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Banque centrale européenne : une équation aux multiples inconnues…

Promise à une récession induite par la crise énergétique, la zone Euro semble pour le moment faire preuve de résilience. De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) poursuit son cycle de resserrement monétaire, tout en anticipant une dégradation des conditions économiques. Dans un tel contexte, quels scénarios peut-on envisager ?

L’inflation « totale » s’est intensifiée en octobre à +10,7 % sur un an glissant (+10,0 % en septembre), de même que l’inflation « cœur », à +5,0 % (+4,8 %). Auparavant quasi- exclusivement expliqué par des problématiques d’offre, le phénomène semble désormais de plus en plus s’accoutumer de facteurs liés à la demande (services…).

Les principaux contributeurs restent, malgré tout, de nature essentiellement énergétique, en particulier le pétrole importé en dollar qui se renchérit davantage avec la faiblesse de l’euro. Le gaz et l’électricité sont quant à eux affectés par le moindre approvisionnement russe et les difficultés rencontrées par le parc nucléaire. En combinant cela, nous n’estimons pas l’atteinte d’un « pic » d’inflation avant début 2023. La décrue sera lente et l’inflation « cœur » n’approchera pas la cible des 2 % de sitôt.

En parallèle, les deux premiers trimestres ont enregistré une forte croissance du PIB, insufflée par la réouverture des économies post-Covid. Le troisième trimestre a toutefois montré des signes d’essoufflement. A 6,6 %, le taux de chômage se situe quant à lui à un niveau historiquement bas, en deçà du taux de chômage structurel (celui qui, à l’équilibre, n’accélère pas l’inflation). Au-delà d’histoires spécifiques telles que IG Metall en Allemagne, la hausse salariale est toutefois modérée, mais la probabilité d’une dynamique haussière en 2023 n’est pas à écarter. La menace la plus pesante reste celle de la crise énergétique. A la faveur de températures clémentes en octobre, la consommation d’énergie s’est affaissée. Ce gain de temps ne devrait en revanche pas permettre d’éviter une contraction de l’activité, qui pourrait se produire au 1er trimestre 2023 au plus tard.

La BCE fait donc face à un dilemme aux multiples dimensions :

(i) la persistance de l’inflation dans un environnement macroéconomique voué à se dégrader, (ii) la crainte d’une éventuelle boucle prix salaire et (iii) la dépréciation de l’euro, dont le destin semble intimement lié à celui de la politique monétaire de la Fed. A cela, l’institution a décidé de répondre par la force, en relevant à nouveau ses taux directeurs de +0,75 % lors de sa réunion du 27 octobre dernier. Son ambition n’est désormais plus masquée, et se matérialise dans les prises de parole des officiels de la BCE. Quelques dissensions s’observent mais tous convergent vers un resserrement monétaire rapide et appuyé, avec même l’idée récente qu’une récession n’entamera pas cette volonté.

L’institution doit également composer, au moment où elle restreint sa politique monétaire, à des politiques budgétaires expansionnistes visant à soulager la facture énergétique. Enfin, les risques politiques – plus ou moins éteints pour le moment – sont dans tous les esprits (Italie…).

Notons par ailleurs un fait intéressant. La Banque d’Angleterre, celle du Canada, de l’Australie et de la Norvège tentent depuis quelques semaines de s’affranchir dans le discours et dans les actes, des actions implémentées par la Fed.

Pour la BCE, l’équation à résoudre semble donc bien plus kafkaïenne que celle soumise à la Fed, qui paraît presque triviale en comparaison…

Source : Ecofi, au 4 novembre 2022 – Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Document non contractuel. Le présent document contient des éléments d’information, des opinions et des données chiffrées qu’Ecofi considère comme exacts ou fondés au jour de leur établissement en fonction du contexte économique, financier ou boursier du moment. Il est produit à titre d’information uniquement et ne constitue pas une recommandation d’investissement personnalisée.

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