Valérie Rizk, macroéconomiste et prévisionniste des taux chez Banque Richelieu, alerte sur les tensions politiques à venir autour du projet de loi de finances pour 2026. Le gouvernement a présenté un plan d’économies de 43,8 milliards d’euros visant à ramener le déficit public à 2,8 % du PIB d’ici 2029. Mais la suppression de jours fériés, le gel du barème de l’impôt sur le revenu et la révision des niches fiscales suscitent déjà une levée de boucliers à gauche comme à l’extrême droite. Si les marchés restent pour l’instant calmes — le spread Bund/OAT évolue autour de 70 points de base — l’automne pourrait raviver les tensions. En cas de censure ou de dissolution, ce différentiel obligataire pourrait grimper à 100 points. La trajectoire de désendettement est lancée, mais son avenir se jouera autant à l’Assemblée qu’à Bercy.
Le 15 juillet, le Premier Ministre français a présenté un plan pluriannuel pour rééquilibrer les comptes publics incluant, pour 2026 : EUR 43,8 Mds d’économies (cf. détail ci-dessous) et le retour du déficit à 4,6 % du PIB (contre 5,8 % du PIB en 2024) et pour la suite, le franchissement à la baisse du seuil des 3 % de déficit en 2029 (avec un déficit à 2,8 % du PIB cette année-là). Dans le détail, les EUR 43,8 Mds sont obtenus en additionnant EUR 20,8 Mds issus de la réduction des dépenses de fonctionnement de l’Etat, de la Sécurité Sociale et des collectivités ; EUR 7,1 Mds issus du gel du barème de l’impôt sur le revenu et de l’arrêt de l’indexation des prestations sociales ; des mesures d’équité fiscale et de revue des niches fiscales pour EUR 7,6 Mds ; la suppression de deux jours fériés pour EUR 4,2 Mds ; des réformes structurelles pour EUR 1,8 Mds ; et des mesures contre la fraude pour EUR 2,3 Mds.
Trajectoire de stabilisation de la dette publique présentée par le gouvernement

Pistes d’économies présentées par le gouvernement français

Notons que l’augmentation du budget de la défense, elle, reste d’actualité et ne change pas à la lumière des déclarations de François Bayrou. A cet égard, le 13 juillet, la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024/2030 était définitivement adoptée par le parlement. Elle prévoit une enveloppe de EUR 413,3 Mds pour les armées, soit EUR 118 Mds de plus que la LPM précédente. Également, à l’occasion de son discours aux armées, Emmanuel Macron a indiqué un effort supplémentaire pour la défense de EUR 10 Mds sur deux ans (EUR 3,5 Mds pour 2026 et EUR 6,5 Mds pour 2027) qui s’additionnent à la LPM actuelle.
Les dispositions présentées par le gouvernement devront être discutées à l’automne au Parlement et les oppositions de gauche et d’extrême droite ont d’ores et déjà prévenu de leur intention de censurer le gouvernement si le Projet de Loi de Finance (PLF) 2026 reprenait les propositions du 15 juillet en l’état. Affaire à suivre donc, même si pour le moment sur les marchés, le spread Bund/OAT à 10 ans est resté quasi stable à 70 pbs.
Notre avis : Compte tenu des annonces, de l’apparente réticence des oppositions et de certains corps intermédiaires et de l’absence de majorité claire à l’Assemblée Nationale, nous ne pouvons pas exclure le retour d’une période de tumulte politique plus prononcé en France à l’automne, à l’occasion des débats sur le PLF 2026. Pour autant, nous ne pensons pas que la situation pourrait venir à se dégrader de sitôt, au-delà de la situation qui avait prévalu lors de la dissolution de juin 2024, sans choc politique supplémentaire. Ainsi, nous continuons de penser que le spread Bund/OAT 10 ans se maintiendra autour des 70 pbs à 100 pbs d’ici la fin 2025, tantôt poussé vers les 70 (ce qui est le cas aujourd’hui) en l’absence de risque imminent, et pouvant à tout moment venir tester les 100 en cas de censure ou de nouvelle dissolution.