Croissance mondiale, atterrissage en vue

Le resserrement des conditions de crédit bancaire, qui était déjà à l’œuvre avant le mois de mars, crédibilise le scénario d’un essoufflement de la croissance mondiale en 2023.

L’INFLATION TOTALE EN BAISSE MAIS L’INFLATION SOUS-JACENTE RÉSISTE

Dans la plupart des pays du G7, à l’exception du Royaume-Uni, l’inflation est en baisse depuis quelques mois grâce à la baisse des prix de l’énergie qui s’est avérée plus rapide qu’anticipé. C’est le cas pour les prix à la pompe mais également pour les prix du gaz et par voie de conséquence pour ceux de l’électricité. Cette tendance va se poursuivre dans les mois qui viennent du fait de la dissipation d’effets de base sur l’énergie. En effet, les prix de marché du gaz et de l’électricité, même s’ils restent élevés en comparaison historique notamment en Europe, sont néanmoins revenus sur les niveaux d’avant-guerre en Ukraine. En revanche, la situation est plus compliquée pour l’inflation sous-jacente, qui continue d’accélérer en zone euro (+5,7 % en glissement annuel en mars) et au Japon, en large part à cause de l’accélération des prix des services.

LES BANQUES CENTRALES DANS L’EXPECTATIVE

A partir de début février, les publications économiques meilleures que prévu (qui s’expliquent par des conditions météorologiques exceptionnellement favorables en début d’année) ont provoqué une communication plus offensive des banquiers centraux et les taux longs ont beaucoup augmenté en conséquence. Mais les événements récents avec les faillites bancaires américaines ont changé la donne car les membres de la Fed ont considéré que l’effet sur l’économie de l’épisode de stress bancaire était équivalent à une augmentation des taux directeurs. Sur ce point, il faut insister sur le fait que l’enquête trimestrielle de la Fed auprès des banques, publiée en janvier faisait déjà état d’un fort redressement des conditions de crédit bancaire à direction des ménages et des entreprises. D’ailleurs, les encours de prêts bancaires aux entreprises aux Etats-Unis sont au point mort depuis début novembre. Le coup d’arrêt à l’octroi de crédit bancaire en Europe est également très net. Cela détériore les perspectives économiques et va amener la Fed et la BCE à y réfléchir à deux fois avant de durcir à nouveau leurs politiques. Nous estimons toutefois que la BCE devrait relever à nouveau ses taux directeurs dans les prochains mois.

UNE AMÉLIORATION DES PMI « COMPOSITE », QUI CACHE UNE DÉGRADATION DANS LE SECTEUR MANUFACTURIER

Les indicateurs PMI connaissent une amélioration depuis la fin de l’année 2022 et sont repassés dans une zone signalant une expansion de l’activité, que ce soit dans les pays développés ou les pays émergents. Néanmoins, on observe un écart important entre la dynamique du secteur manufacturier et celle du secteur des services. En effet, le rebond des enquêtes de conjoncture est porté par le secteur des services où la demande reste forte, encore dans le cadre d’un rééquilibrage de la consommation des biens vers les services et avec l’utilisation de l’excès d’épargne constitué pendant la crise covid (mais qui s’amenuise petit à petit). En revanche, dans le secteur manufacturier les composantes « production » et « nouvelles commandes » sont dans la plupart des pays en zone de contraction. C’est particulièrement clair pour l’enquête ISM manufacturier aux Etats-Unis, qui est tombé à 46,3 en mars, soit un niveau rarement atteint hors période de récession.

On retrouve très vraisemblablement là les effets retardés du fort resserrement monétaire entamé par les banques centrales développées depuis un an environ.

LE COMMERCE MONDIAL EN ZONE DE CONTRACTION

En décembre 2022, les exportations mondiales de marchandises se sont contractées de 2,6 % sur un an (en volume) et il semble que cette tendance se poursuive début 2023. En effet, les exportations coréennes qui sont fortement corrélées aux exportations mondiales ont continué de se replier sur les 3 premiers mois de l’année 2023. Autre signe de ce repli du commerce mondial : le nombre de containeurs entrant dans les deux principaux ports américains, Long Beach et Los Angeles, était en baisse de 35 % sur un an en février. Le fret ferroviaire aux Etats-Unis se situe environ 10 % en deçà des niveaux de 2019 à la même période de l’année. Cela corrobore le fort affaiblissement de la demande de biens au niveau mondial.

En conclusion, les mois qui arrivent devraient montrer un ralentissement de la croissance mondiale, sous l’effet retardé du brutal resserrement monétaire entamé en 2022. L’un des éléments pouvant contrebalancer cela est la réouverture de la Chine, où les autorités semblent vouloir soutenir un peu plus la consommation.

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