Dans cette note, Patrick Artus (Ossiam) s’attaque à une question centrale du moment : la Banque centrale européenne pourrait-elle être contrainte de relever ses taux en 2026 ? Une hypothèse que les marchés commencent à intégrer, avec des anticipations d’environ +50 points de base sur l’année.
L’analyse repose sur deux scénarios principaux. Le premier tient à un problème bien connu en zone euro : l’absence de gains de productivité. Contrairement aux États-Unis, la productivité stagne, ce qui maintient une tension sur le marché du travail. Résultat : les salaires continuent de progresser, alimentant une inflation sous-jacente persistante, notamment dans les services. Dans ce contexte, la BCE pourrait être contrainte d’agir pour contenir les pressions inflationnistes.
Le second scénario est plus directement lié à l’actualité géopolitique. La hausse des prix de l’énergie, amplifiée par les tensions au Moyen-Orient, constitue un facteur clé. Si le pétrole et le gaz restent durablement élevés, l’impact pourrait être significatif : une hausse de 18 % des prix de l’énergie entraînerait environ +1,6 point d’inflation en zone euro. Un tel choc pourrait enclencher une boucle prix-salaires et pousser la BCE à resserrer sa politique monétaire, comme en 2022.
Mais tout n’est pas écrit d’avance. Patrick Artus identifie aussi les conditions dans lesquelles la BCE pourrait au contraire baisser ses taux. Deux éléments seraient déterminants : une normalisation rapide des prix de l’énergie – notamment en cas d’apaisement géopolitique – et surtout un véritable décollage de la productivité, possiblement lié à l’intelligence artificielle. Or, à ce stade, cet effet reste largement absent en zone euro.
Au final, le message est assez clair : le scénario d’une hausse des taux n’est pas le plus probable, mais il n’a rien de fantaisiste. Tout dépendra de deux variables clés — l’énergie et la productivité — dans un environnement où l’économie européenne reste structurellement fragile. Pour les investisseurs, cela signifie une chose : la trajectoire monétaire reste ouverte… et potentiellement plus restrictive qu’espéré.