Détroit d’Ormuz : les 4 vrais signaux qui comptent (et pas ceux que vous regardez)

Dans cette lecture très opérationnelle, Christopher Dembik (Pictet AM) coupe court au bruit ambiant : pour comprendre le marché pétrolier aujourd’hui, il ne faut pas écouter les discours… mais regarder les indicateurs concrets.
Vue d'un pétrolier pour illustrer les variations des prix du pétrole
©Fibee

Dans cette lecture très opérationnelle, Christopher Dembik (Pictet AM) coupe court au bruit ambiant : pour comprendre le marché pétrolier aujourd’hui, il ne faut pas écouter les discours… mais regarder les indicateurs concrets.

4 signaux à surveiller de près à propos du détroit d’Ormuz et du marché pétrolier.

1) Les primes d’assurance des navires passant par le détroit
Avant la guerre, assurer un tanker via Ormuz coûtait 0,25% de sa valeur. Aujourd’hui, c’est entre 3,5 et 10%…C’est prohibitif.

Exemple : un tanker de 100 M$ qui coûtait 250 000 $ à assurer peut atteindre maintenant 10 M$. Quand cette prime reviendra sous les 2%, la circulation pourra revenir à la normale. C’est un signal beaucoup plus important que n’importe quelle annonce venant de Washington ou de Téhéran.

2) Le nombre de navires qui traversent réellement le détroit
Chaque navire est équipé d’un GPS. Nous savons donc exactement combien de navires réussissent à franchir le détroit. En moyenne, il y en a huit par jour contre 100 avant la guerre, soit une baisse de 92% du trafic.

L’Iran laisse également circuler des navires de la flotte fantôme qui éteignent leur GPS lors du passage du détroit. Mais ça ne change pas la donne. Quand nous aurons de nouveau 30 à 40 navires par jour, le commerce reprendra vraiment.

Il est possible de suivre gratuitement et en temps réel le trafic via le WTO Hormuz Trade Tracker.

3) La dislocation du marché pétrolier
Le prix actuel du Brent avoisine les 110 $ après un pic à 119,50 $. Bonne nouvelle ? Ce n’est pas si simple. Ce prix fait référence au pétrole « papier », c’est-à-dire aux contrats financiers sur l’or noir qui peuvent même concerner des barils qui n’ont pas été encore produits. Pour obtenir du pétrole physique aujourd’hui, les raffineurs doivent payer une prime de 30 $. C’est ce coût qu’on doit prendre en considération si on essaie d’estimer l’impact économique de la crise en cours. Tant que le différentiel entre le pétrole physique et le pétrole papier sera aussi élevé, cela voudra dire que le marché est en stress.

4) La date limite de mi-avril
Deux mesures d’urgence arrivent à expiration vers mi-avril :
– Le stock stratégique américain de 400 millions de barils sera épuisé vers le 15 avril ;
– La dérogation autorisant l’Inde à acheter du pétrole russe prendra fin

Aujourd’hui, ces mesures temporaires limitent le déficit pétrolier à ~5 mb/j. Sans elles, il pourrait doubler à 10 mb/j, soit la plus grande perturbation pétrolière jamais enregistrée. Le temps joue en notre défaveur.

Tout le reste n’est que du bruit.

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