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Croissance : une accélération attendue dès le 1T21 aux Etats-Unis

Pandémie : 300 millions de doses ont été inoculées dans le monde. Toutefois les différences de vitesse persistent. Dans l’Union Européenne, dont la progression de vaccinations a été ralentie par le manque de doses, la bonne nouvelle est l’accroissement significatif des doses dans les semaines à venir. Ceci devrait permettre à la région d’accélérer de manière conséquente le nombre de personnes vaccinées. Néanmoins, le défi logistique reste importante pour changer de régime de vaccination dans la zone.

Politique: Le Sénat américain a adopté ce weekend le plan de soutien adopté par la Chambre des représentants. Le plan est très proche de l’objectif de 1900 milliards de dollars (9% du PIB) initialement prévu. Il a été adopté par la seule majorité Démocrate. Quelques modifications ont toutefois été adoptées, notamment en réduisant le montant de l’allocation chômage supplémentaire, qui passerait de 400 dollars à 300 dollars par semaine, ainsi que la limite de revenu pour recevoir les 1400 dollars de dollars qui seront versés à chaque ménage. Ainsi le seuil a été abaissé de 100000 dollars à 75000 dollars pour un individu. Au total, ce plan, qui doit être maintenant validé de nouveau par la Chambre des représentants, pourrait devenir loi avant la mi-mars. Ceci pourrait stimuler un peu plus la croissance du premier trimestre, même si l’effet maximal se verra sur le deuxième trimestre et les suivants.

Marchés : Après une courte accalmie, les taux d’intérêt à long terme sont repartis à la hausse en fin de semaine dernière. Aux Etats-Unis le taux à 10 ans a dépassé les 1,60 pour finalement se stabiliser à 1,57%. Le pari relationniste reste dominant sur le marché. Celui-ci a reçu un fort soutien avec les chiffres de l’emploi américain pour le mois de février qui étaient nettement meilleurs que prévu. Le taux de chômage est descendu à 6,2%, alors que le secteur privé a créé 465 mille emplois, essentiellement dans la restauration grâce à la réouverture de l’économie. Cette dynamique, avec l’adoption imminente du nouveau plan de soutien devrait accentuer la pression à la hausse des taux d’intérêt à long terme. La contagion de ce mouvement à d’autres marchés obligataires ne peut pas être négligée. La nouvelle montée du prix du pétrole, est une autre source de tension pour les taux. Le marché restera attentif à la réaction des banques centrales.

Dans les semaines à venir, l’Union Européenne devrait sortir peu à peu de la situation de pénurie de vaccins dans laquelle elle se trouve. En fait, les nombre de doses qui devraient être mise à disposition par les laboratoires devraient permettre, théoriquement, de rattraper une partie du retard déjà pris avec d’autres grandes économies. Néanmoins, cela exigera des efforts logistiques considérables. Notre modélisation, dans le cas de la France comme exemple, met bien en contraste le changement radical de vitesse de vaccinations qui doit s’opérer pour réduire le nombre de mois pour atteindre l’immunité collective qui garantira une ouverture bien plus rapide des économies et qui donc minimiserait les coûts en vies humaines et économiques.

En fin de semaine dernière le marché est retourné vers une dynamique reflationniste, se traduisant par des taux longs en hausse et ainsi que des bourses bien orientées. Ainsi, malgré des taux longs retrouvant les plus hauts niveaux de la semaine précédente qui avaient induit une correction sur les marchés, les actions se sont bien comportées. En partie, cette « nouvelle » dynamique a été alimentée par les chiffres de l’emploi américain bien meilleurs que prévus. En effet, les créations d’emplois pour le mois de février ont été fortes, avec plus de 465 mille créations par le secteur privé, soit plus du double de ce qu’était attendu par les économistes. Le facteur prépondérant derrière cette montée surprise est le rebond de l’emploi dans le secteur de la restauration et de l’hôtellerie. C’est évidemment dans ces secteurs très riches en main d’œuvre que les effets du confinement avaient été les plus visibles au cours des deux mois précédents. Avec la création de 379 mille emplois dans ces secteurs en février, on mesure combien l’économie américaine est en train de s’ouvrir, en permettant donc à ces activités de reprendre le chemin vers une activité plus normale.

