Bond Kings on the return

Don’t you find me attractive?” (Le Lauréat, 1967).

Ces mots sont ceux que prononce Ms Robinson (Anne Bancroft) à Benjamin Braddock (Dustin Hoffman) lorsqu’elle tente de le séduire alors que l’intéressé est invité chez elle pour une simple visite de courtoisie.

Ce sont également ceux qui nous viennent à l’esprit chez Monocle lorsque l’on observe que le rendement d’une obligation d’Etat américaine de maturité 10 ans (sûrement l’actif financier le plus sûr qui existe) est aujourd’hui de 4%. Quatre fois plus qu’il y a un an et demi.

Les obligations pourraient donc être à nouveau “attractives”? C’est la question à un million de dollars. Et la réponse n’est pas évidente.

Depuis une décennie et jusqu’au mois de mars de cette année, les marchés étaient persuadés que les taux d’intérêts étaient très bien positionnés au niveau de la mer. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes : n’importe quelle société pouvait s’endetter quasi-gratuitement et les financiers semblaient avoir oublié la notion de “risque”. Il n’y avait alors aucun intérêt à trop s’attarder sur la classe d’actifs selon nous.

Puis, peu à peu, après un brutal réveil sur le sujet de l’inflation, virage à 180 degrés : la FED passe ses taux directeurs de 0.25% à 3.25% en moins de 6 mois, la BCE augmente les siens de 0.0% à 1.25% en moins de deux mois et le système commence à sérieusement en sentir les effets (la situation économique au Royaume Uni est typiquement à surveiller de près). Dans le même temps, les prix des obligations baissent (l’indice Bloomberg US Agg Bond Index est à -14% depuis le début de l’année) et leurs rendements augmentent.

Une opportunité semble émerger et ce point de vue est partagé par ceux que j’appelle les “Bond Kings”. Parmi eux : 

– Bill Gross, 78 ans, fondateur de PIMCO (le plus important acteur en gestion active sur les taux avec USD 1.8Tr d’encours), mentionnait il n’y a pas plus d’une semaine que la Fed avait peu de marge pour monter ses taux beaucoup plus haut, faute de quoi le système ne tiendrait pas. Il positionne en ce moment ses fonds sur des obligations de maturité moyenne et longue.  

– Howard Marks, 76 ans, fondateur d’Oaktree (USD 160Mds d’encours), annonçait au mois de juin dans un article du Financial Times qu’il redéployait de plus en plus agressivement sur le crédit car : “Everything we deal in is significantly cheaper than it was six or 12 months ago, (…) I think the idea of waiting for the bottom is a terrible idea”.

Chez Monocle, nous comptons profiter de cette situation pour mettre au travail une partie de nos liquidités sur des titres qui – enfin – ont des rendements effectivement attractifs. Nous le faisons avec deux principes fondamentaux à l’esprit :  

1) il est essentiel de sélectionner avec une grande précaution les obligations sur lesquelles investir, la situation économique se dégrade et le niveau des défauts devrait augmenter. C’est ce que disait Jamie Dimon (patron de JP Morgan Chase – qui publiera ses résultats en fin de semaine) pas plus tard qu’hier.  

2) il faut y aller avec parcimonie car le système dans son ensemble est aujourd’hui dans un état de fragilité rarement vu depuis une cinquantaine d’années. C’est le point de vue de Raghuram Rajan (ancien gouverneur de la Bank of India et principal annonciateur de la crise des subprimes en 2005).

Prec.
Et si les marchés boursiers étaient proches de leurs points bas ?
Suiv.
Inflation, risques financiers, mais où va la BoE ?