Droits de douane : vers un ralentissement sans récession ?

Une photo d'investisseurs en costume
©Fibee

Dans une analyse signée par les experts de Lombard Odier, dont Nannette Hechler-Fayd’herbe, Samy Chaar et Filippo Pallotti, les conséquences du bouleversement tarifaire mondial sont passées au crible. Loin d’être une simple péripétie politique, la hausse sans précédent des droits de douane américains – estimée à 15 % en moyenne pondérée – constitue un véritable choc commercial global, inédit depuis les années 1930. Si les marchés ont jusqu’ici fait preuve d’un calme olympien, les économistes anticipent un ralentissement marqué de l’économie mondiale sans basculer dans la récession. Les États-Unis devraient voir leur croissance plafonner à la moitié de leur potentiel en 2025, tandis que des pays comme Taïwan, la Suisse ou le Mexique sont identifiés comme particulièrement vulnérables. Une lecture lucide d’un nouvel ordre économique en gestation, où incertitudes tarifaires et arbitrages géopolitiques redessinent les flux commerciaux et les stratégies d’investissement.

En amont de l’échéance du 1er août, les marchés financiers ont largement ignoré les incertitudes tarifaires et de nombreux indices boursiers ont atteint de nouveaux pics. Les accords commerciaux récemment signés par les Etats-Unis avec le Japon et l’Union européenne ont entretenu l’enthousiasme des investisseurs. S’il existe, de notre point de vue, des raisons d’adopter une prise de risque mesurée, nous prévoyons néanmoins un ralentissement significatif de l’économie mondiale et une réévaluation des risques par les marchés, compte tenu du niveau effectif des droits de douane imposés par les États‑Unis – niveau inédit depuis la fin des années 1930.

L’incertitude ne prendra pas fin le 1er août

Une combinaison d’accords et de droits de douane punitifs a précédé la date butoir du 1er août. Si certains pays parviendront peut-être encore à des accords commerciaux préférentiels, d’autres pourraient être temporairement confrontés à des droits de douane plus punitifs. Même les accords de principe conclus jusqu’ici nécessiteront de nouvelles négociations, ce qui entraînera une incertitude persistante pour certaines entreprises.

Un choc commercial mondial se déroule sous nos yeux. La première administration Trump avait imposé une augmentation de quelque 1,5% du taux moyen effectif des droits de douane américains. À ce jour, sur la base des derniers accords conclus, nous tablons sur une hausse d’environ 15% en moyenne pondérée par les échanges commerciaux. A la différence des frictions commerciales qui avaient marqué le premier mandat du président Trump, les exportateurs étrangers absorbent désormais une partie de ces augmentations tarifaires, de l’ordre de 10% en moyenne, sur la base des prix à l’importation. Mais bien que cela puisse compenser une partie de l’impact de la hausse des droits de douane sur l’économie américaine, l’essentiel de la charge du paiement de ces taxes repose toujours sur les épaules des importateurs américains. Les conséquences d’une telle augmentation ne doivent donc pas être sous-estimées.

Nos prévisions indiquent que l’évolution du paysage tarifaire entraînera un ralentissement significatif de l’économie mondiale, sans pour autant provoquer de récession. Quant à la croissance américaine, elle devrait n’atteindre que la moitié de son potentiel en 2025, les répercussions des droits de douane se matérialisant au cours des six derniers mois de l’année.

Jusqu’à présent, leur impact sur l’inflation américaine a été modéré, grâce à la constitution de stocks par les entreprises en prévision du choc commercial. Cependant, alors que l’inflation des services et du logement est restée modérée et conforme à nos prévisions, nous avons observé en juin le début d’un renchérissement des biens « primaires » dans les secteurs affectés par les droits de douane, comme l’ameublement et les articles de loisirs, tels que les jouets.

Aux États-Unis, l’inflation des dépenses de consommation personnelles (PCE), l’indicateur le plus étroitement surveillé par la Réserve fédérale, devrait atteindre un pic de 3,4% vers la fin de l’année. Compte tenu de l’incertitude entourant la vitesse de transmission de la hausse des coûts des intrants aux prix à la consommation, nous surveillons attentivement les données affichées en temps réel sur les sites web des détaillants américains.

Quelles seront les économies les plus impactées ?

Le Mexique, le Canada, Taïwan et la Suisse figurent parmi les pays les plus exposés aux droits de douane américains. S’agissant des deux premiers cités, leur exposition est cependant fortement limitée par l’exemption de droits de douane sur les marchandises couvertes par l’Accord États‑Unis–Mexique–Canada (USMCA) de 2020. La Suisse n’a pas encore reçu de lettre de notification tarifaire, ce qui laisse présager l’application d’un droit de douane général de 10% jusqu’à la signature d’un accord, lequel devra résoudre la question des taxes imposées au secteur pharmaceutique. Nous maintenons donc notre prévision de croissance du PIB suisse à 0,7% en 2025. Pour le Mexique, le Canada et Taïwan, nos prévisions sont de -0,7%, 1,4% et 3,3% respectivement.

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