Immobilier vert | La revue de presse économique et financière

Dette d’infrastructure : Reconstruire en mieux

Agence SAND
« Reconstruire en mieux » est un credo qui revient souvent chez ceux qui préconisent de stimuler la reprise économique mondiale et de permettre à la société de renouer avec une vie normale une fois que la pandémie semblera enfin sous contrôle. Les gouvernements des pays occidentaux sont les fers de lance de cet effort, avec plusieurs milliers de milliards de dollars de crédits budgétaires engagés, notamment sur des projets d’infrastructures « vertes ».
Cet effort des gouvernements pour sortir leur pays du marasme économique n’est pas sans rappeler le New Deal de Franklin D. Roosevelt dans les années 1930. Même le FMI, qui a longtemps été le chantre de la rigueur budgétaire, exhorte aujourd’hui les gouvernements à ne pas se précipiter pour se désendetter et à rester au chevet de l’économie.
Dans cette frénésie de dépenses, il y aura inévitablement des opportunités pour les capitaux privés. Mais comment la communauté des investisseurs peut-elle participer ?

Investir dans la dette d’infrastructure

De nombreux projets d’infrastructures sont impulsés par l’État mais il y a souvent des projets de moindre envergure qui sont généralement financés par des fonds privés. La dette d’infrastructure est l’une modalités possibles. Elle consiste à financer d’importants actifs tangibles qui procurent un produit ou un service essentiel. De tels actifs peuvent générer des flux de trésorerie de grande qualité sur le long terme, tout au long des cycles économiques. Par conséquent, il s’agit de l’un des rares domaines d’investissement susceptibles de procurer des rendements stables et à faible volatilité.
Cette stabilité s’explique en partie par le fait que les actifs d’infrastructure sont souvent protégés par des barrières à l’entrée élevées. Par exemple, la construction d’une centrale électrique peut prendre plusieurs années et coûte très cher et, en général, les lacunes sur de tels marchés ne peuvent pas être comblées du jour au lendemain. Les opérateurs de ces infrastructures sont souvent en position de monopole car, dans la plupart des domaines, il n’y a besoin que d’un seul opérateur de service d’utilité publique ou de transports
Les projets d’infrastructure peuvent également être de nature très diverse – les projets de reconstruction de l’économie mondiale après la pandémie engloberont un large éventail de secteurs tels que la production d’énergie, le transport et la construction – ce qui veut dire que cette classe d’actifs peut aussi présenter des qualités défensives attrayantes.
Alors, comment cette classe d’actifs dite « refuge » répondra-t-elle aux défis de l’année 2020 ?
De vastes pans du marché ont résisté à la pandémie
La dette d’infrastructures a effectivement bien résisté à la pandémie, comme en témoigne sa volatilité nettement moins marquée que pour d’autres classes d’actifs, y compris les actions. La relative décorrélation du secteur à la conjoncture économique s’est révélée être un avantage car un bon nombre de ces actifs rendent des services essentiels moins susceptibles d’être boudés en période de difficultés économiques. Le télétravail a même permis aux opérateurs de services publics élémentaires et aux fournisseurs d’accès Internet à haut débit d’enregistrer une augmentation de la demande en 2020.
Toutefois, le secteur n’est pas homogène et l’on observe très clairement des gagnants et des perdants en 2020, ce qui souligne la nécessité de faire le tri parmi ces investissements.
Les gagnants et les perdants de la crise de la Covid-19 parmi les infrastructures
Sans vouloir minimiser la tragédie humaine occasionnée par la pandémie, la progression des marchés actions met en évidence des paris gagnants pour les investisseurs en 2020. La transition énergétique et l’essor du numérique sont les deux tendances de marché qui sautent aux yeux. Elles étaient déjà à l’œuvre avant la crise du Covid-19 mais la pandémie les a renforcées.
La production d’énergies renouvelables et les autres industries liées à la transition vers des sources d’énergie plus propres/vertes sont vitales pour rendre l’économie plus durable. Non contentes de fournir des services essentiels, les entreprises concernées sont parvenues à fonctionner avec peu de personnel sur site. Par conséquent, les confinements n’ont pas trop perturbé leurs opérations.
L’essor du télétravail en 2020 montre bien pourquoi le secteur des télécoms est désormais considéré comme un service essentiel par les gouvernements et les autorités de réglementation. L’accès ininterrompu à l’Internet à haut débit a été essentiel à la réussite des mesures de confinement. L’édition 2020 de l’indice Global Connected de DHL a mis en évidence une forte hausse (+48 %) du trafic Internet international entre la mi-2019 et la mi-20201.
En revanche, certains secteurs ont été durement touchés par les restrictions sanitaires. Ils présentaient auparavant de solides fondamentaux et, même s’ils connaissent toujours des difficultés en raison de leur modèle économique, ils devraient rebondir lorsque les restrictions à l’activité économique seront entièrement levées.
Le secteur du transport a été durement touché par les restrictions à la mobilité sociale. Les autoroutes payantes ont enregistré une nette baisse du trafic routier, même si le trafic de poids-lourds a bien résisté. Après la première vague de confinements, le trafic sur les autoroutes payantes avait rapidement rebondi, ce qui est encourageant pour la suite. Ce rebond reflète en partie la préférence des individus pour les véhicules particuliers au détriment des transports publics.
Les aéroports ont également été durement touchés en raison de la baisse de 76 % du trafic aérien international de passagers en 2020 par rapport à 20192. Néanmoins, à la différence du transport routier, le transport aérien mettra probablement plusieurs années avant de retrouver son niveau antérieur à la pandémie, ce qui reflète des changements structurels tels que le déclin du tourisme d’affaires.

