Ce début d’année démarre-t-il trop vite, trop haut, trop fort ?

L’année 2023 démarre avec l’un des tous meilleurs mois de janvier pour les actifs risqués. La nouvelle histoire que se raconte le marché est le miroir inversé de 2022, prenant ainsi de court les investisseurs, restés pour certains sous-sensibles.

Ce début d’année démarre-t-il trop vite, trop haut, trop fort ?

Dans son livre intitulé « Narrative Economics : How Stories Go Viral and Drive Major Economic Events », Robert Shiller[1] (prix Nobel d’économie en 2013) y développe le concept de « narratif ». L’idée sous-jacente est simple : en devenant virales, les histoires créées collectivement, qu’elles soient appuyées ou non par des chiffres, guident notamment les mouvements sur les marchés financiers.

En ce début d’année, un nouveau narratif s’est construit autour de :

  • la désinflation aux États-Unis,
  • l’atténuation du risque de récession, en particulier avec la réouverture en Chine,
  • l’attente d’une moindre agressivité des banques

Cette narration est partiellement confirmée par les faits. Les indices de « surprises économiques » – qui représente la différence entre les statistiques parues et les attentes du consensus – sont orientés à la hausse depuis quelques semaines, tout particulièrement en zone Euro. En outre, l’inflation américaine décélère depuis l’identification de son « pic », dans le prolongement d’une modération salariale, ce que la Fed a confirmé dans son discours en prononçant plusieurs fois le mot « désinflation ».

L’appétit pour le risque est ainsi revenu, et les actions affichent de fortes hausses en 2023, tant en zone Euro (+10,5 %) qu’aux États-Unis (+6,7 % en $). Tous les compartiments de marché ne sont toutefois pas logés à la même enseigne. Les gagnants de 2023 sont (pour le moment) les perdants de 2022, à l’instar des secteurs à duration longue, favorisés notamment par la détente des rendements obligataires.

Parmi ceux-ci, on retrouve les valeurs technologiques internationales et ce, malgré les nombreux plans de licenciements annoncés. Les secteurs cycliques sont également recherchés, à l’image de la consommation discrétionnaire en zone Euro (+15,3 % en 2023), dans le sillage de la thématique de réouverture en Chine.

Ce mouvement s’opère cependant dans un contexte où les participants de marché étaient prudents ces derniers mois. A cet égard, on note surtout l’augmentation des volumes sur les produits dérivés ainsi que des flux liés aux rachats de positions de ventes à découvert des Hedge Funds. Dans le même temps, les investisseurs particuliers américains se sont montrés opportunistes. Près de 38 % d’entre eux se déclarent positifs à horizon 6 mois selon l’association américaine des investisseurs individuels, alors qu’ils n’étaient que 20 % début janvier.

Bien qu’il soit corroboré par certaines statistiques, ce nouveau narratif semble néanmoins fragile. Le récent rapport de l’emploi américain a mis en exergue la vigueur du marché du travail en janvier, et a eu pour effet de tempérer l’ardeur des investisseurs sur les secteurs favorisés jusqu’alors. Les rendements souverains se sont tendus, le taux à 10 ans américain étant passé de 3,4 % à 3,7 % entre le 2 et le 10 février. Par sympathie et en raison de la communication confuse de la BCE, les taux européens ont suivi peu ou prou le même mouvement. En parallèle, des membres de la Fed se sont également exprimés en faveur de hausses de taux supplémentaires, citant la dynamique salariale comme la principale menace sur l’inflation. La désinflation pourra-t-elle s’opérer durablement avec un taux de chômage qui n’augmente que modérément ? Bien que son ampleur ait été amoindrie, les marchés prévoient toujours un desserrement monétaire dès la mi-2023.

Les perspectives de resserrement monétaire, d’inflation et d’emploi seront donc cruciales. Pour les actions, les anticipations sur les bénéfices et les marges sont peut-être encore un peu optimistes, et pourraient entraîner quelques déconvenues.

Cette semaine, l’attention se portera sur l’inflation américaine du mois de janvier, dont le ralentissement pourrait être moins prononcé que les mois précédents. Pour y voir plus clair, un rapport de l’emploi et deux d’inflation seront publiés avant la prochaine réunion de la Fed le 22 mars. Sans pour autant envisager un scénario catastrophe sur les marchés, une certaine prudence face à cette rapide progression semble, selon nous, opportune.

Termes et définitions
1. Robert Shiller ( Robert Shiller ) Robert Shiller est un économiste américain né en 1946. Il est actuellement professeur d’économie à l’Université de Yale…
Prec.
D’où vient la forte inflation sous- jacente de la zone euro ?
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Une journée sur les marchés : le 13.02.23
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