Christine Lagarde

Du rififi à la Banque centrale européenne

Contrairement aux États-Unis, l’inflation en zone Euro ne s’infléchit que subtilement.
En matière de politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE) a par ailleurs pris du « retard » vis-à-vis de son homologue américaine. Des dissensions internes commencent également à poindre, perturbant sensiblement le message transmis au marché. Dès lors, qu’attendre de la dynamique inflationniste et des autorités monétaires en 2023 ?

L’inflation « totale » semble avoir franchi un cap. Cette dernière culminait à 10,6 % en octobre sur un an, puis est redescendue à 10,1 % le mois suivant, pour atteindre 9,2 % en décembre. Bien qu’elles décélèrent, les catégories liées à l’énergie et l’alimentation contribuent toujours à plus de la moitié des pressions inflationnistes. Les composantes liées aux services ne faiblissent pas, et avancent à un rythme bien supérieur aux standards historiques. D’autre part, 88 % des items compris dans l’indice des prix à la consommation augmentent de plus de 2 % sur un an.

En retranchant l’alimentation et l’énergie, l’inflation sous-jacente (celle qui compte le plus pour la BCE) n’a quant à elle pas fléchi et s’est même permis une nouvelle accélération en décembre, pour s’établir à 5,2 % sur les 12 derniers mois.

En parallèle, le taux de chômage se situe à un plus bas historique, et le nombre d’emplois vacants gravite au-dessus des territoires connus jusqu’alors. Ce phénomène est propice à une hausse des salaires nominaux, qui se perçoit déjà dans les mesures agrégées fournies par Eurostat. Ce momentum pourrait se poursuivre cette année encore, ajoutant une pression sur l’inflation, en particulier sur celle des services.

Mentionnons également l’évolution du taux de change. Après s’être déprécié face au dollar sur la quasi-totalité de l’année 2022, l’euro s’apprécie depuis octobre dernier, et affiche déjà une progression de 1,4 % en 2023, ce qui devrait notamment modérer le coût des importations énergétiques.

Nous anticipons, malgré tout, une désinflation en 2023, sans pour autant revenir sur la cible des 2 %, et ceci grâce à l’assagissement de la composante « énergie » (pétrole, gaz…) ainsi qu’aux prémices des conséquences de l’action de la BCE. La détérioration du contexte économique aura également un rôle à jouer, puisque le renchérissement des matières premières observé en 2022, l’augmentation du coût du capital, et un moindre soutien budgétaire et monétaire, constituent des vents contraires.

La grande inconnue demeure la « réouverture » de la Chine, susceptible de redonner une bouffée d’air à la croissance du vieux continent, mais également d’entraîner un regain d’inflation non désiré.

En début de semaine dernière, un article publié par Bloomberg citant une source « anonyme interne à la BCE », a fait état d’une possible transition, pour l’institution monétaire, vers une politique moins agressive. En direct du forum économique mondial à Davos, François Villeroy de Galhau, puis Christine Lagarde ont assuré le service après-vente, en indiquant que la bataille contre l’inflation n’était pas gagnée et que les taux directeurs devraient encore remonter sensiblement. Cet épisode met en exergue les dissensions qui existent au sein de la BCE entre les « faucons » et les « colombes ». La voix dominante reste celle d’une lutte inconditionnelle contre l’inflation, afin d’éviter le « désancrage » des anticipations d’inflation et la « souffrance » future engendrée par une telle situation. Cette ligne dure et académique s’illustre par exemple au travers des propos d’Isabel Schnabel (économiste allemande, membre du directoire de la BCE). À contrario, une autre vision portée notamment par les pays du Sud, se veut plus pragmatique quant aux sources exogènes de l’inflation et, surtout, insiste sur les risques de récession. À ce stade, le marché anticipe un taux terminal de 3,25 % d’ici mi-2023, et il paraît raisonnable d’anticiper une nouvelle hausse de 0,50 % lors de la réunion du 02 février prochain, mais le pas qui sera entrepris au-delà (+0,50 % ou +0,25 %) est un peu plus incertain.

Le couple croissance/ inflation de l’économie européenne n’est pas encore scellé, tandis que des luttes intestines fragilisent la communication de la BCE.

Sera-t-elle capable de faire cavalier seul, ou bien suivra-t-elle finalement la partition menée par la Fed, qui s’apprête à ralentir le tempo ?

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