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BCE : tout change bien que rien ne change… pour l’instant

Banque Centrale Européenne | Les actualités économiques et financières
  • Politique : Après la Fed la semaine dernière, c’était le tour de la BCE et de la BoE hier de donner leurs perspectives sur la direction à suivre sur la politique monétaire. Pour la BoE, il n’y a pas eu de surprises cette fois-ci, la hausse de taux attendue de 25 pb a bien eu lieu afin de répondre à l’accélération de l’inflation et d’une situation économique robuste. Pour la BCE, le statu quo semblait être préservé à la lecture du communiqué, car la ligne de conduite tant sur les achats d’actifs que sur les taux directeurs restait inchangée. Néanmoins, la déclaration préparée par Mme Lagarde pour introduire la conférence de presse, a souligné un changement de taille. En effet, le conseil des gouverneurs s’inquiétait de l’inflation et des risques qu’une l’inflation plus élevée puisse persister bien plus longtemps que prévu. La possibilité de hausses des taux, plus tôt que prévu, ne pouvait plus être exclue. Compte tenu de la position adoptée jusqu’à maintenant, la surprise de ce changement de ton a poussé le marché à anticiper des hausses des taux directeurs dès cet été avec une accélération jusqu’à la fin de l’année pour s’approcher de 0% dès le début 2023. Il nous semble que la rapidité de la séquence anticipée par le marché peut s’avérer trop rapide, néanmoins, ceci conforte notre vue d’une normalisation à venir, plus rapide que prévu et un niveau de taux, sur l’ensemble de la courbe souveraine euro, plus élevé.
  • Marchés: L’annonce de la BCE, confirmant un resserrement généralisé des conditions monétaires à venir par les grandes banques centrales, et les signes de ralentissement économique avec toujours en toile de fond les tensions géopolitiques, continuent de créer des turbulences sur les marchés. À ceci, s’ajoutent des résultats d’entreprise mitigés, même si aux Etats-Unis une vue d’ensemble de cette saison de résultats donne toujours une image plutôt solide jusqu’à maintenant, sans être spectaculaire comme lors des trimestres passés.
  • Sur le plan de la croissance, il nous semble que la dynamique actuelle reste robuste, et qu’une grande partie du ralentissement de début d’année est due aux conséquences des vagues successives de contagions (Delta puis Omicron) très importantes que nous connaissons depuis le début de l’hiver. Au regard des épisodes précédents, on peut s’attendre à un rebond dans les mois qui viennent, même si la croissance devrait toujours s’inscrire dans une tendance de décélération en 2022, à notre avis. De fait, la livraison finale des PMI pour les services pour janvier, montre que l’activité a ralenti, mais au regard des sous-jacents, beaucoup semble donc être dû aux effets des contagions.
  • Il nous semble toujours, que malgré le vent contraire important que constitue le resserrement monétaire, les banquiers centraux prendront leur temps avant de basculer dans une position vraiment restrictive. Certes, l’assèchement des liquidités devrait s’avérer assez perturbateur, mais si notre hypothèse d’une croissance préservée en 2022 reste la bonne, nous pensons toujours, qu’en termes relatifs, une exposition sur les segments offrant de la valeur, c’est-à-dire encore décotés, essentiellement sur les actions, fait sens. Néanmoins, on le constate bien, la sélectivité sera le mot d’ordre de 2022.

La BCE a finalement changé son diagnostic sur l’inflation et ouvert la porte à une normalisation de la politique monétaire plus rapide que prévu. Ce changement est venu comme une surprise. En effet, dans la déclaration des actions de la BCE, il n’y pas eu de changement par rapport à la position précédente, que ce soit sur l’évolution des achats d’actifs ou la chronique des taux directeurs. Néanmoins, dans les remarques liminaires de la conférence de presse, Mme Lagarde a souligné les inquiétudes de l’ensemble du conseil sur l’évolution de l’inflation.

Voici ce que nous dit aujourd’hui la BCE :

« Comparés à nos anticipations de décembre, les risques sur les perspectives d’inflation sont orientés à la hausse, en particulier à court terme. Si les pressions sur les prix venaient à se manifester dans des anticipations de hausses de salaire plus fortes, ou reflètent un retour plus rapide des économies vers leur potentiel, l’inflation pourrait s’avérer plus élevée »

Par ailleurs, Mme Lagarde pendant la conférence de presse a clairement fait passer le message sur l’inquiétude unanime du conseil des gouverneurs concernant l’inflation et que si nécessaire, il faudra agir. En outre, dans les réponses données aux questions, la présidente de la BCE, a suggéré la possibilité que l’objectif que s’est donné la BCE en termes d’inflation, 2%, puisse être atteint plus rapidement que prévu.

