Analyse et gestion extra-financière : la multiplication des chausse-trappes

Le métier d’analyste et de gestionnaire ESG[3] (Environnement, Social, Gouvernance) s’avère de plus en plus complexe. Jusqu’à présent, l’état de l’art consistait principalement à établir un scoring sur le triptyque ESG des émetteurs. Face à la masse du nombre d’entreprises à évaluer, et à son coût considérable, l’approche qualitative nécessaire à l’analyse extra-financière s’est peu à peu atténuée au profit de l’analyse quantitative[1], fondée sur des données chiffrées plus ou moins standardisées.

Or, celles-ci ne reflètent pas toujours la réalité des pratiques réelles des entreprises et ne se focalisent pas assez sur leur cœur de métier spécifique. D’où les ratés de place récents comme Orpea, où un journaliste qui a disposé de temps (2 ans) pour ses investigations, a réussi à révéler des errements profonds de cette entreprise qui étaient restés hors du champ de vision des analystes ESG et financiers.

La réglementation européenne espère remédier à ces dysfonctionnements en améliorant la qualité de la donnée ESG publiée par les entreprises. Essentiellement avec la directive SFDR[2] (Sustainable Finance Disclosure Regulation) qui vise à aider les investisseurs en leur donnant une information plus transparente sur l’intensité avec laquelle les produits financiers prennent en compte les caractéristiques environnementales ou sociales ou investissent dans des investissements durables. SFDR oblige les gestionnaires d’actifs et les conseillers en investissement à publier des informations spécifiques quant à la manière dont ils prennent en compte deux considérations essentielles : les risques en matière de durabilité et les principales incidences négatives. C’est ce que l’on nomme la double matérialité. D’une part, les entreprises et institutions financières sont responsables de la gestion du risque financier que les facteurs socio-environnementaux génèrent sur les résultats et, d’autre part, ces mêmes entreprises et institutions financières doivent pleinement assumer la responsabilité des impacts négatifs – avérés et potentiels – que leurs décisions feraient peser sur la société et l’environnement (la « cité »).

Cette double matérialité fait l’objet d’une lutte sévère sur les normes qui régiront l’ESG au niveau mondial puisque les Américains ne veulent prendre en compte à ce jour que la matérialité simple, c’est-à-dire les risques financiers induits par les facteurs ESG. Les normes comptables à venir, vont donc faire l’objet d’une bataille intense entre les deux continents, puisque la double matérialité n’aura de sens que si l’environnement ET le social sont pris en compte par les normes comptables.

Le principal écueil de cette réglementation, applicable dès maintenant, est que les données des entreprises, et notamment celle sur les principales incidences négatives, ne sont pas au rendez-vous. Les gestionnaires et les investisseurs risquent donc de rester dans le flou pendant 5 à 10 ans, ce qui ne va pas atténuer les critiques de greenwashing faites à l’ESG.

Pour couronner le tout, le Texas a décidé d’appeler au boycott des acteurs financiers dont la politique climat menacerait l’industrie fossile. Cette annonce a été faite par Glenn Hegar, républicain en charge des finances de l’État, qui ne craint pas de dénoncer un complot : « L’ESG a produit un système opaque et pervers dans lequel certaines sociétés financières ne prennent plus de décisions dans le meilleur intérêt de leurs actionnaires ou de leurs clients, mais utilisent plutôt leur poids financier pour pousser un ordre du jour social et politique entouré de secrets. » Une loi de septembre 2021 prévoit en effet de limiter les contrats entre le Texas et les entreprises qui veulent réduire leurs liens avec les entreprises carbo-intensives. La réponse de ces gestionnaires est plutôt inquiétante : BlackRock, qui gère le plus gros ETF[4] ESG du monde, a aussitôt répliqué qu’il avait investi plus de 100 milliards de dollars au Texas dans les entreprises du secteur de l’énergie.

