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BCE vs FED : “Rattrape-moi si tu peux…”

Les derniers épisodes de resserrement monétaire en zone Euro ont laissé un goût amer aux investisseurs. Jean-Claude Trichet, alors aux commandes de l’institution, décida de relever les taux directeurs à partir de 2005, plus d’un an après la Réserve fédérale américaine (Fed). De novembre 2005 à octobre 2008, le taux de facilité de dépôt est ainsi passé de 1 % à 3,25 %, avec une hausse en plein cœur de la crise des subprimes, tandis que la Fed avait été stoppée quelques mois plus tôt. Il a ensuite été ramené à 0,25 % pour pallier les effets de la récession. En 2011, une flambée des prix du pétrole poussa Jean-Claude Trichet à remonter les taux en raison d’une inflation « totale » dépassant les 2 %. La Banque centrale européenne (BCE) avait ensuite fait machine arrière en raison de la crise de la dette en zone Euro, puis menacée par le risque de déflation, avait ancré les taux à zéro voire en deçà pour les dix années suivantes.

En 2022, Christine Lagarde tourne une page et met fin à ce chapitre de l’histoire.

Lors de sa réunion du 8 septembre, la BCE a en effet décidé de monter ses taux directeurs de +0,75 %, dans le sillage de la hausse, tout aussi historique, de +0,50 % le 21 juillet. Le taux de facilité de dépôt se situe désormais à 0,75 %, contre -0,50% il y a trois mois. Elle a également annoncé l’abandon des contraintes sur la rémunération des dépôts des banques commerciales et des Etats auprès de la Banque centrale, dans l’optique d’améliorer la liquidité sur le marché obligataire souverain. L’institution a par ailleurs revu ses prévisions de croissance et d’inflation. Selon ses travaux, l’inflation « cœur » (hors énergie et alimentation), à +4,3 % sur un an à fin août, ne devrait pas redescendre de sitôt. Elle est ainsi prévue en moyenne à +3,9 % en 2022, +3,4 % en 2023 et +2,3 % en 2024. La croissance du PIB a été révisée à +3,1 % pour 2022 (+2,8 % précédemment), +0,9 % pour 2023 (+2,1 %) et +1,9 % pour 2024 (+2,1 %).

En indiquant qu’elle relèvera ses taux « plus de deux fois » mais « moins de cinq », en incluant la réunion de septembre, la BCE entame une nouvelle forme de communication. Elle entretient également le flou concernant le taux neutre nominal – celui qui n’entraîne ni surchauffe, ni refroidissement de l’économie – dont elle dit ne pas connaître le niveau. François Villeroy de Galhau (gouverneur de la Banque de France) s’est quant à lui risqué à l’évaluer autour de 2 %.

Contrairement à la Fed, la BCE souhaite d’abord se rapprocher de la neutralité avant d’envisager franchir le cap d’une politique monétaire dite « restrictive » (taux directeur > taux neutre). Sur l’aspect sémantique, Christine Lagarde s’éloigne de son confrère américain qui évoquait la « souffrance » nécessaire à la lutte contre l’inflation, laissant Isabelle Schnabel (économiste, membre du directoire de la BCE) endosser une ligne plus « dure » et académique. Cette dernière avait en effet laissé sous-entendre que la BCE relèverait ses taux, et ce même en cas de récession.

La priorité donnée à la lutte contre l’inflation, le maintien de la crédibilité et l’attention portée à une éventuelle boucle prix-salaires sont des préoccupations partagées par la Fed. La BCE doit néanmoins composer avec des contraintes qui lui sont propres. En premier chef, la dynamique de l’euro. S’il n’a que modérément évolué par rapport à un panier de devises internationales, il s’est en revanche fortement déprécié face au dollar (-11,7 % en 2022). Les causes sont bien identifiées, avec la guerre en Ukraine et une politique monétaire plus précoce et agressive aux Etats-Unis. Ce phénomène accroît nettement l’inflation importée de nature essentiellement énergétique. D’autre part, le risque d’un écartement important du coût de la dette entre pays périphériques (Italie…) et cœurs (Allemagne…) est dans tous les esprits, d’autant que le risque politique grandit en Italie (élections le 25/09). Pour gérer cela, la BCE peut compter sur son outil « anti-fragmentation », qui consiste à réinvestir les sommes issues de son programme de rachats d’actifs vers les pays périphériques. Enfin, la crise énergétique, dont les conséquences en termes de croissance économique ne se sont pas encore matérialisées, entraverait la bonne conduite de la politique monétaire. La fenêtre d’opportunité pour se constituer des marges de manœuvre semble donc réduite. La BCE court après le temps… et la Fed.

Source : Ecofi, au 9 septembre 2022 – Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Document non contractuel. Le présent document contient des éléments d’information, des opinions et des données chiffrées qu’Ecofi considère comme exacts ou fondés au jour de leur établissement en fonction du contexte économique, financier ou boursier du moment. Il est produit à titre d’information uniquement et ne constitue pas une recommandation d’investissement personnalisée.

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