Dans la dernière analyse signée Dorval Asset Management, la flambée des actions européennes n’est pas synonyme d’excès irrationnel. Malgré un PER de l’Euro Stoxx 50 flirtant avec ses plus hauts niveaux depuis 2006, l’étude des valorisations médianes replace les choses dans leur contexte : les actions européennes restent, en réalité, dans leur moyenne historique. Mieux encore, l’écart de valorisation avec les marchés américains atteint des sommets, preuve que l’euphorie est davantage transatlantique que locale. Portées par un soutien monétaire et budgétaire inédit – et un regain d’intérêt des investisseurs mondiaux – les valeurs européennes pourraient encore avoir de beaux jours devant elles. Une lecture essentielle pour réconcilier performance récente et potentiel futur.
Portées par des évolutions concrètes et par un narratif résolument positif, les bourses européennes sont-elles déjà devenues trop chères ? Une analyse en profondeur ne le suggère pas, d’autant que l’économie pourrait sortir de sa torpeur d’ici 2026.
Soutenues par la révolution budgétaire allemande, la baisse des taux de la BCE et la quête de diversification des investisseurs mondiaux hors des Etats-Unis, les actions européennes affichent depuis le début de l’année une performance remarquable, à la fois en valeur absolue et relative : +16,1 % pour le MSCI EMU (dividendes inclus), contre +7,6 % pour le MSCI USA (au 10 juillet 2025). C’est d’autant plus notable que les perspectives de croissance des résultats des entreprises pour 2025 se sont au contraire dégradées, en ligne avec les révisions à la baisse pour la croissance mondiale de l’année.
Dans ce contexte, les valorisations — en particulier le PER (ratio cours/bénéfices) — se sont sensiblement accrues. De quoi nourrir chez certains observateurs la crainte d’un excès d’optimisme, voire d’une « europhorie » boursière. A plus de 15 fois les bénéfices attendus pour les 12 prochains mois, le PER de l’indice phare Euro Stoxx 50 (graphique 1) évolue en effet à des niveaux rarement atteints depuis 2006. Il n’a été plus élevé que deux fois : brièvement début 2015, lors de l’euphorie provoquée par la conversion historique de la BCE au « QE » (achat massif de dettes publiques et privées), puis durant la crise de Covid-19, quand les bénéfices s’étaient temporairement écroulés sous l’effet des confinements.

On peut toutefois objecter que les comparaisons historiques ont leurs limites, du fait des évolutions sectorielles de l’indice et des régimes changeants de rentabilité des grandes capitalisations européennes. Par exemple, le retour sur fonds propres des sociétés de l’Euro Stoxx 50 atteint aujourd’hui 13 %, contre seulement 10 % en 2015, ce qui relativise le niveau actuel de valorisation.
De plus, en élargissant l’analyse à un univers plus large de valeurs et à une perspective plus longue, et en se concentrant sur les valorisations médianes – moins sensibles aux déformations et à la concentration des indices boursiers – le diagnostic change sensiblement (graphique 2).

Le PER médian des 220 valeurs du MSCI Zone Euro est aujourd’hui aligné sur sa moyenne historique de 30 ans, à 15,2, bien en deçà des 18,4 atteints début 2015. Quant à l’écart transatlantique, il s’est fortement creusé à partir de la guerre en Ukraine et reste proche des records, avec un PER médian cinq points plus élevés aux Etats-Unis qu’en zone euro. Cet écart n’est plus uniquement dû aux « 7 magnifiques », puisque la médiane gomme leur poids spécifique : c’est l’ensemble du marché américain qui reste cher. Si euphorie il y a, elle est donc bien davantage américaine qu’européenne.

Sauf choc exogène majeur, nous pensons donc que le point haut du cycle financier européen est encore à venir, et que les perspectives économiques de la zone s’amélioreront une fois l’impact des droits de douane américains absorbé. Dans cette optique, nous maintenons une surpondération des valeurs européennes les plus sensibles au cycle économique et financier de la zone euro dans nos fonds flexibles.