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Energies renouvelables : la bulle a fini par éclater

La chute récente des valeurs « énergies renouvelables » montre à quel point leur envolée était artificielle, comme l’avait souligné BDL Capital Management. Le phénomène de bulle avait été alimenté par les ETFs

Il s’agissait bien d’une bulle. Comme l’avait souligné BDL Capital Management dès le 21 janvier, mettant en garde contre des valorisations excessives, les valeurs « énergies renouvelables » avaient bel et bien fait l’objet d’un emballement inconsidéré. Elles avaient vu leur prix enfler après la victoire de Joe Biden aux Etats-Unis. Le soufflé est désormais retombé. On peut le voir à travers les performances constatées depuis le 21 janvier.

Outre celle des entreprises, nous affichons la performance de iShares Global Clean Energy, un ETF de Blackrock, car il a joué un rôle important dans l’emballement de fin 2020-début 2021.

Pour beaucoup de ces particuliers, un ETF suit un indice, qu’il soit global ou sectoriel, voilà tout. Le « tracker », autre nom pour ce produit financier, n’a pas d’effet sur les valeurs composant cet indice. En réalité, à mesure que les ETFs augmentent leur collecte et prennent donc un poids conséquent, cette « neutralité » disparaît progressivement. En achetant les valeurs pour suivre fidèlement les indices qu’ils répliquent, ces fonds sont devenus des actionnaires de taille non négligeable. Le pourcentage du capital des sociétés détenus par l’ensemble des ETFs est passé de 1% en 2005 à plus de 7% aujourd’hui, selon les estimations de BDL Capital Management, qui a conçu son propre outil de suivi de l’activité des ETFs dans son univers d’investissement, les actions européennes.

Les ETFs ont contribué à la flambée des valeurs « énergies renouvelables »

Devenant des actionnaires importants, les trackers influent de plus en plus sur les cours des valeurs sous-jacentes. Cela s’est donc vu récemment dans le domaine des énergies renouvelables, où ils ont largement contribué à la flambée des cours boursiers, durant le mois de décembre 2020. Avec un mouvement autoalimenté : les ETFs font monter les prix, ce qui attire une nouvelle collecte, qui provoque une hausse supplémentaire, comme l’avait souligné BDL Capital Management, dès le 21 janvier, évoquant la formation d’une bulle spéculative.

L’ETF « iShares Global Clean Energy » de Blackrock, avait ainsi collecté 2 milliards de dollars au cours du seul mois de décembre 2020, et 3,2 milliards depuis entre début novembre 2020 et la mi janvier 2021. L’autre fonds important dans ce secteur, « Invesco Solar ETF » avait, lui, collecté 1,6 milliard de dollars sur la même période. Or, pour investir, les gestionnaires ne disposent que d’un éventail restreint de valeurs, s’agissant d’un secteur d’activité émergent. Et les entreprises sont encore, souvent, de taille modeste. Ainsi, le portefeuille de « iShares Global Clean Energy » ne comprend que 30 valeurs. Du coup, la collecte de l’ETF, dès qu’elle est investie, dope immédiatement les cours.

Quand la bulle explose…

En Europe, trois entreprises ont été fortement impactées par ce fonds. Il s’agit de Verbund, EDPR et Neoen. Les cours des deux dernières avaient grimpé de 45% au cours du seul mois de décembre, d’où l’apparition d’une véritable bulle boursière. Pour ces entreprises, l’ETF avait contribué à hauteur de 20% au volume quotidien échangé en bourse, pendant un mois. Or une contribution supérieure à 5% des titres échangés suffit à impacter les cours de bourse, sur ce genre de titres peu liquides. Mieux : dans deux entreprises, Powercell et Encavis, cet ETF de Blackrock était devenu le deuxième actionnaire.

Jamais, de tels impacts n’avaient été constatés. Les ETFs n’ont sans doute pas été à l’origine de la hausse des cours des valeur « énergie renouvelable ». Celle-ci a d’abord été liée à des perspectives de changement de politique énergétique. Mais s’ils ne créent pas l’engouement boursier, les ETFs l’amplifient fortement. Et bien sûr, ils peuvent être à l’origine, réciproquement, d’une chute brutale des cours.

Un simple arrêt du flux acheteur a fait exploser la bulle

L’ETF « iShares Global Clean Energy » a donc lourdement chuté depuis le 21 janvier, perdant près de 33%. En l’occurrence, ce recul brutal n’est pas lié à un désinvestissement de la part des clients de Blackrock, acheteurs de cet ETF. Il a suffi en fait, simplement, que le flux acheteur se tarisse, pour que les cours des Verbund, Neonen, etc… ne soient plus artificiellement soutenus. Et s’effondrent rapidement, entraînant mécaniquement le recul du tracker, qui avait largement contribué à la formation de cette bulle.

Plus que jamais, il apparaît aujourd’hui indispensable de suivre de près l’activité des ETFs, et d’abord les flux entrants.

Par Laurent Chaudeurge, Gérant de fonds et Thibaut Thuaire, Responsable de la recherche ETF

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