Août, le mois des marchés sans histoire ? Rien n’est moins sûr. Si les opérateurs désertent les parquets pour la plage et que les volumes s’assèchent, l’histoire financière regorge d’exemples où les tempêtes ont surgi en plein cœur de l’été. De décisions politiques inattendues à des secousses économiques d’ampleur mondiale, le mois d’août est loin d’être un havre de paix pour les investisseurs.
2021 : Pékin tacle ses champions technos
Août 2021. Tandis que les Bourses mondiales profitent d’un climat accommodant, une série de décisions brutales du gouvernement chinois s’abat sur les géants de la tech. En l’espace de quelques semaines, Alibaba, Tencent, Meituan ou encore Baidu perdent des dizaines de milliards de dollars en capitalisation. La cause ? Une offensive réglementaire sans précédent : limitation des jeux vidéo pour les mineurs, interdiction du profit dans le secteur de l’éducation, restrictions sur les IPO à l’étranger… Le message est clair : l’État reprend la main sur l’économie numérique. Les valeurs technologiques chinoises, jusqu’alors portées aux nues, s’effondrent. Le Nasdaq Golden Dragon China Index, qui regroupe les entreprises chinoises cotées aux États-Unis, plonge de plus de 20 % en un mois.
Ce choc marque un tournant dans la perception du risque chinois par les investisseurs internationaux. Août redevient brutal.
2015 : la Chine secoue la planète finance
Six ans plus tôt, en août 2015, la Banque populaire de Chine crée la stupeur en dévaluant le yuan face au dollar, une première depuis 1994. Derrière cette décision, l’aveu d’un ralentissement plus profond que prévu de la deuxième économie mondiale. La panique est immédiate. Les investisseurs redoutent un effondrement de la croissance chinoise, avec des effets domino sur les exportateurs de matières premières et l’ensemble des marchés émergents. À Wall Street, le Dow Jones chute de plus de 1 000 points en séance. Un « flash crash » comme les marchés n’en avaient plus vu depuis 2010.
2011 : Les États-Unis perdent leur triple A
Le 5 août 2011, l’agence de notation Standard & Poor’s rétrograde la dette américaine d’un cran, de AAA à AA+. Une onde de choc historique, car jamais auparavant les États-Unis n’avaient perdu leur note maximale. Le motif ? L’incapacité du Congrès à s’entendre sur une trajectoire budgétaire crédible. Les marchés réagissent violemment, le VIX explose, les valeurs refuges flambent… sauf une : les Treasuries américains, paradoxalement, voient leur rendement baisser. Car malgré la note abaissée, le monde entier continue de s’y ruer en quête de sécurité.
2007 : La mèche des subprimes est allumée
Le 9 août 2007, BNP Paribas gèle trois de ses fonds monétaires en invoquant l’impossibilité de valoriser leurs actifs exposés aux crédits hypothécaires américains — les fameux subprimes. Cet événement, largement sous-estimé à l’époque, est aujourd’hui considéré comme le déclencheur officiel de la crise financière mondiale.
Ce jour-là, les banques commencent à se méfier les unes des autres, les taux interbancaires s’envolent, la liquidité se contracte. La machine financière mondiale entre en tension. L’automne qui suivra sera celui de la débâcle.
1998 : La Russie fait défaut, la finance vacille
Le 17 août 1998, la Russie annonce qu’elle ne peut plus honorer ses dettes domestiques et dévalue brutalement le rouble. Le choc est immense : les marchés émergents, déjà fragilisés par la crise asiatique, vacillent. Le hedge fund américain LTCM (Long Term Capital Management), qui misait massivement sur la convergence des taux souverains, est au bord de la faillite. Il faudra l’intervention coordonnée de la Réserve fédérale et de grandes banques américaines pour éviter un effondrement systémique. Août s’inscrit une fois encore dans l’histoire financière… en lettres de sang.
1971 : Nixon referme la cage de l’or
Enfin, impossible de parler d’août sans évoquer un des tournants majeurs de l’économie moderne. Le 15 août 1971, Richard Nixon annonce la fin de la convertibilité du dollar en or, scellant la fin des accords de Bretton Woods. Le monde bascule alors dans le régime des changes flottants. Ce Nixon Shock, survenu en plein été, bouleverse les équilibres monétaires mondiaux. Il marque aussi le début d’une période d’inflation galopante qui culminera dans les années 70 avec les chocs pétroliers.
Moins de monde, plus de volatilité
Alors pourquoi août est-il si propice aux déflagrations ? Parce que les marchés sont moins liquides, que les réactions sont plus vives, et que les acteurs institutionnels sont moins réactifs. Les gouvernements, eux, peuvent aussi profiter du relatif silence médiatique pour faire passer des mesures controversées.
Un mois d’août 2025 sous haute tension ?
Dans un contexte déjà tendu par les conflits géopolitiques, les décisions unilatérales du président Trump en matière de droits de douane, combinées à ses revirements fréquents, ajoutent une dose supplémentaire d’incertitude. L’entrée en vigueur, depuis le 1ᵉʳ août, de tarifs douaniers massifs sur plusieurs partenaires et les négociations encore en cours laissent planer le doute sur d’éventuels ajustements de dernière minute. Cette instabilité stratégique pourrait faire de ce mois d’août un moment charnière, où la moindre déclaration présidentielle suffirait à exacerber la volatilité. Pour les investisseurs comme pour les décideurs, août 2025 s’annonce comme un mois particulièrement périlleux.