Ces fortes créations d’emplois au mois de février se sont traduites par une nouvelle baisse du taux de chômage à 6,2%. Certes pour l’instant il y a encore une partie importante de la population qui s’est éloignée du marché du travail à cause du choc brutal provoqué par la pandémie comme on peut le voir sur le chiffre de taux de chômage étendu à ceux qui sont en travail partiel pour des raisons économiques ou occupent des postes très temporaires. Celui-ci, même s’il baisse, reste très élevé à 11,1%. De même le taux de participation, ne remonte plus.

Si on essaie de se projeter sur les mois qui viennent, il est très probable que le taux de chômage devrait continuer de baisser. D’une part, grâce aux vaccinations qui vont permettre la poursuite de l’ouverture de l’économie, les activités qui ne fonctionnant aujourd’hui que de manière partielle ou restreinte vont pouvoir retrouver leur activité. Encore une fois, les secteurs du loisir, hébergement et de la restauration devraient être ceux où le retour à la normale se manifestera de la manière la plus forte.

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D’autre part, l’intensité du choc de croissance, que devrait entraîner le nouveau plan de soutien du gouvernement, devrait offrir un coup d’accélérateur à l’activité et se traduire par des créations d’emploi plus rapides. Ceci pourrait être renforcé par une poussée de la confiance des ménages qui permettrai de déployer l’énorme bas de laine constitué au cours de la dernière période, notamment comme conséquence des chèques distribués par le gouvernement. Rappelons qu’en janvier le taux d’épargne de ménages américains est remonté à 20,5% du revenu disponible.

Ce scénario devrait confirmer le pari reflationniste joué par le marché. Toutefois, alors qu’on peut aisément justifier la rotation qui s’opère sur le marché actions, en favorisant les secteurs qui devraient le plus profiter de la « normalisation » des économies, il reste l’inconnue de la réaction du marché obligataire et de son dialogue avec la bourse. Ainsi, nous le savons déjà, une hausse trop rapide des taux longs, dont le faible niveau est vu comme un ancrage essentiel aux valorisations élevées des actifs risqués, pourrait représenter un obstacle puissant à l’appétit pour le risque.

Pour l’instant, les autorités monétaires, qui continuent à jouer un rôle moteur dans l’ancrage des taux longs à des niveaux faibles, regardent la montée des taux longs comme validant l’embellie économique à venir. Néanmoins, en Europe comme Etats-Unis, certains banquiers centraux se sont déjà inquiétés de la montée trop rapide des dernières semaines. Pour l’instant, ni la Fed, ni la BCE ne sont vraiment intervenus. Mais, c’est bien probable que les semaines qui viennent risquent d’intensifier la tension entre les marché et les autorités monétaires et donc la possibilité d’une intervention des banques centrales pour modérer la hausse des taux longs. Une situation assez inédite dans une phase de reprise.

La montée du prix du pétrole stimulé par une offre qui reste contrôlée par l’Arabie saoudite et maintenant l’attaque d’un des principaux sites de production saoudien par les séparatistes houthis du Yémen risque de remettre sous pression les taux longs…mais ceci pourrait s’avérer que temporaire. Au total, le prix du pétrole a tout de même doublé depuis 1 an. Ce mouvement est évidement, mal venu.

A court terme, nous devrions encore subir des turbulences, mais toujours dans l’optimisme d’un retour vers des économies dans les pays développés fonctionnant sans contraintes de mobilité avant la fin de l’année.

Source : La Banque Postale AM par Sebastian Paris Horvitz

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