Dans son analyse, Lazard Frères Gestion revient sur l’accord douanier trouvé à Genève début mai. Si la baisse des tarifs entre Pékin et Washington (-115 points) signale une désescalade bienvenue, elle ne suffit pas à relancer immédiatement les échanges sino-américains. Malgré un rebond du trafic maritime vers les États-Unis, les exportations chinoises restent à la peine. La consommation intérieure résiste, mais l’investissement flanche, et les données PMI envoient des signaux contradictoires. Le spectre de la surcapacité industrielle et des pressions déflationnistes demeure, dans un monde où la demande globale ralentit. Un soulagement temporaire… pas une solution structurelle.
Les négociations qui se sont tenues à Genève les 10 et 11 mai ont finalement abouti à une réduction significative des droits de douane réciproques (-115 points). Les droits de douane américains sur les produits chinois reviennent ainsi autour de 40%, tandis que les droits de douane chinois sur les produits américains descendent à 30%. Bien que nettement moins sévères que le pire scénario envisagé, ces niveaux étaient encore inimaginables il y a seulement quelques mois.
Ce réchauffement diplomatique n’a pas empêché les exportations chinoises vers les États-Unis de poursuivre leur baisse en mai. Ce recul a été partiellement compensé par le dynamisme des exportations vers l’Asie et l’Europe. L’enjeu est crucial pour la Chine, dont le dynamisme économique repose largement sur les exportations depuis plusieurs trimestres. Signes encourageants, les données sur le trafic maritime montrent un rebond du nombre de bateaux quittant la Chine à destination des États-Unis depuis début juin, suggérant une possible reprise des échanges.
Sur le plan domestique, les ventes au détail en mai ont surpris positivement, bien que des facteurs exceptionnels aient pu jouer un rôle. En revanche, les données sur l’investissement ont déçu, affectées par les difficultés persistantes du secteur immobilier résidentiel. Les PMI de mai ont révélé des évolutions contrastées : le PMI Caixin, davantage orienté vers les PME et le secteur exportateur, a enregistré une baisse notable, tandis que le PMI NBS, plus centré sur le marché domestique, a légèrement progressé. Les composantes mesurant les perspectives de production se sont toutefois améliorées dans les deux cas, en cohérence avec l’amélioration des conditions économiques.
D’un point de vue commercial, la Chine ne fait qu’échapper au scénario du pire : cela ne résout pas les pressions déflationnistes alimentées par les capacités industrielles et manufacturières excédentaires par rapport à la demande domestique, toujours en berne, et au ralentissement du reste de la planète.