Euro | La revue de presse économique et financière

Dynamique des prix : que peut-on dire ?

Les prix à la consommation accélèrent à l’heure actuelle. On le sait et la publication des chiffres d’aout en Zone Euro l’illustre. Acteurs de l’économie réelle et marchés de capitaux sont sensibles au thème. La « vision » majoritaire est que le phénomène est transitoire. Mais l’impression d’un transitoire qui dure rend évidemment mal à l’aise. Et si le régime des prix se mettait à changer ?

La question vaut ; même s’il est difficile d’y répondre. A aujourd’hui, deux débuts de vérité paraissent se dégager. A court terme, les tensions en amont du processus de transformation paraissent se modérer. De façon plus structurelle, les employés pourraient être tentés d’arbitrer une certaine modération salariale en faveur de davantage de télétravail.

Pour la première fois depuis l’automne 2011, le glissement sur un an des prix à la consommation a atteint 3% en août au sein de la Zone Euro. Il était de 2,2% en juillet et de 0,9% en début d’année. Certes, la hausse est moins spectaculaire, si on se concentre sur le noyau dur des prix de détail (hors énergie et produits alimentaires), avec des variations sur douze mois de respectivement 1,6%, 0,7% et 1,4%.

Cette réalité contrastée se retrouve sur d’autres plans. D’un côté, alors que seulement quatre des dix-neuf pays de la zone ont enregistré le mois dernier une « inflation » inférieure à 2%, trois autres sont confrontés à des dynamiques comprises entre 4,5% et 5% ; de l’autre, des effets-base (par exemple, changement de taux de TVA en Allemagne et soldes d’été décalées en France et en Italie) apportent des distorsions ponctuelles.

Avant d’entrer dans une analyse un peu approfondie de la trajectoire en cours des prix, insistons sur la sensibilité au thème. C’est vrai sur les marchés de capitaux, où on a vu en Europe des rendements d’Etat à 10 ans monté de cinq centimes au cours de la séance d’hier (à partir d’une base, on le sait, très faible, le mouvement est marqué !) ; cela l’est aussi pour l’économie réelle, avec un décrochage de la confiance des ménages de part et d’autre de l’Atlantique dont une partie (plus marquée aux Etats-Unis) doit être attribuée à des prix moins sages qui rognent le pouvoir d’achat.

Alors que se passe-t-il ? Le diagnostic consensuel (mais pas unanime) est que cette « résurgence » est par nature transitoire. Mais le constat d’un transitoire qui dure plus longtemps que prévu ébranle au moins un peu la force de la conviction. Quel fil analytique tirer pour tenter d’y voir un peu clair ?

Commençons par admettre que les approches académiques classiques ont été mises à mal par cette longue période de progression faible des prix. C’est vrai de la théorie quantitative de la monnaie (des banques centrales prodigues n’ont pas générées davantage d’inflation) ou de la relation de Phillips (moins de chômage mais pas plus d’inflation). Face à cette insuffisance de la pensée, on se contente de mêler les tendances conjoncturelles repérées et les inflexions structurelles potentiellement à venir en espérant pouvoir en tirer une vue prospective sur la dynamique des prix.

Pour ce qui est du court terme (la conjoncture), face à une économie qui se rouvre et une activité qui s’ébroue, les ressorts de la demande et de l’offre n’ont pas la même force ; on l’observe. Et ce décalage, entre une « montée dans les tours » plus rapide pour la première que pour la seconde, crée là où les déséquilibres sont les plus marqués (en amont du processus général de transformation et de distribution, mais aussi pour certains produits ou services spécifiques) des tensions sur les coûts et les prix.

Il semble pourtant que l’enchainement puisse être en train de se tasser, au moins de plafonner. C’est le massage qu’on arrive à extraire des enquêtes PMI dans le secteur manufacturier au niveau mondial ou de la formation des prix à la production aux Etats-Unis. Tout ceci demande confirmation, mais au moins le diagnostic d’un processus transitoire n’est pas démenti.

Passons au moyen terme (le structurel). Pour qui croit à un changement possible (probable ?) de régime des prix, trois inflexions à éventuellement venir (avec quelle force ?) sont mises en avant : la dé-globalisation, qui rendrait moins efficace le fonctionnement de l’économie mondiale avec un moins bon contrôle des coûts, une politique économique durablement plus volontariste, qui stimulerait la demande au-delà de ce à quoi les capacités d’offre peuvent répondre, et un marché du travail durablement tendu (démographie et politique économique), qui induirait une accélération des salaires.

Disons que tout ceci est pour le moment assez intuitif et donc hypothétique. Si ce n’est probablement le point sur le marché du travail. Nombre d’observateurs, et parmi ceux-ci les marchés de capitaux, suivent les évolutions en cours et se demandent si les tensions ne sont pas pour bientôt. Alors, une fois encore, où en est-on et à quoi doit-on être attentif ?

Observons d’abord que les cicatrices de la crise du COVID sur les équilibres du marché du travail n’ont pas encore totalement disparu. A ce titre les coûts salariaux en général n’accélèrent pas (avant prise en compte de l’évolution de la productivité, dont l’évolution est actuellement difficile à mesurer).

Combien de temps faudra-t-il pour que les équilibres qui prévalaient avant la crise du COVID soient « enfoncés » au point d’enclencher une inflexion haussière du coût du travail ? il n’est pas facile de se prononcer.

Et puis et ensuite, le fonctionnement du marché du travail ne va-t-il pas se modifier ? Quel nouvel équilibre entre travail en distanciel et au bureau ou à l’atelier ? Avec quelle conséquence sur les négociations salariales ? A aujourd’hui il semblerait que les employés seraient enclins à donner la préférence à plus de journées de télétravail, avec comme contrepartie une certaine modération salariale.

On le comprend ; la visibilité fait un peu défaut pour ce qui est du profil à court et moyen termes des prix. Le pire n’est absolument pas certain ; mais le retour au statu quo ante, hypothèse privilégiée ne serait-ce que par conservatisme, n’est pas forcément garanti.

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