail, ces 250 milliards paraissent totalement lunaires !
En 2024, les Etats-Unis ont produit 20 millions de baril de pétrole par jour et en ont consommé 19. Ils ne sont donc exportateur net que d’un petit million de barils par jour ce qui au cours moyen actuel (75 $/bbl) a une valeur annuelle de 27 milliards de dollars. Ces barils américains exportés dans le monde peuvent effectivement être achetés en priorité par l’Europe. Mais s’agissant d’échanges à volume et somme constante il en résultera un simple jeu de chaises musicales : ce que l’Europe achète aux US elle ne l’achètera plus au Moyen Orient qui de son côté vendra son pétrole aux anciens clients des US ! En résumé cette opération ne coûtera pas plus cher à l’Europe et ne rapportera pas plus aux US.
Le cas du gaz est un peu différent. Les US on produit en 2024 1033 milliards de mètres cubes et en ont consommé 902. Ils en ont donc exporté 130 sous forme de gaz naturel liquéfié. De son côté, l’Europe a consommé 330 milliards de mètres cube dont 50 ont été importés des US. L’Europe pourrait donc accroitre ses importations de GNL américain à condition que les clients asiatiques des US (Japon, Chine et Corée du Sud) renoncent à leurs contrats ce qui est loin d’être évident. Mais, à supposer que cette éventualité se réalise, ces 130 milliards de mètres cubes n’ont qu’une valeur marchande annuelle de 39 milliards de dollars.
En résumé, si les US arrivaient à vendre à l’Europe le total de leurs excédents d’hydrocarbures, la somme atteindrait 66 milliards de dollars soit quatre fois moins que les 250 milliards annoncés. Mais surtout, ces échanges supplémentaires ne rapporteront pas plus aux uns et ne coûteront pas plus aux autres sauf si l’Europe décidait de revoir à la hausse sa consommation d’hydrocarbures en reboostant…les voitures thermiques et les chaudières au gaz.
Ce deal qui a été applaudi par certains (Allemagne et Italie) et maudit par d’autres (la France) est donc une tartufferie absolue qui n’a pas échappé aux marchés énergétiques : il n’a eu aucun impact ni sur le prix du pétrole ni sur celui du gaz.
Source des données : Statistical Review of World Energy. Energy Institute.