Barometer : Le ciel s’assombrit

Les perspectives des classes d’actifs plus risquées s’assombrissent, les hausses des taux d’intérêt continuant de freiner la croissance économique mondiale.

Allocation d’actifs: la valeur des obligations

Les perspectives de l’économie mondiale s’assombrissent. Les hausses de taux d’intérêt imposées par les banques centrales pour lutter contre l’inflation risquent non seulement de freiner encore davantage la croissance du PIB, mais elles augmentent également la probabilité d’une récession à l’échelle mondiale.

Alors que les conditions d’accès aux liquidités continuent de s’endurcir à travers le monde, nous maintenons notre sous-pondération des actions, dont les valorisations sont encore plus difficiles à justifier après le récent rebond des marchés. Nous maintenons notre surpondération des obligations; en particulier les bons du Trésor américain qui s’échangent à des niveaux offrant une protection bon marché contre la faiblesse persistante de l’économie.

Grille d’allocation d’actifs mensuelle de novembre
Source: Pictet Asset Management

Pour envisager les actions d’un œil plus favorable, nous aurions besoin que les prévisions de bénéfices des entreprises se stabilisent, que la courbe des taux se pentifie et que les valorisations relatives des secteurs cycliques des actions s’améliorent.

Nos indicateurs du cycle conjoncturel montrent qu’aux États-Unis, la dynamique est négative et se dégrade, comme l’indiquent les prévisions des analystes (voir Fig. 2). De plus en plus de données montrent que le marché de l’immobilier faiblit, que l’activité de construction s’est effondrée et que la demande intérieure a calé.

Pour l’avenir, nous tablons sur une croissance du PIB américain qui ralentira très en dessous de la tendance au cours des trois prochains trimestres (à un rythme annualisé de 0,4% en glissement trimestriel) avant l’apparition d’une reprise timide au second semestre de l’année prochaine. Le risque d’inflation demeure, même si – et c’est, d’une certaine façon, le bon côté des choses – les prévisions pour les prix semblent stables. Cela pourrait donc provoquer un nouveau resserrement monétaire et plonger l’économie américaine dans la récession.

Allocation d’actifs PIB IPC
Source: Bloomberg. Données couvrant la période allant du 26.10.2020 au 25.10.2022. 

Pour la zone euro, une récession semble encore plus probable et constitue effectivement notre scénario de base. L’amélioration de la dynamique de sécurité énergétique grâce aux niveaux de stockage de gaz en hausse (plusieurs pays ayant atteint le maximum de leur capacité) et la baisse correspondante des prix du gaz constituent un point positif. Néanmoins, un rationnement de l’énergie à la sortie de l’hiver reste possible et fait peser un risque sur la production industrielle.

Dans le reste du monde, au lendemain de la consolidation du pouvoir entre les mains du président Xi Jinping en Chine, nous réévaluons les perspectives à court et moyen terme de l’économie chinoise. La Conférence centrale annuelle sur le travail économique prévue en décembre devrait faire davantage la lumière sur l’orientation de la politique économique.

D’après nos indicateurs de liquidité, le volume de monnaie excédentaire, que nous mesurons comme la monnaie au sens large moins la croissance de la production industrielle intérieure, diminue rapidement. Depuis mars, les banques centrales ont retiré quelque 8 000 milliards de dollars US de relance monétaire post-pandémie. Au rythme actuel, il faudra cinq mois supplémentaires pour récupérer les tendances d’avant la pandémie et purger complètement l’inflation monétaire. Les effets du resserrement quantitatif (c’est-à-dire la vente des obligations détenues par la banque centrale américaine) ont été amplifiés par les actions des banques commerciales et des banques centrales dans les pays émergents, qui se sont elles aussi débarrassées de positions en obligations américaines. 

Nous nous attendons à un maintien de conditions d’accès aux liquidités négatives pour les classes d’actifs plus risquées au début de la nouvelle année, et probablement pendant plus longtemps, ce qui devrait normalement faire pression sur les multiples de bénéfices des actions.

Le principal changement dans nos modèles de valorisation est la valeur croissante offerte par les titres obligataires, les rendements des obligations mondiales retrouvant actuellement leurs plus hauts niveaux depuis la mi-2011. Ainsi, les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans ont grimpé à 4,3%, ce qui est nettement au-dessus de notre estimation de juste valeur de 3,5%. 

Bien que les actions aient subi une correction (l’indice MSCI World a cédé 22% depuis le début de l’année), elles ne sont pas encore suffisamment bon marché pour tenir compte d’une éventuelle nouvelle dégradation de la croissance économique et des perspectives de bénéfices des entreprises. Selon nous, les bénéfices par action mondiaux resteront stables au cours des 12 prochains mois, bien au-dessous du consensus des analystes, qui tablent sur une croissance de 6%. Même nos prévisions pourraient s’avérer optimistes. 

Les indicateurs techniques soutiennent notre sous-pondération des actions. Les signaux de tendance restent faibles dans toutes les régions. Le positionnement des investisseurs face aux actifs risqués est relativement prudent, en particulier parmi les investisseurs institutionnels. Les positions longues nettes en contrats à terme sur le S&P 500 se situent à un plancher historique et intègrent un ralentissement significatif de la dynamique de croissance, ce qui pourrait correspondre à la chute de l’indice ISM américain à 45 (contre 50,9 en septembre). 

Prec.
Le Royaume-Uni contraint à l’austérité pour réparer les dommages causés par le Brexit
Brexit | Les actualités économiques et financières

Le Royaume-Uni contraint à l’austérité pour réparer les dommages causés par le Brexit

Suiv.
Conclusions du comité d’investissement Mansartis