Dans son analyse, Thuy Van Pham, économiste chez Groupama AM, décrypte la décision de la Banque du Japon de maintenir son taux directeur à 0,50 % tout en ralentissant son programme de resserrement quantitatif. Volatilité obligataire, incertitudes économiques et tensions commerciales incitent la BoJ à une approche patiente, bien que deux hausses de taux soient toujours envisagées d’ici fin 2025.
La Banque du Japon (BoJ) a annoncé maintenir son taux directeur à 0,50 % à l’issue de sa réunion des 16-17 juin 2025. Il s’agit du troisième statu quo consécutif, après celui intervenu en mars et en mai. L’institution a, par ailleurs, défini un nouveau plan de réduction des émissions obligataires. A partir d’avril 2026, elle coupera le montant de la réduction trimestrielle de 400 milliards de yens à 200 milliards. Le rythme actuel de réduction de 400 milliards de yens par trimestre est maintenu jusqu’au 1er trimestre 2026. La poursuite du programme Quantitative Tightening (QT) en 2027 sera décidée lors d’une nouvelle évaluation prévue en juin 2026.
La décision de maintenir son taux directeur inchangé tout en ralentissant le QT reflète la prudence de la banque centrale :
- La BoJ a été influencée par la volatilité récente sur le marché obligataire. Elle a souligné en effet que le ralentissement du QT vise à améliorer le fonctionnement du marché : un resserrement trop rapide pourrait accroître la volatilité, avec un impact négatif sur l’économie. La banque centrale conservera toutefois la flexibilité afin de s’adapter à toute hausse brutale des rendements, via l’augmentation des rachats d’obligations ou des opérations à taux fixe indépendamment du calendrier.
- Un ralentissement du QT ne signifie pas nécessairement un ralentissement du cycle de hausses de taux directeurs. Le gouverneur Ueda a rappelé que la réduction du bilan devait être pris en considération séparément des décisions monétaires. Les avoirs de la BoJ en JGB étant concentrés sur les maturités longues, un QT plus lent devrait surtout affecter les taux longs, avec un effet limité sur les segments courts. Par ailleurs selon M. Ueda, une hausse de taux directeur est toujours sur la table « si l’incertitude élevée n’assombrissait pas les perspectives ».
- Le « timing » de la prochaine hausse du taux directeur est incertain. Si elle n’a pas modifié son évaluation de l’économie et des prix à ce stade, la BoJ a longuement insisté sur l’impact des incertitudes, « plus importantes que par le passé ». Le nouveau resserrement monétaire dépendra du « degré de conviction » des autorités concernant « les chances d’atteindre durablement une inflation à 2 % ». A l’issue de la réunion, la BoJ semble vouloir maintenir l’approche « wait and see » plus longtemps. L’institution considère que les anticipations d’inflation ne sont pas encore ancrées à 2 %. Elle est surtout préoccupée par l’impact potentiel des droits de douane sur les bonus d’hiver ainsi que sur les négociations salariales du printemps prochain.
Il ressort une BoJ prudente face aux risques liés à la politique commerciale américaine. Par conséquent, tant qu’aucun accord n’est trouvé entre le Japon et les États-Unis, la politique monétaire actuelle devrait être reconduite. La tonalité à l’issue de la réunion peut aussi suggérer un éventuel report de hausses des taux directeurs en 2026.
Toutefois, en raison de l’accélération récente de l’inflation sous-jacente et des risques haussiers qui l’entourent (dynamique favorable des salaires, résilience de la demande interne, politique budgétaire expansionniste), nous maintenons notre scénario en faveur de la poursuite de la normalisation monétaire d’ici fin 2025, avec l’enveloppe de 2 hausses et le taux terminal à 1 %. La première opportunité de relever de nouveau les taux d’intérêt sera lors de la réunion des 30-31 juillet, après la pause de 90 jours décidée par les Etats-Unis sur les droits de douane « réciproques ». La probabilité est toutefois réduite puisqu’aucun compromis n’a été trouvé à ce stade.