États-Unis : les fondamentaux économiques restent solides

La fin du « consensus de Washington » et les tensions politiques affaiblissent l’optimisme du pays. Pourtant, les fondamentaux économiques restent solides. L’Amérique n’a pas dit son dernier mot.

A la fin des années 1980, la volonté de concevoir un ensemble de recettes économiques et financières susceptibles de stabiliser les pays en difficulté de l’Amérique Latine, rassembla dans la capitale des Etats-Unis la fine fleur des économistes et des experts financiers du FMI, de la Banque Mondiale et des grandes universités américaines.

 A la fin de ce séminaire, leurs conclusions tenaient en quatre principes fondamentaux : ouverture au libre-échange, déréglementation, lutte contre l’inflation et réduction des déficits publics. Ce « consensus de Washington », selon l’expression de l’économiste John Williamson, de l’Institute of International Economics en 1989, allait devenir la référence des institutions économiques internationales, et, dans une large mesure, le fil conducteur de la politique économique américaine.

La montée en puissance de la Chine depuis 20 ans, la chute des emplois industriels aux Etats-Unis et l’érosion politique et économique de la classe moyenne américaine, ont conduit progressivement les autorités à bâtir un nouveau « consensus de Washington », largement partagé par les deux grands partis américains.

Ce nouveau consensus diffère de l’ancien par trois grands aspects : 1/ il se recentre sur les Etats-Unis, 2/ au prix de l’abandon du cap du libre-échange ; 3/ il donne la priorité à la sécurité et à la souveraineté sur les bénéfices économiques purs ; il est essentiellement défensif, bilatéral dans ses relations internationales, et abandonne l’optimisme fondamental de la « Cité sur la Colline » des Pères fondateurs, dont le dessein était d’entrainer et d’éclairer le monde.

L’impression globale que pourrait donner ce changement de cap stratégique est celui d’un rétrécissement, d’un pays dont le leadership économique, militaire et stratégique est profondément remis en cause. 66% des américains déclarent que leur pays sera plus faible économiquement en 2050 et 71% qu’il sera moins important dans le monde à cette échéance.

Au-delà des récentes convulsions autour du relèvement du plafond de la dette du pays, le ralentissement économique actuel semble conforter ce pessimisme. Notre indicateur Montpensier MMS de Momentum[2] Économique, à 27, reste ancré en territoire de contraction. Les conditions de crédit se sont fortement tendues après la remontée des taux et les tensions sur les banques régionales.

Notre indicateur de MMS de momentum de croissance économique américain était à 68 au plus haut en 2021. Il oscille autour de 27 depuis 9 mois. 

Source : Bloomberg / Montpensier Finance au 31 mai 2023

Pourtant, l’Amérique n’a pas dit son dernier mot. Même si la conjoncture ralentit, la récession n’est pas encore là. La consommation, qui représente près de 70% de l’activité du pays, demeure dynamique (indicateur du Michigan à 55,4 contre 53,4 le mois dernier).

Du côté des entreprises, en dépit d’un crédit qui se fait plus rare, la volonté d’investissement est toujours là : les commandes de biens durables en progression de 1,4%.

Enfin, sur le front de l’inflation, malgré la résistance des indices retardés « cœur » proches de 5%, la tendance est à la désinflation : prix à la production en chute et anticipations d’inflation en baisse (3,1% à 5-10 ans).

Pour autant qu’elle veuille bien délaisser la surveillance étroite des seuls indicateurs retardés d’inflation et se concentrer sur les indicateurs avancés[1]devrait permettre à la Réserve Fédérale de mettre un terme dès le mois prochain à sa série de dix hausses de taux consécutives sans attendre le seuil magique des 2% d’inflation.

Nous pourrions donc nous diriger dans les prochains mois vers une configuration économique américaine avec une croissance faible mais légèrement positive, accompagnée d’une inflation en décélération mais supérieure à 2%.

Dans ce cas, et même dans l’éventualité d’une légère récession – contraction entre 0 et -1% de l’activité en termes réels – toujours possible à ce stade, le PIB nominal serait toujours en progression, grâce à l’inflation modérée qui persisterait. Si l’on rajoute une tendance à l’affaiblissement des salaires réels malgré des poussées éparses et largement limitées aux tranches de revenu les plus faibles, on obtient un contexte favorable pour la préservation des marges des entreprises.

Dans ce cadre, la prochaine réunion de la Fed les 13 et 14 juin prochain aura, comme souvent une importance cruciale et les discussions seront sans doute vives entre membres les plus orthodoxes du comité de politique monétaire et les partisans d’une approche plus souples. Les jeux restent ouverts.

 L’Amérique n’a pas dit son dernier mot, sa capacité d’innovation et de création de nouvelles entreprises de dimension mondiale est sans égal. Après le PC et Microsoft, Internet et Google, le E-commerce et Amazon, voici le temps des entreprises du Cloud, de l’Intelligence Artificielle, de l’Innovation dans la Santé et probablement des grands progrès à venir pour les Solutions Climatiques. Des thématiques d’investissement porteuses au-delà de la volatilité toujours possible cet été ! 

Le China Credit Impulse est reparti depuis mi-2022 un bon signe pour la croissance mondiale ?

Source : Bloomberg / Montpensier Finance au 30 avril 2023

Paradoxalement, les relations avec le rival américain sont également un axe où la Chine tient aussi à garder le contrôle. Commercialement, même si les tensions sont fortes autour de la technologie et que les investissements croisés ont fortement baissé depuis 2018, les échanges restent denses et les chaines de valeurs demeurent imbriquées. D’autant que le contact avec les représentants du département du Commerce, Gina Raimondo en tête, ne sont pas rompus et laissent espérer que le cheminement vers un allègement des « taxes Trump » sur des éléments non stratégiques, pourra reprendre.

Même sur le plan géopolitique, le risque d’un dérapage de la situation semble maitrisé à ce stade. Certes, les manœuvres se multiplient dans le détroit de Taiwan en réponse à la rencontre récente entre la présidente de l’île et le Speaker républicain du Sénat, mais la présence avérée d’un navire militaire français dans les eaux internationales proches de la zone d’exercice chinoise, quelques jours après le déplacement du Président français dans le pays, n’a pas généré de réponse particulière de Pékin, suggérant qu’une montée supplémentaire des tensions n’était pas à l’ordre du jour.

 La relance du pays semble donc bien partie pour être cette année, un facteur stabilisant de l’économie mondiale tant recherché par les investisseurs. Reste désormais à surveiller les développements de la campagne électorale américaine : le match retour Trump-Biden se profile et la possibilité d’une surenchère entre les deux rivaux autour des relations avec la Chine pourrait compliquer le jeu et ajouter encore de la brume à l’environnement de marché actuel.

Par Wilfrid Galand, Directeur Stratégiste de Montpensier Finance

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