Entre menaces politiques et tensions pétrolières, un marché sous haute pression

Les dirigeants iraniens — du moins ceux encore en place — oscillent dans les discours entre rationalité stratégique et imprévisibilité inquiétante. Une ambiguïté qui alimente un climat déjà extrêmement tendu. En parallèle, la position américaine reste floue : intervention directe ou désengagement calculé au profit des acteurs les plus dépendants du détroit d’Ormuz ? Rien n’est tranché.

Les dirigeants iraniens — du moins ceux encore en place — oscillent dans les discours entre rationalité stratégique et imprévisibilité inquiétante. Une ambiguïté qui alimente un climat déjà extrêmement tendu. En parallèle, la position américaine reste floue : intervention directe ou désengagement calculé au profit des acteurs les plus dépendants du détroit d’Ormuz ? Rien n’est tranché.

Les dirigeants iraniens, tout du moins ce qu’il en reste, sont ainsi tantôt qualifiés de « raisonnables », tantôt de « tarés ». De même, le rôle de Washington dans la question pourtant centrale de la réouverture du détroit d’Ormuz semble osciller entre une intervention directe des États-Unis et la volonté d’en laisser la responsabilité aux acteurs les plus directement dépendants du pétrole qui y transite.

Le nouvel ultimatum fixé par Donald Trump arrive à échéance ce soir à 20h (après un nouveau sursis de 24 heures) pour parvenir à un accord et rouvrir le détroit d’Ormuz, sans quoi le président menace de « déchaîner les enfers ». La séquence est désormais bien identifiée : le président américain cherche, tant bien que mal, une porte de sortie — par le haut de préférence — mais les dirigeants iraniens, même affaiblis, ne semblent guère réceptifs aux menaces américaines. Nous verrons donc dès ce soir si Donald Trump met ses menaces à exécution, en ciblant notamment les infrastructures électriques, ou si, une fois de plus, il choisira de repousser l’échéance. 

Dans ce brouillard géopolitique, le marché pétrolier nous apporte son lot de subtilités. Alors que les investisseurs ont majoritairement les yeux fixés sur les cours du WTI ou du Brent, le pétrole ne se négocie pas à un prix unique, mais par rapport à des benchmarks locaux (Brent en Europe, Dubaï/Oman en Asie…), auxquels viennent s’ajouter, ou non, des primes selon les tensions d’approvisionnement. L’exemple saoudien est particulièrement parlant. Saudi Aramco a récemment porté le différentiel de son Arab Light vers l’Asie à près de 19,5$ le baril par rapport aux benchmarks régionaux, un niveau record et environ deux fois supérieur au pic observé lors de la crise énergétique de 2022. Alors que le royaume exportait environ 6 millions de barils par jour via le détroit d’Ormuz, soit l’essentiel de ses flux avant le début de la guerre, il a progressivement redirigé une partie de ces volumes vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, qui opère désormais proche de sa capacité maximale, autour de 5 millions de barils par jour. Ainsi l’augmentation du prix permet de compenser très largement la baisse des volumes. 

La situation binaire qui prévaut actuellement sur les marchés complique le positionnement à adopter et les mouvements erratiques renforcent le risque de « porte de saloon ». Nous conservons un biais relativement prudent dans nos allocations dans la mesure où, même en cas de résolution prochaine du conflit, les disruptions et les prix du baril mettront plusieurs mois, voire plusieurs années, à revenir à la normale, avec des répercussions durables sur l’économie.

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