Courbes | La revue de presse économique et financière

Des bonnes nouvelles qui soutiennent les marchés…mais

Agence SAND

Sur les deux derniers jours nous avons encore constaté les excès auxquels le marché peut être soumis avec la liquidité extrême qui le caractérise aujourd’hui. Ainsi, la spéculation qui a gagné les prix du gaz en Europe a été spectaculaire les poussant à des niveaux stratosphériques pour retomber de manière brutale grâce à une intervention bien venue de Vladimir Poutine.  Après avoir monté sur la seule journée du 6 octobre de près de 40% les poussant vers des niveaux historiques, les prix se sont écroulés (baisse de plus de 35%) le lendemain avec la suggestion du président russe de soulager le manque d’approvisionnement en gaz de la région. Ces mouvements extrêmes sont évidemment excessifs et très déstabilisant.

Néanmoins, bien que les promesses du président Poutine soient les bienvenues, il est bien trop tôt pour se prononcer sur la fin de la crise énergétique que vit l’Europe. Tout d’abord, la possibilité de voir très vite la mise en « production » du nouveau pipeline controversé construit entre la Russie et l’Allemagne, appelé le Nord stream 2, il faudra encore attendre. Il a encore beaucoup d’obstacles pour qu’il soit opérationnel. Par ailleurs, même si les Russes indiquent que Gazprom a déjà fourni des quantités historiquement très importantes à l’Europe, à travers du pipeline existant, la demande Européenne a été aussi bien plus importante que d’habitude pour les raisons que tout le monde connaît maintenant. De fait, les stocks de gaz restent bien inférieurs aux niveaux usuels avant la période hivernale.

Évidemment, on peut faire le pari, un peu osé, mais possible, que non seulement, nous aurons la chance d’avoir un hiver relativement doux ainsi que nous aurons la bonne surprise de voir le nouveau pipeline avec la Russie mis en activité bien plus vite qu’anticiper tout en espérant que la demande d’énergie primaire d’autres région (y compris sur le charbon) va s’atténuer. Néanmoins, ça fait beaucoup d’hypothèses. À ce stade, le plus probable est que les prix resteront élevés. La seule bonne nouvelle est que la forte hausse des derniers mois devrait s’atténuer.

Energie : accalmie très relative sur les prix de l'énergie

Au total, outre les problèmes structurels évidents du marché énergétique européens, allant de son fonctionnement aux choix stratégiques sur le mix-énergétique, le facteur important dans ce qui se passe tient pour beaucoup à la force de la reprise économique à la sortie de la crise sanitaire qui se voit confrontée à une offre contrainte créant ainsi des tensions fortes qui poussent les prix à la hausse. Un constat, comme nous le savons tous, qu’on peut faire dans des nombreux facteurs. Certains des goulets d’étranglement vont se dissiper, y compris par le facteur équilibrant que joueront les prix sur la demande. Néanmoins, se pose la question dans cette phase de transition sur la manière avec laquelle la politique monétaire doit s’ajuster à cette réalité.

Aujourd’hui, la vue dominante des banquiers centraux, que ce soit en Europe et aux Etats-Unis est que ces effets de tensions ne sont que transitoires et que l’accommodation monétaire doit encore rester extrême pour encore longtemps. Cette vue est d’ailleurs un des facteurs dominants qui nourrit l’optimisme de beaucoup d’opérateurs de marché, y compris le nôtre. Cette abondance de liquidité fournie par les banquiers centraux reste une huile prodigieuse pour stimuler la prise de risque.

Certes le marché a intégré le resserrement à venir, mais aussi son caractère très graduel. Il n’empêche que la dynamique de l’inflation dans les mois à venir, y compris avec ces pressions qui s’exercent sur le marché de l’énergie, pourrait venir inquiéter ou du moins interpeller les banquiers centraux dans leur stratégie de sortie très (trop) graduelle de cette situation d’accommodation extrême dans laquelle nous nous trouvons.

Pour nous, ceci est un facteur qui nous incite à la prudence à court terme.

Pour l’instant, le marché obligataire a commencé à intégrer le changement de politique et évidemment a été affecté par la hausse des prix de l’énergie et la persistance de niveaux d’inflation élevés. Néanmoins, au regard du niveau des taux d’intérêt à long terme, on voit bien que le discours très accommodant qui persiste des banquiers centraux pèse encore fortement sur les taux réels qui restent à des niveaux extrêmement déprimés.

Nous sortons ainsi de cette crise, notamment aux Etats-Unis, alors que la perte de croissance de 2020 a été complètement comblée, avec des taux réels bien plus bas que lors de la crise financière de 2008-2009. Encore une fois, le niveau négatif extrême des taux réels aujourd’hui est bien la conséquence de la fameuse « forward guidance », c’est-à-dire l’orientation de la politique monétaire à moyen terme, que les banquiers centraux continuent de communiquer, qui resterait très accommodante pour encore très longtemps.

Etats-Unis : malgré la récente hausse les taux réels restent à des niveaux extrêmes

Les prochains mois, ou les quelques trimestres à venir, seront cruciaux pour nous rassurer ou nous inquiéter sur la caractère adapté ou erroné de la position des banquiers centraux.

Aujourd’hui, les chiffres de l’emploi américain, qu’on attend comme relativement robuste, du moins bien plus solides que le mois précédent, devraient valider déjà le début de la réduction des achats d’actifs en novembre par la Fed.

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