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Comment la guerre en Ukraine modifie les équilibres politiques en Russie

Les Siloviki à l’offensive

La lente progression de l’armée russe en Ukraine ne signifie pas que le Kremlin ait renoncé à ses buts initiaux. “L’objectif de l’opération spéciale est de protéger la population d’un génocide de la part du régime néo-nazi ukrainien, de démilitariser et de dénazifier le territoire ukrainien, d’obtenir concrètement un statut de neutralité, qui soit inscrit dans la constitution“, rappelle à Khabarovsk Nikolaï Patrouchev. Longtemps dans l’ombre de V. Poutine, le secrétaire du conseil de sécurité russe multiplie les déplacements (Erevan, Kaliningrad…), appelant au renforcement de “l’éducation patriotique” et à une “réforme structurelle” de l’économie pour limiter le rôle du marché. Vice-président du conseil de sécurité russe, l’ancien Président Medvedev se livre régulièrement à des déclarations outrancières, affirmant ces derniers jours que le refus de l’Ukraine et des pays membres de l’OTAN de reconnaître l’annexion de la Crimée constitue pour Moscou une “menace directe”. Il agite le spectre d’une guerre nucléaire, une tentative de l’Ukraine de reconquérir la presqu’île signifierait “le Jugement dernier” pour le monde entier.

Cet engagement dans le conflit avec l’Ukraine contraste avec la retenue dont font preuve de nombreux responsables gouvernementaux. Le premier ministre Mikhaïl Michoustine est, explique Meduza, le leader de ce groupe, auquel appartient le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, et qui s’abstient autant que possible de prendre position. Un “politburo économique” a été mis en place qui comprend, selon le site d’information, la présidente de la banque centrale, Elvira Nabioullina, le ministre des Finances, Anton Silouanov, le conseiller économique du Président, Maxim Orechkine, ainsi que les dirigeants de deux grandes entreprises, Andreï Kostine (VTB) et Igor Setchine (Rosneft).

Le premier ministre ne s’implique pas dans la nouvelle politique économique – il n’aurait pas été consulté, d’après Meduza, sur la nomination de Denis Mantourov comme vice-premier ministre (cf. Infra) – il serait en revanche devenu l’interlocuteur apprécié des dirigeants des régions. À l’instar de Dmitri Kozak ou de Guerman Gref, président de la Sberbank, dont les liens avec l’ancien agent du KGB remontent aux années 1990, beaucoup des proches de Vladimir Poutine, notamment ses anciens compagnons de Saint-Pétersbourg, se sont aussi gardés de lui apporter un soutien public depuis l’invasion de l’Ukraine, observe le politologue Konstantin Gaaze.

La nouvelle donne politique conduit à des prises de position à priori surprenantes. La culture “reflète la réalité nouvelle“, observe la Nezavissimaïa gazeta, elle “met le cap sur l’isolement, l’enracinement et le conservatisme“. Les récentes déclarations du directeur du musée de l’Ermitage, Mikhaïl Piotrovski, illustrent le virage pris par la Russie : “Nous avons reculé, et maintenant nous ne reculons plus. Un tournant est opéré, et il est clair qu’il est définitif. Tout a commencé en Crimée en 2014, la Crimée a créé une situation qui faisait qu’on ne pouvait agir autrement et qu’il fallait opérer un tournant“. Certes, admet cet historien de l’art réputé, la guerre c’est du sang et des meurtres“, mais c’est aussi “l’affirmation des gens, l’affirmation de la nation […] . Finalement, nous avons tous été éduqués dans la tradition impériale“.

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