Le marché a réagi très fortement à ce changement de contexte. Ainsi, les anticipations sur des hausses de taux directeurs ont grimpé très fortement. Elles seraient de 4 (avec un pas de 10 points de base) sur l’année 2022 en commençant cet été.

BCE : le marché croît à 4 hausses en 2022

À chaud, il est normal de voir le marché réagir avec force. À ce stade, néanmoins, il est difficile de prédire que la BCE va agir très rapidement. Néanmoins, il nous semble que la voie à la normalisation vient de s’ouvrir. Ceci veut dire que des montées des taux sont à venir, mais dont la vitesse est plus difficile à anticiper, notamment vu les caractéristiques différentes de pressions sur les prix en Europe et aux Etats-Unis, par exemple. En revanche, il nous semble que les niveaux des taux, en fin de période de resserrement, pourraient s’avérer, comme aux Etats-Unis, bien plus élevées, d’autant plus si l’hypothèse, tout à fait possible, émis par Mme Lagarde s’avère vraie d’une sortie de la période de pressions déflationnistes dans laquelle nous vivions depuis la sorte de la crise financière de 2008-2009 et de la crise de la Zone Euro qui s’en est suivi.

Ainsi, nous voyons toujours les taux longs poursuivre leur trajectoire ascendante. Évidemment, celle-ci ne sera pas linéaire, mais la tendance sera bien celle de la hausse.

Sur le contexte de croissance, la livraison des mesures finales des PMI pour les services pour le mois de janvier a confirmé le ralentissement de l’activité, et ceci des deux côtés de l’Atlantique. Cette baisse, à notre avis, a été fortement entraînée par les perturbations provoquées par la dernière vague de contagions liées à la présence de l’Omicron. Ceci a été moins dû aux contraintes de mobilité imposées par les gouvernements, comparée à la vague Delta en Europe, qu’aux difficultés à maintenir l’activité dans un contexte de contagions extrêmement élevé.

Nous pensons que la chronique à venir, vu ce que nous avons connu lors des vagues précédentes, devrait être celle d’un rebond de l’activité dans les services beaucoup plus touchés que le secteur manufacturier.

Aux Etats-Unis, l’ISM des services a en effet perdu de manière brutale plus de 8 points en deux mois. Certes les pertes de pouvoir d’achat et les contraintes à la production peuvent l’expliquer en partie cette évolution, mais cette perte d’activité coïncide parfaitement avec l’arrivée de l’Omicron. Alors que la vague est en train de s’apaiser, on devrait donc voir un rebond. En même, temps, l’indice reste tout de même à des niveaux élevés, montrant que l’activité reste robuste.

Les enquêtes aux Etats-Unis ont aussi continué de montrer que les tensions au niveau des chaînes d’approvisionnement persistent, se traduisant notamment toujours par des hausses des coûts. En fait, la montée des contagions semble en avoir exacerbé certains. Ceci restera un facteur d’inquiétude au regard de l’évolution de l’inflation à venir.

En Zone Euro, la séquence des contagions est différente à celle qu’on connaît aux Etats-Unis, car la vague Delta du début d’hiver a été différente. Ceci se traduit par une persistance d’un affaiblissement dans le secteur des services, mais pas dans les mêmes pays. En effet, en Allemagne, les services semblent rebondir, alors qu’en France, les services connaissent un affaiblissement. Nous pensons, toutefois qu’un rebond devrait intervenir, mais celui-ci devrait être visible surtout au 2T22. Ainsi, le 1T21, tout comme aux Etats-Unis, l’activité devrait rester contrainte.

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Publié par

Sebastian Paris Horvitz débute sa carrière en 1993 en tant qu’économiste au sein du Fonds Monétaire International (FMI). En 1999, il rejoint AXA Investment Managers au poste de Directeur de la stratégie d’investissement avant de prendre, en 2010, la Direction de la stratégie d’investissement de la région EMEA et de la gestion discrétionnaire de HSBC Private Banking. En novembre 2020, il rejoint La Banque Postale Asset Management en qualité de Directeur de la Recherche. Sebastian Paris Hovitz est diplômé de l’Université Paris-IX Dauphine et de l’ENSAE.

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