Dans son analyse, Thuy Van Pham, économiste chez Groupama AM, décrypte les grandes orientations du 15e plan quinquennal chinois pour la période 2026-2030. Présenté lors de l’Assemblée nationale populaire, ce nouveau cadre stratégique s’inscrit dans la continuité du précédent, tout en marquant une inflexion claire : l’innovation devient désormais le cœur du modèle de développement chinois.
La session annuelle de l’Assemblée nationale populaire s’est ouverte le 5 mars 2026. La réunion a été l’occasion de présenter les grandes orientations de la politique économique pour l’année 2026. Elle a également permis de faire le bilan du 14e plan quinquennal 2021-2025 et de dévoiler une version préliminaire du prochain cadre stratégique pour la période 2026-2030.
Globalement, la plupart des objectifs du 14e plan ont été atteints ou sont proches de l’être. Malgré les vents contraires (notamment la crise Covid), la Chine a réussi à maintenir une croissance moyenne proche de la cible « autour de 5 % par an » sur la période. L’économie est davantage tirée par les services et la consommation a progressé. Les objectifs liés à l’innovation et à la R&D ont été largement réalisés. Les progrès ont été particulièrement visibles dans l’IA, les technologies numériques, les batteries et les véhicules électriques. Les résultats sont un peu plus contrastés pour les domaines environnementaux et sociaux. Les objectifs environnementaux ont globalement avancé : développement rapide des énergies renouvelables, baisse de l’intensité carbone et amélioration de la qualité de l’air. En revanche, les défis sociaux et démographiques se sont accentués, avec le vieillissement rapide de la population, un chômage des jeunes élevé et une crise prolongée du secteur immobilier.
Le nouveau cadre stratégique pour la période 2026-2030 s’inscrit dans la continuité du précédent plan. Considéré comme une phase cruciale dans la feuille de route de développement, il vise à poursuivre la modernisation de la Chine et à poser les bases pour atteindre, d’ici 2035, un niveau de développement comparable à celui des économies avancées. Pour cela, le plan confirme l’évolution du modèle de croissance vers une économie plus innovante, plus durable et plus résiliente face aux défis domestiques et internationaux. L’objectif de croissance est fixé à « entre 4,5 % à 5 % ». Il est légèrement inférieur à celui du 14e plan, mais jugé suffisant par Pékin pour permettre un revenu par habitant qui rejoint celui des économies modérément avancées.
Les grandes priorités restent globalement similaires à celles identifiées dans les précédents plans, notamment l’innovation, l’ouverture économique, la croissance inclusive, la transition écologique ainsi que la sécurité alimentaire et énergétique. En revanche, une restructuration de l’ordre des priorités est visible. L’innovation technologique occupe désormais la première place dans la stratégie des 5 prochaines années. Le plan met en avant, en effet, la nécessité de renforcer l’autonomie technologique dans un contexte de tensions géopolitiques. L’objectif est de soutenir la montée en gamme de l’industrie et de renforcer la compétitivité nationale, via l’accélération du développement des technologies de pointe telles que l’intelligence artificielle, les biotechnologies, les technologies quantiques ou encore les semi-conducteurs. À cette fin, le plan prévoit 8 objectifs quantitatifs, notamment une augmentation supérieure à 7 % par an des dépenses de recherche et développement ou une « Chine numérique » à hauteur de 12,5 % du PIB (actuellement autour de 10 % (cf. tableau 1).
En second lieu, le 15e plan accorde une attention au renforcement du marché intérieur et à la transformation du modèle de croissance avec 7 objectifs quantitatifs. Dans cette perspective, l’amélioration du niveau de vie et du bien-être de la population apparaît comme un objectif central. Le plan prévoit notamment de soutenir l’emploi, d’améliorer l’accès aux services publics et de renforcer les systèmes de santé et d’éducation. L’objectif est également de réduire les inégalités sociales et régionales afin de favoriser une croissance plus inclusive et de stimuler la consommation intérieure. Plusieurs indicateurs quantitatifs traduisent cette ambition, comme le maintien du taux de chômage urbain en dessous de 5,5 %, l’amélioration de la durée moyenne de scolarisation ou encore l’augmentation du nombre de professionnels de santé.
La transition écologique constitue un autre pilier majeur du plan. Face aux pressions environnementales liées au développement industriel et urbain, la Chine cherche à accélérer la transformation de son modèle énergétique et à réduire l’empreinte environnementale de sa croissance. Le plan prévoit ainsi 6 objectifs, notamment une réduction des émissions de dioxyde de carbone par unité de PIB de 17 %, ainsi qu’une augmentation de la part des énergies non fossiles dans la consommation énergétique à environ 25 %. Par ailleurs, plusieurs mesures visent à améliorer la qualité de l’air et de l’eau, à renforcer la couverture forestière et à développer une économie circulaire et plus durable. Ces objectifs témoignent de la volonté des autorités chinoises d’intégrer davantage les enjeux environnementaux dans la stratégie de développement économique du pays.
Dans un contexte international plus incertain, le plan met également l’accent sur la sécurité économique et la résilience nationale. Les questions de sécurité alimentaire et énergétique sont particulièrement mises en avant. L’objectif est de garantir un niveau élevé de production agricole, notamment avec une production céréalière cible d’environ 1,45 trillion de jin, tout en renforçant la capacité énergétique nationale. Cette stratégie vise à réduire la dépendance du pays aux importations de ressources stratégiques et à sécuriser les approvisionnements essentiels à la stabilité économique. Elle s’accompagne également d’efforts pour moderniser l’agriculture, diversifier les sources d’énergie et développer des réserves stratégiques.
D’un point de vue pratique, le plan prévoit la mise en œuvre de 109 projets majeurs destinés à concrétiser ses orientations stratégiques (cf. tableau 2). Ces projets constituent les instruments opérationnels du plan et se concentrent principalement sur l’innovation technologique, la modernisation industrielle et la transition énergétique. Leur répartition reflète clairement la volonté de la Chine de renforcer son autonomie technologique et sa compétitivité dans les secteurs stratégiques. En parallèle, plusieurs initiatives visent à améliorer les infrastructures sociales et à soutenir la transformation économique du pays.
Le grand absent du nouveau plan de développement est le volet monétaire et l’internationalisation du yuan. Cette dernière n’apparaît pas comme une priorité centrale, alors même qu’elle a été évoquée par Xi Jinping lors d’une revue scientifique en février comme un objectif de long terme. Contrairement à d’autres thématiques, elle n’est abordée que de manière indirecte, notamment à travers les initiatives commerciales et le renforcement du système financier. Le plan met ainsi en avant la poursuite de l’ouverture progressive des marchés financiers ainsi que le rôle croissant de Shanghai comme centre international de la finance. Le plan indique par ailleurs que le développement des infrastructures de paiement et du yuan numérique pourrait, à plus long terme, favoriser une utilisation accrue de la monnaie chinoise dans les échanges internationaux.
En conclusion, le 15e plan apparaît comme un instrument majeur pour affirmer la puissance économique et stratégique de la Chine au cours de la prochaine décennie. Il s’inscrit dans la continuité des orientations déjà engagées : faire évoluer le secteur manufacturier vers des segments à plus forte valeur ajoutée et renforcer le rôle de la technologie, de l’innovation et de la consommation comme moteurs clés de la croissance future. Dans un contexte géopolitique tendu, la progression de la Chine vers une société moderne et technologiquement souveraine, associée à sa volonté de renforcer son leadership industriel, laisse entrevoir la persistance d’une rivalité durable avec les Etats-Unis.


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