Des indicateurs économiques mitigés

La semaine s’est ouverte sur un soulagement avec l’accord conclu en dernière minute aux Etats-Unis évitant un « shutdown », même si l’échéance n’est que reportée de 45 jours. Cela n’a malheureusement pas suffi à rassurer les marchés financiers. Les taux d’intérêt à long terme ont continué leur marche en avant, soutenus par des indicateurs économiques qui ne fléchissent pas. L’ISM Manufacturier[1] américain est ressorti au-dessus des attentes à 49, au plus haut depuis novembre 2022 et en hausse par rapport au mois précédent (47.6), avec un chiffre de l’emploi aussi en hausse notable. Si l’ISM[3] Service est en légère baisse, il reste largement en territoire positif et s’est avéré légèrement supérieur au chiffre attendu. Les données sur l’emploi sont plus mitigées avec d’abord un chiffre d’emplois non pourvus (JOLT) largement supérieur aux estimations puis un repli des créations d’emplois selon l’enquête ADP. En zone euro, les données économiques sont plus décevantes. Même si les indicateurs PMI[4] se sont révélés, pour certains pays, plus résilients qu’attendu, ils restent sur des niveaux inférieurs à 50 ou très proches, montrant la fragilité de la situation. La consommation des ménages souffre de la hausse des prix : les ventes au détail ont reculé de 1,2% en volume sur un mois et 2,1% sur un an en septembre. 

Les marchés actions sont très dépendants de l’évolution des taux. La hausse des taux à 10 ans américains de 16 points de base en 2 jours, passant de 4,57% à 4,73%, leur plus haut niveau depuis l’été 2007, s’est transmise aux taux européens : le 10 ans allemand a touché les 3% pour la première fois depuis 2011. Cela a pesé sur les actifs risqués en début de semaine, qui ont prolongé la baisse entamée mi-septembre, sans forte distinction géographique. Une accalmie sur les taux en fin de semaine a permis aux actions de se stabiliser. 

Dans ce contexte, nous avons mis en place, tactiquement, une exposition neutre aux actions, le sentiment et le positionnement des investisseurs étant de nouveau assez faibles alors que la croissance américaine est encore résiliente et que la situation en Chine se stabilise. A moyen terme, cependant, les politiques monétaires restrictives et les taux d’intérêt réels élevés vont peser sur la croissance économique et les résultats des entreprises. Ainsi, sur les taux, nous sommes positifs sur la duration qui sera un actif protecteur dans cette phase d’incertitude économique.

ACTIONS EUROPÉENNES

Les actions européennes clôturent la semaine en baisse sur fond de statistiques macroéconomiques peu rassurantes avec le nouveau recul des ventes au détail pour septembre (-2,1% en volume sur un an). L’énergie sort en queue de peloton du STOXX600 en parallèle de la baisse du cours du pétrole suite à la confirmation de l’OPEP[5] que les coupes de production n’ont pas vocation à s’intensifier. 

La multinationale française des transports Alstom a subi une correction importante (-38%) après avoir abaissé significativement ses objectifs de trésorerie pour l’année. Cette nouvelle est de mauvaise augure particulièrement dans un environnement de taux de financement élevé dans la mesure où cela pourrait dégrader la note de crédit de la société.

A l’inverse, le groupe agroalimentaire Bonduelle a largement rebondi (+9%) suite à des ventes en hausse et tirées par les volumes et ce malgré une rentabilité inférieure aux attentes. La firme se montre d’ailleurs optimiste quant à la pérennité de cette tendance pour les prochains mois. Tendance corroborée dans la grande distribution par Tesco qui rehausse ses perspectives annuelles après de bons résultats pour le dernier trimestre, observant une amélioration de la confiance des consommateurs. Rebond également fort du côté de la firme de luxe danoise Pandora (+12%) qui envoie un message encourageant pour la consommation discrétionnaire en rehaussant ses perspectives annuelles après que son positionnement de « luxe abordable » lui ai permis de gagner des parts de marché, notamment aux Etats-Unis, face à ses concurrents plus exposés à la baisse du pouvoir d’achat des ménages.

ACTIONS AMÉRICAINES

Les marchés américains perdent du terrain à l’issue des 5 dernières séances. Le S&P500 (-0,94%) et le Russell 2000 (-3,47%) reculent, tandis que le NASDAQ (+0,17%) progresse timidement. Les indices rebondissent toutefois en fin de semaine avec la publication de chiffres sur les créations d’emplois dans le secteur privé inférieurs aux attentes (+89k contre 150k estimés), accompagnée d’une décélération de la progression des salaires pour le douzième mois consécutif. 

Concernant les taux, les marchés anticipent dorénavant une probabilité de 50% d’un relèvement de 25 points de base au mois de novembre, contre 18% la semaine passée. Les cours du pétrole reculent fortement au cours de la semaine, le WTI atteignant un plus bas à 82.31$ suite à la publication d’un rapport de l’Agence Américaine de l’Energie indiquant une hausse des stocks et un ralentissement attendu du niveau de la demande. Les membres de l’OPEP+[2] ont décidé de garder au même niveau les quotas actuels de production.

Les acteurs de la transition vers les énergies renouvelables AES Corp (-15,26%) et NextEra (-13,37%) souffrent des perspectives de taux élevés dans la durée. Un tel environnement alimente les craintes d’un ralentissement des investissements dans les infrastructures vertes.

Dans les matériaux, Lundin Mining (-7,32%) recule après l’annonce de la démission de l’actuel CEO, qui sera remplacé le 1er janvier 2024.

Dans la technologie, le fabricant d’ordinateurs Dell (-3,37%) est pénalisé après avoir fourni une prévision de croissance annuelle à long terme décevante. Booz Allen Hamilton (+7,33%) progresse après avoir signé un contrat de 630 millions de dollars avec l’US Space Force.

Du côté de l’automobile, Tesla (+4,05%) progresse après avoir reconfirmé ses prévisions à long terme. Ford (-5,25%) et General Motors (-8,59%) continuent leurs pourparlers avec le syndicat des travailleurs automobiles. General Motors a déclaré par ailleurs que la grève menée par le syndicat lui aurait coûté plus de 200 millions de dollars à ce jour. 
Exxon affirme son intérêt pour Pioneer Natural Resources, entreprise spécialisée dans les schistes. La transaction pourrait ouvrir la voie à la plus grande acquisition du géant de l’énergie depuis sa fusion avec Mobil en 1999, en faisant d’Exxon le premier producteur du bassin permien.

Enfin, les démocrates et républicains ont convenu d’un projet de loi de financement provisoire le 1er octobre pour éviter un « shutdown ». Ce projet provisoire ne couvre que 45 jours, la chambre des représentants ayant dorénavant jusqu’au 17 novembre pour trouver un accord sur le budget 2024.

Termes et définitions
1. ISM manufacturier ( ISM Manufacturier ) L’indice ISM manufacturier est un indicateur économique qui mesure le niveau d’activité des manufacturiers aux États-Unis. Il est…
2. OPEP+ ( OPEP+ ) OPEP+ est une coalition entre les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et d’autres…
3. ISM ( ISM ) L’indice ISM, également connu sous le nom de rapport sur l’activité manufacturière de l’Institute for Supply Management (ISM),…
4. PMI ( PMI ) L'indice PMI (Purchasing Managers' Index) est un indicateur mensuel qui mesure la performance des secteurs de l'industrie manufacturière et des services.
5. OPEP ( OPEP ) L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) est une organisation intergouvernementale qui regroupe 12 pays producteurs de pétrole…
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