Le futur est teinté de vert

Les dépenses budgétaires promises suggèrent que de nombreux projets d’infrastructures verront le jour à l’avenir. Les secteurs des énergies renouvelables et des télécoms ont bien résisté pendant la pandémie et, de surcroît, ils répondent aux objectifs de développement durable qui sont susceptibles de créer des opportunités d’investissement attrayantes.
À noter que le rôle des infrastructures dans la transition énergétique ne se résume pas à la production d’énergies renouvelables : le désengagement des sources d’énergie traditionnelle entrepris, par exemple, par les opérateurs de services aux collectivités présente également de belles opportunités de financement d’infrastructures. Les secteurs qui sont à la croisée de l’essor du numérique, de l’énergie verte et même du transport (par exemple, les stations de chargement de véhicules électriques) devraient tous surfer sur la vague du développement durable à l’avenir.
Le déploiement de la 5G et le remplacement des équipements existants constituera un chantier majeur dans les années à venir. Cette technologie est censée permettre de multiplier par 20 le débit par rapport à la 4G, favorisant ainsi le recours aux appareils connectés (« Internet des objets »). Cela pourrait donner naissance à des villes « intelligentes » et accélérer la transition vers la voiture autonome, qui est susceptible de fluidifier le trafic routier, d’améliorer la qualité de l’air et de réduire le nombre d’accidents.
Même si ces projets sont essentiels à la transition vers un monde plus durable, ils ne seront pas financés uniquement par la dépense publique. Il faudra beaucoup de capitaux privés pour garantir leur aboutissement.

