Economie résiliente, inquiétudes liées à la récession et buzz de l’IA

Au second semestre 2022, nous avons assisté à un ralentissement de l’économie, à une hausse de l’inflation et à des craintes de récession. Tel le mythe d’Icare, l’activité des entreprises se dégradait rapidement lorsque l’inflation excessive a commencé à bruler les ailes de l’économie. Mais le parallèle s’arrête ici, car contrairement à Icare, l’économie n’a fait qu’effleurer la surface de la récession, la croissance du PIB mondial tombant à un niveau certes faible de 1 à 2 % à fin 2022 mais la récession a été évitée et une forte reprise s’est amorcée en 2023.

L’Europe a réussi à faire face à la crise énergétique, évitant ainsi une récession plus grave. La Chine a rouvert ses portes et s’est remise de la période COVID, suivie par les États-Unis. L’économie mondiale, malgré les premiers signes de fragilité, a fait preuve de vigueur : en effet le rythme de la croissance mondiale atteint environ 4 % au cours du premier trimestre. Les perspectives de croissance pour le deuxième trimestre restent solides, bien qu’à un rythme plus lent que celui de la période précédente, en raison d’un ralentissement de la croissance en Chine.

Prudence en fin de cycle

Nous nous trouvons actuellement dans les dernières phases du cycle économique et, avec une croissance rapide des salaires d’environ 4 à 6 % aux États-Unis et en Europe et de faibles taux de chômage, les craintes d’une récession se font de plus en plus sentir. 

Nous pensons qu’un ralentissement économique pourrait se produire fin 2023 ou début 2024. Prédire le moment exact d’une récession est toutefois compliqué.

La phase économique actuelle peut être caractérisée par une économie forte d’un côté et une récession potentielle de l’autre. 

Les dépenses de consommation et la croissance de l’emploi ont alimenté la reprise économique de 2023. Néanmoins, l’industrie manufacturière a souffert du fait de la préférence des consommateurs pour les services au détriment des biens, qui rappelle une tendance à la réouverture post-pandémie. Bien que l’industrie manufacturière mondiale ait commencé à montrer des signes de reprise au début de cette année, elle n’a pas encore atteint des niveaux de croissance significatifs.

Le soleil se couche toujours à l’ouest

Sans récession aux États-Unis, une récession mondiale n’est pas probable. L’économie américaine devrait connaître une récession brève et peu profonde dans le courant de l’année, ce que l’on appelle un atterrissage en douceur. D’autres possibilités incluent un ralentissement plus prolongé, ce à quoi l’on ajoute une inflation rigide. Certains économistes prévoient un scénario encore plus modéré dans lequel l’économie américaine décélère mais éviterait habilement la récession, à l’instar du cycle prépandémique qui a suivi la crise financière mondiale.

Il est cependant encore possible que l’on se dirige vers une récession en forme de U qui durerait 3 à 4 trimestres. Cette version pourrait être plus dommageable pour l’économie et les marchés financiers. Un environnement de crédit tendu, propulsé par les politiques restrictives des banques centrales, pourrait être le catalyseur de cette trajectoire de récession classique et semble être la perspective la plus probable pour l’année à venir. Mais même dans ce cadre, il est possible que la récession soit relativement modérée.

Qu’est-ce qui est attractif, qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Les investissements en obligations d’entreprises semblent attractifs, offrant des niveaux de rendement de 4 à 8 %. En revanche, le marché boursier, en particulier les actions américaines, semble surévalué et présente un risque plus élevé que les obligations d’entreprise. 

Par exemple, en 2023, les actions européennes ont augmenté de 11 % tandis que les obligations à haut rendement[1] ont rapporté 5 %, mais avec moins d’un tiers du risque des actions. En outre, la croissance des bénéfices pourrait rester négative à la fin de l’année 2023, ce qui représente un risque plus élevé pour les actions. 

Par conséquent, à moyen terme, nous préférons le crédit aux actions.

D’un autre côté, nous pensons que les valorisations élevées des actions ont moins d’importance à court terme. Par conséquent, les actions pourraient encore offrir un certain potentiel de hausse, à condition que la dynamique du marché reste forte.

Perspectives du marché

L’optimisme quant à la possibilité d’éviter une récession a stimulé les marchés boursiers au mois d’octobre, et les actions européennes et américaines ont depuis augmenté de plus de 20 %. Une crise bancaire mineure aux États-Unis a entraîné du recul, mais la tendance générale du marché est restée positive.

Nous conseillons donc une position neutre à l’égard des actions, les probabilités étant également partagées entre un atterrissage en douceur et une récession potentielle.

Récemment, le marché des actions s’est rétréci, les projecteurs étant principalement braqués sur le secteur technologique américain, qui a été dopé par le boom de l’IA en 2023. Pourtant, il est possible que le mouvement à la hausse des actions se poursuive tout au long de l’été, reposant sur le sentiment de prudence des investisseurs, l’activité économique positive et les prévisions de bénéfices des entreprises pour le deuxième trimestre qui ont été continuellement revues à la hausse, bien qu’elles soient modestes.

Toutefois, le marché boursier pourrait afficher une performance plus faible plus tard dans l’année en raison de l’affaiblissement des fondamentaux économiques et des bénéfices. À l’heure actuelle, il est difficile de prévoir le moment d’un tel retournement du marché, mais il se produirait probablement au moment où la dynamique économique deviendrait négative.

Si les signes d’une récession imminente commencent à s’accumuler, il est recommandé aux investisseurs d’adopter une stratégie défensive en conservant dans leur portefeuille des actifs moins risqués, et en gardant du dry powder. Pourquoi ? Parce que les meilleures opportunités d’investissement à long terme apparaissent souvent en période de récession. Cela se produit lorsque les perspectives économiques sont sombres, mais que les bases d’une reprise sont en train d’être jetées.

Le vent se lève doucement dans les pays nordiques

Alors que l’économie mondiale résiste et que les pressions inflationnistes commencent à s’atténuer, les économies nordiques touchent le fond.

En Suède, les marchés de l’immobilier et du logement se redressent après un début d’année brutal. L’inflation reste quand même élevée. La Riksbank devra rester optimiste probablement plus longtemps que la BCE. L’incertitude économique a contribué à la faiblesse persistante de la couronne. Cela profite aux entreprises exportatrices suédoises. Il ne manque plus q’un coup de pouce de la demande mondiale.

Quant aux entreprises exportatrices finlandaises, elles subissent de plein fouet la faiblesse de la couronne par rapport à l’euro. Néanmoins, l’activité économique et la confiance des entreprises et des consommateurs finlandais se sont améliorées par rapport à leur niveau le plus bas. La Finlande a attiré dernièrement de nouveaux investissements dans le secteur de l’énergie pour les années à venir. Un nouveau gouvernement de droite est sur le point d’entrer en fonction et son programme comprendra des réformes économiques et fiscales.

Termes et définitions
1. Junk bonds ( obligations à haut rendement ) Les junk bonds sont des titres de créance émis par des entreprises ou des entités qui ont une note de crédit relativement faible.
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