BoJ : cap maintenu sur la normalisation monétaire malgré les incertitudes

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Lors de sa réunion des 30-31 juillet 2025, la Banque du Japon a décidé de maintenir son taux directeur à 0,50 % pour le quatrième mois consécutif. Une décision sans surprise, mais qui s’inscrit dans un contexte de repositionnement stratégique. L’institution de Tokyo, désormais moins préoccupée par les risques commerciaux liés aux droits de douane américains, réoriente son attention vers son objectif d’inflation. Avec une prévision relevée à 2,8 % pour 2025, la BoJ affiche une tonalité plus restrictive. Pour Thuy Van Pham, économiste, ce statu quo masque en réalité une reprise attendue de la normalisation monétaire dès septembre ou octobre. La trajectoire reste conditionnée aux développements politiques internes, mais le cap est clair : la BoJ ne veut plus rester en retard sur l’inflation.

La Banque du Japon (BoJ) a maintenu son taux directeur à 0,50 % à l’issue de sa réunion des 30-31 juillet 2025. Il s’agit du quatrième statu quo consécutif, après ceux intervenus en mars, mai et juin derniers.

Le statu quo ne constitue pas une surprise. Malgré l’accord commercial récemment conclu avec les États-Unis, la BoJ a besoin de temps pour évaluer les effets sur la croissance et l’inflationElle ne semble toutefois pas inquiète, estimant que les droits de douane ne causeront pas de dégâts structurels à l’économie. En conséquence, la reprise économique va se poursuivre à mesure que l’incertitude commerciale se dissipera. Les prévisions de croissance du PIB ont été ainsi relevées de 0,5 % à 0,6 % pour l’exercice fiscal 2025. Celles pour les exercices 2026 et 2027 restent inchangées, à respectivement 0,7 % et 1,0 %. 

La BoJ va désormais se recentrer sur son mandat d’inflation plutôt que sur la gestion des risques. D’une part, son positionnement est passé d’une évaluation dominée par des risques baissiers lors de la réunion précédente à une lecture plus équilibrée. Les inquiétudes liées aux incertitudes commerciales se sont « atténuées ». D’autre part, la BoJ est de plus en plus convaincue de la persistance des pressions inflationnistes et estime que « la probabilité que l’inflation sous-jacente atteigne 2 % s’est accrue ». Ses prévisions d’inflation sous-jacente ont été d’ailleurs relevées de 2,3 % à 2,8 % pour l’année fiscale 2025, en raison de la hausse récente des prix alimentaires et des services. Celles pour l’exercice 2026 et 2027 ont été également revues à la hausse. Par ailleurs, les risques entourant les perspectives de prix sont jugés « globalement équilibrés » alors qu’ils étaient « orientés à la baisse » lors des dernières réunions.

Ces éléments suggèrent ainsi une tonalité plus « restrictive » des autorités monétaires. Ils confirment notre scénario selon lequel la normalisation de la politique monétaire va reprendre. Nous maintenons notre enveloppe de 2 hausses (+25 points de base/réunion) pour ramener le taux terminal à 1 %.

La question est de connaitre le calendrier de ces décisions. Lors de la conférence de presse, le gouverneur Ueda a soigneusement évité de mentionner le calendrier d’une prochaine hausse de taux. Il a réitéré que la BoJ continuerait à relever les taux progressivement, à mesure que la confiance dans l’atteinte durable de l’objectif de 2 % d’inflation se renforcerait. Nous pensons que la BoJ ne peut ignorer le risque d’être « en retard », bien qu’il soit qualifié de « limité » par M. Ueda. En effet, les pressions haussières sur les prix sont élevées, notamment dans le secteur des services et avec l’effet de la hausse des coûts de main d’œuvre. Compte tenu de son optimisme « prudent » sur la croissance et ses révisions haussières des prévisions d’inflation, elle relèvera de nouveau son taux directeur en septembre ou octobre, le temps d’évaluer les premiers effets de l’accord commercial. Le seul élément qui pourrait entraver ce diagnostic sera l’impact des incertitudes au niveau domestique, concernant l’avenir du gouvernement Ishiba, la situation budgétaire et la trajectoire des rendements obligataires de long terme.

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