Examiner de plus près les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance

Les possibilités d’investissement dans la dette infrastructures vertes non cotées ne manqueront pas mais le suivi, la gestion et la mesure des aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ne sont pas une mince affaire.
La prise en compte de la durabilité lorsque l’on investit dans des entreprises non cotées requiert une approche un peu différente de l’engagement actionnarial et de l’exercice des droits de vote. Les entreprises cotées en bourse ont l’obligation de rendre régulièrement des comptes sur tous les aspects de leur activité. En revanche, l’accès aux informations n’est pas toujours possible en ce qui concerne les entreprises non cotées. De plus, un projet d’infrastructures s’étale généralement sur plusieurs décennies et les facteurs relatifs à la durabilité peuvent avoir une incidence sur la capacité d’un emprunteur à rembourser sa dette.
Par conséquent, il est essentiel que les prêteurs procèdent à des vérifications minutieuses sur tous les aspects de l’activité d’un emprunteur. Il peut s’agir de mesurer la contribution environnementale nette d’un projet, en prenant en compte les émissions de CO2 et la compatibilité d’un projet avec l’Accord de Paris sur le climat.
En définitive, les enjeux du développement durable doivent être au cœur de tout processus de sélection de valeurs, de sorte que les investissements incompatibles soient évités et que ces projets restent fidèles à leur label « vert ».

Des opportunités pour les investisseurs patients, avec un horizon lointain

La dette d’infrastructure est l’un de ses actifs de plus en plus rares qui sont capables de procurer des flux de trésorerie visibles et résistants à long terme, ainsi qu’un potentiel de rendement attrayant et un lien évident avec les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance. Cependant, cette possibilité d’investissement ne convient pas forcément à tous les investisseurs.
Pour ce faire, il faut un horizon d’investissement lointain et une capacité à tolérer une liquidité moins importante que pour d’autres classes d’actifs. Ces conditions font de la dette d’infrastructure une classe d’actif qui s’adresse avant tout aux investisseurs institutionnels (caisses de retraite et compagnies d’assurances) qui sont en mesure de se fixer un horizon d’investissement plus lointain.
Ce type d’investisseurs appréciera également les vertus de cette classe d’actifs en matière de diversification. En effet, les actifs sous-jacents peuvent provenir d’un large éventail de secteurs et d’industries mais la diversification peut également être obtenue en investissant à différents niveaux de la structure du capital des émetteurs. Par exemple, la dette senior (de premier rang) peut présenter une valorisation attrayante grâce à sa prime d’illiquidité et un potentiel de perte limité. La dette junior (subordonnée) peut générer une performance absolue plus importante tout en bénéficiant du même niveau de résistance des actifs sous-jacents qui génèrent des flux de trésorerie stables, mais au prix d’un effet de levier plus important.

Une possibilité d’investissement en plein essor

Lancée en 2017, notre gamme de dette d’infrastructure est axée sur le financement d’un large éventail d’actifs tangibles dans des secteurs tels que le transport, les infrastructures sociales (universités, écoles, hôpitaux), les énergies renouvelables (éolien, solaire), les énergies traditionnelles et les services d’utilité publique (réseaux de chauffage et de gaz naturel, traitement des déchets et de l’eau), ainsi que les infrastructures de télécommunications. L’examen exhaustif des facteurs ESG est au cœur du processus d’investissement et profite de notre savoir-faire dans ce domaine.
La dette d’infrastructure poursuivra sans aucun doute son essor en tant que classe d’actifs, attirant ainsi davantage d’investisseurs institutionnels. De nouvelles tendances et de nouveaux secteurs émergeront, non seulement dans le cadre de la transition vers une économie plus durable, mais aussi grâce au progrès technologique et à l’essor du numérique.
Chez BNP Paribas Asset Management, nous pensons que cette transition créera une multitude d’opportunités enthousiasmantes et que la dette d’infrastructure sera une source de financement majeure pour relever le défi de la lutte contre le changement climatique. Notre processus vise à rechercher les meilleures opportunités pour en faire profiter nos clients.

Vous avez trouvé cette publication intéressante ?

Cliquez sur une étoile pour la noter !

Note moyenne / 5. Nombre de votes :

Aucun vote pour l'instant. Soyez le premier à noter cette publication.

Merci pour votre vote !

Vous pouvez ajouter un commentaire (optionnel).

Dites-nous en plus (optionnel) :

Total
7
Shares
Publications similaires