Dans cette note d’analyse, Patrick Artus (Ossiam) propose une lecture assez claire — et franchement pas rassurante — de la situation actuelle : ce que l’on vit aujourd’hui avec le pétrole et le gaz… on l’a déjà vécu en 2022. Et surtout, on en connaît déjà les conséquences.
Le point de départ est simple : la hausse des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient ressemble fortement à celle observée lors de la guerre en Ukraine. En 2022, les prix des énergies fossiles avaient doublé ; en 2026, ils ont déjà progressé d’environ 70 %.
Et ce type de choc n’est jamais neutre.
Première étape : l’inflation. Elle réagit immédiatement et fortement. En 2022, la hausse de l’énergie avait ajouté près de 4 points d’inflation en zone euro. Cette fois, l’impact attendu est encore significatif, autour de +2,4 points. Mais surtout, le vrai problème vient après : l’effet de second tour. Quelques mois plus tard, les salaires s’ajustent, et l’inflation devient plus persistante.
Deuxième étape : la croissance. Et là, le décalage est important — mais implacable. Le choc énergétique pèse d’abord sur les entreprises, avec une baisse de l’investissement liée à la perte de compétitivité. Ensuite, la consommation ralentit. Résultat : la croissance finit par décrocher, avec un point bas atteint plusieurs trimestres après le choc initial.
Si le schéma se répète, la zone euro pourrait commencer à ralentir dès 2026… avec un creux autour de 2027.
Troisième étape : les marchés. Les taux longs montent rapidement, tandis que les marchés actions corrigent. En 2022, l’Euro Stoxx avait chuté de 17 %. Aujourd’hui, la baisse est déjà engagée et pourrait suivre une trajectoire comparable.
Et c’est là que la synthèse devient intéressante.
Ce que dit Artus, en creux, c’est qu’il n’y a pas vraiment de mystère. Si le choc énergétique persiste, on peut s’attendre à :
– une inflation durablement élevée, même après un reflux temporaire
– une croissance affaiblie, voire proche de zéro
– des marchés sous pression
– et une réaction encore incomplète des taux, donc potentiellement plus de tension à venir
Autrement dit : le pire n’est pas forcément immédiat… mais il est déjà en train de se préparer.
Et c’est souvent ça, le plus piégeux pour les marchés : un scénario lent, prévisible… mais que tout le monde sous-estime au début.
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