Et si la crédibilité des gestionnaires de l’ESG reposait en premier lieu sur la cohérence de leur démarche extra-financière quitte à ne pas hésiter à contredire sur certains points les desiderata de leurs clients ? Après tout, il y a vingt ans, la réduction de l’univers investissable lié à l’ESG allait à l’encontre des thèses de Markowitz enseignées dans toutes les meilleures écoles et qui lui ont valu le prix Nobel d’économie en 1990.

Termes et définitions
1. analyse quantitative. L’analyse quantitative fait référence à l’utilisation de techniques mathématiques, statistiques et de modélisation pour comprendre et évaluer le…
2. SFDR. La réglementation SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) est un règlement européen qui vise à améliorer la transparence et l'intégrité des produits financiers liés au développement durable.
3. ESG. L’ESG (Environnement, Social et Gouvernance) est un terme générique qui désigne les critères de responsabilité sociale et environnementale…
4. ETF. Un ETF (Exchange-Traded Fund) est un type de fonds d’investissement qui se négocie sur les marchés boursiers, tout…

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NomISINCatégoriePerf.YTD
Gay-Lussac Microcaps A FR0010544791 Actions Euro. Microcaps -1.38 %
Pictet – Clean Energy (P) LU0280435388 Actions techno. 1.59 %
Auris Euro Rendement R EUR Acc LU1599120273 Obligations Europe 0.36 %
Ofi Invest ISR Valeurs Euro IC FR0007045604 Actions Zone Euro 4.41 %
Invesco Euro Equity Fund A Dist LU1240328903 Actions Zone Euro -0.21 %
ODDO BHF Metropole Euro SRI A FR0010632364 Actions Zone Euro 2.02 %
Amundi Funds Euroland Equity R Eur LU1883305846 Actions Zone Euro 3.81 %
Lazard Actions Euro IC FR0010259945 Actions Zone Euro 6.08 %
DNCA Opportunités Zone Euro C FR0012316180 Actions Zone Euro 0.97 %
Echiquier Value Euro A FR0011360700 Actions Zone Euro 0.61 %
Goldman Sachs Eurozone Equity Income R EUR Cap LU1273028123 Actions Zone Euro 3.48 %
R-co Conviction Equity Value Euro C Eur FR0010187898 Actions Zone Euro 0.09 %
Sycomore Fund Sustainable Tech RC EUR LU2181906426 Actions techno. 15.99 %
ODDO BHF Artificial Intllgnc CR-EUR LU1919842267 Actions techno. 10.64 %
CPR Invest Glbl Dsrpt Opp A EUR Acc LU1530899142 Actions techno. 11.30 %
BGF Next Generation Technology A2 EUR H LU1861216510 Actions techno. 6.60 %
EdR SICAV Tech Impact A EUR FR0013488244 Actions techno. 4.31 %
Janus Henderson Glb Tech&Inno A2 HEUR IE0002167009 Actions techno. 12.36 %
Tocqueville Global Tech ISR C FR0013529914 Actions techno. 15.22 %
Allianz Cyber Security WT H2 EUR Acc LU2357305882 Actions techno. 7.13 %
Echiquier Artificial Intelligence B EUR LU1819480192 Actions techno. 14.29 %
Mélanion BTC Equities Universe UCITS ETF EUR FR0014002IH8 Cryptos -5.72 %
TOBAM Bitcoin CO2 Offset Fund A1 FR0013293859 Cryptos 35.63 %
La Française Carbon Impct Flt Rt TC USDH FR001400D724 Obligations Europe 1.36 %
Carmignac Pf Flexible Bond A USD Acc H LU0807689749 Obligations Europe 0.53 %
Income Euro Selection P FR0010363648 Obligations Europe 1.90 %
Ostrum Euro ABS Opportunities I(C) EUR FR0010286195 Obligations Europe 1.45 %
DNCA Invest Credit Conviction N EUR LU1234712617 Obligations Europe 1.33 %
Hottinguer Oblig C FR0010269803 Obligations Europe 1.38 %
Ecofi Taux Variable C FR0011045137 Obligations Europe 1.22 %
Octo Crédit Value C FR0013192622 Obligations Europe 1.25 %
GS European ABS – I Cap EUR LU1900228542 Obligations Europe 2.09 %

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