Dans son analyse, Thuy Van Pham, économiste chez Groupama AM, décrypte une Banque d’Angleterre prise dans un équilibre délicat. En maintenant son taux à 3,75 %, l’institution affiche une posture prudente, mais clairement orientée vers la lutte contre une inflation persistante. Les divisions internes du comité illustrent ce dilemme : agir trop vite risquerait d’affaiblir une économie déjà fragile, mais attendre expose à des effets de second tour plus durables. Dans un environnement marqué par l’incertitude énergétique, la BoE privilégie un statu quo actif, prête à intervenir si les pressions inflationnistes venaient à s’ancrer.
Le comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre (BoE) a maintenu son taux directeur inchangé à 3,75 % à l’issue de la réunion du 30 avril 2026 (cf. graphique 1). La décision a été adoptée par 8 membres du comité. Seul Huw Pill a voté en faveur une hausse de 25 points de base.

Dans un contexte particulièrement incertain, les communiqués témoignent d’une banque centrale prudente, sans renoncer à un biais de politique monétaire restrictif. Nous en retenons quatre éléments clés :
1/ Des divergences visibles au sein du comité :plusieurs membres, notamment Breeden, Ramsden ou Dhingra, ont plaidé pour une approche prudente, mettant l’accent sur le ralentissement de l’activité, la détente du marché du travail et le rôle modérateur de la demande. À l’inverse, un groupe plus « faucon », incluant Greene, Lombardelli et Mann, exprime des préoccupations accrues quant à la persistance de l’inflation, en particulier via les anticipations et les comportements de fixation des prix. Le vote dissident de Huw Pill en faveur d’une hausse immédiate illustre cette montée des inquiétudes. De son côté, le gouverneur Bailey adopte une position intermédiaire, validant le statu quo à ce stade, tout en reconnaissant que les risques sont orientés vers un scénario plus inflationniste.
2/ Des inquiétudes sur les effets de second tour et le dilemme inflation-croissance : le cœur du débat porte désormais sur les effets de second tour du choc énergétique. La BoE identifie un risque « matériel » sur ce front, tout en reconnaissant qu’il reste à ce stade incertain et potentiellement limité par la faiblesse de l’économie. Ce diagnostic place les banquiers centraux face à un arbitrage délicat : agir trop tôt risquerait d’accentuer le ralentissement économique, tandis qu’attendre trop longtemps pourrait laisser s’installer une inflation plus persistante. M. Bailey a d’ailleurs souligné qu’il serait une erreur d’attendre une matérialisation complète de ces effets avant d’agir.
3/ Une forte incertitude autour des scénarios et de la trajectoire de politique monétaire : la BoE adopte explicitement une approche par scénarios afin de refléter l’incertitude exceptionnelle liée au conflit au Moyen-Orient et à l’évolution des prix de l’énergie. Trois scénarios (A, B et C, cf. tableau) sont ainsi présentés, différant selon les hypothèses sur la trajectoire des prix énergétiques et l’ampleur des effets de second tour. Le scénario C, plus adverse, envisage notamment un pic du pétrole à 130 dollars et impliquerait un « resserrement monétaire énergique ». À l’inverse, les scénarios A et B, avec des prix moins élevés, conduiraient à une politique moins restrictive, davantage caractérisée par l’abandon de baisses de taux précédemment envisagées que par des hausses immédiates.
Si le scénario B est privilégié, les risques restent orientés à la hausse, notamment en cas de prix de l’énergie durablement élevés. M. Bailey a insisté sur l’impossibilité d’attribuer des probabilités précises à ces scénarios, ce qui renforce le caractère dépendant des données de la politique monétaire.

4/ Une BoE patiente mais « prête à agir » : dans ce contexte d’incertitudes, le statu quo s’inscrit dans une volonté claire de la BoE de se laisser du temps pour mieux évaluer la transmission du choc énergétique, notamment sur les salaires, les anticipations d’inflation et les comportements de prix des entreprises. Pour autant, cette patience ne doit pas être interprétée comme un signal accommodant. M. Bailey a qualifié la décision du jour d’un « statu quo actif » (« active hold ») plutôt que d’une simple pause. Plusieurs éléments pourraient déclencher une action : des prix de l’énergie durablement élevés, des signes plus marqués d’effets de second tour ou une remontée des anticipations d’inflation. Tout dépendra de l’ampleur et de la durée du choc énergétique.
En définitive, la persistance de l’inflation, conjuguée à des risques baissiers sur la croissance, incite la Banque d’Angleterre à adopter une approche prudente. L’inflation pourrait atteindre un pic autour de 3,5 % à 4,0 % d’ici la fin de l’année, un niveau élevé au regard de la cible, d’autant que l’inflation des services reste un point de vigilance. Cela justifie le maintien d’un biais monétaire restrictif. Toutefois, les incertitudes géopolitiques et la fragilité de l’activité limitent la probabilité d’un cycle de hausses de taux d’intérêt. Le marché immobilier montre déjà des signes de faiblesse (cf. graphique 2), tandis que les tensions sur le marché du travail se sont détendues, loin des niveaux observés en 2021-2022 (cf. graphique 3). Dans ce contexte, notre scénario central reste celui d’une pause prolongée, avec un taux terminal maintenu à 3,75 % fin 2026.


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