Robert Schramm-Fuchs, gestionnaire de portefeuille chez Janus Henderson Investors, revient sur un dîner d’experts géopolitiques organisé à l’issue du sommet de l’OTAN des 24 et 25 juin. Aux côtés du général Sir Nicholas Carter et de la baronne Catherine Ashton, il décrypte une évolution stratégique majeure : l’Europe entre dans une nouvelle ère de défense active. Face à l’incertitude persistante sur l’engagement américain, les membres européens de l’OTAN se sont engagés à consacrer 5 % de leur PIB annuel à la sécurité, marquant une rupture historique dans les politiques budgétaires de la région. Cette dynamique de réarmement, au croisement des enjeux industriels, politiques et technologiques, ouvre de nombreuses opportunités d’investissement — notamment pour les acteurs flexibles et attentifs à la transformation structurelle des priorités publiques. Mais l’autonomie stratégique ne se décrète pas : les défis logistiques, d’interopérabilité et de cohérence entre les États membres seront déterminants. Une analyse essentielle pour comprendre comment les mutations géopolitiques peuvent redessiner le paysage des marchés européens.
J’ai eu récemment la chance de partager un dîner et une conversation avec deux experts de premier plan sur la défense de l’UE et le contexte sécuritaire plus large de l’Europe lors d’un événement client que Janus Henderson a organisé pour aborder ce sujet fondamental pour les marchés actuels.
Le sommet de l’OTAN a été important, non seulement dans le domaine des questions stratégiques liées à la défense, mais également des réalignements géopolitiques, des risques pour les actifs européens et des perturbations du marché dans tous les secteurs. Tous ont le potentiel de créer des opportunités pour les investisseurs flexibles, que Janus Henderson saura saisir grâce à son approche active.
Dans les jours qui ont précédé l’événement, nous avons constaté une attention particulière portée sur le sommet de l’OTAN des 24 et 25 juin, dans un contexte de changements de la doctrine de défense américaine et d’incertitude croissante quant à l’engagement des États-Unis envers l’Alliance et l’Europe. Les récentes pressions exercées oralement par le secrétaire américain à la Défense M. Hegseth et le Président américain Donald Trump ont réitéré l’urgence de la priorité renouvelée de l’Europe accordée à ses dépenses de défense, ce qui en fait un objectif clé pour les investisseurs de tout horizon, des actions aux obligations.
Perspectives des experts
Les principaux intervenants du dîner ont été le général Sir Nicholas Carter, un expert stratégique accompli doté de décennies d’expérience militaire, officiant comme conseiller militaire principal du Premier ministre britannique et comme chef d’état-major général, le chef officiel de l’armée britannique. Le général Carter était accompagné de la baronne Catherine Ashton, éminente diplomate britannique et candidate au prix Nobel de la paix, qui, entre autres rôles importants, a exercé la fonction de première haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de 2009 à 2014.
Ce dîner a été le genre d’opportunités que nous apprécions pour tester nos hypothèses avec des informations directes de personnes qui ont participé à la prise de décision stratégique dans des domaines qui ont d’énormes conséquences pour nous tous. Non seulement en termes de perspectives et de défis de marché, mais également d’évolution de la dynamique géopolitique qui sous-tend nos vies.
À la suite de cet événement, il a été utile de réfléchir à ce changement historique de stratégie concernant les besoins de sécurité de l’Europe, étant donné qu’il a des ramifications potentiellement importantes pour les investisseurs, car les pays (et les régions) cherchent à donner la priorité à leurs propres intérêts.
La défense est désormais une priorité en Europe
Un sommet positif de l’OTAN semble avoir apaisé une grande partie des tensions à long terme entre les États-Unis et les autres États de l’OTAN qui avaient été mises à nu ces dernières semaines. À la suite de l’engagement pris par les membres européens de l’OTAN de consacrer 5 % de leur PIB par an dans la défense, répartis entre 3,5 % de dépenses de « défense stratégique » et 1,5 % de dépenses de « sécurité au sens large », les États-Unis semblent plus à l’aise dans le cadre actuel de l’OTAN. Cet engagement accélère la tendance à l’augmentation des dépenses de défense des membres de l’OTAN que nous avons observée au cours de la dernière décennie (Illustration 1) :
Illustration 1 : Les dépenses de défense de l’OTAN montent régulièrement en puissance

Source : OTAN, Dépenses de défense des pays de l’OTAN (2014-2024), 17 juin 2024. PIB = produit intérieur brut. OTAN = Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, une alliance militaire intergouvernementale transnationale de 32 États membres (30 européens et deux nord-américains). Les données excluent l’Islande, qui n’a pas de forces armées.
Le sommet a mis en place de nouvelles pistes sur ce qui sera exigé de l’Europe, en termes de sécurité et de défense, et sur sa nécessité d’atteindre son autonomie stratégique. Ce sommet a également apporté un certain degré de clarté sur les engagements que les États-Unis sont prêts à prendre, en ligne avec leurs intérêts particuliers, à un moment où ils expriment un changement d’orientation de l’Europe vers la région Indo-Pacifique.
Ce qui est clair, c’est que l’Europe reste fortement dépendante des services de renseignement, des technologies de reconnaissance et des capacités de défense des États-Unis, des domaines qui prendront des années à être développés de manière indépendante. L’augmentation des dépenses doit s’accompagner d’une meilleure cohésion, en surmontant les problèmes d’interopérabilité entre les capacités militaires des membres de l’OTAN.
Il est également reconnu que les États membres européens doivent améliorer leurs processus de passation de marchés afin de garantir une meilleure optimisation des dépenses. La complexité des chaînes logistiques de la défense européenne explique que la reconstruction des capacités sera probablement lente et difficile, et qu’elle devra se concentrer sur des gains significatifs à grande échelle, plutôt que sur de faibles volumes d’équipements coûteux.