Dans son dernier Rendez-vous du Lundi, Romane Ballin, gérante obligataire, analyse un climat américain de plus en plus explosif. Alors que Donald Trump multiplie les surtaxes, cette fois sur les produits liés à la construction et à la rénovation, le président américain assume un bras de fer commercial sans fin. Parallèlement, le shutdown budgétaire déclenché par le Congrès a mis à l’arrêt 750 000 fonctionnaires, offrant à Trump l’occasion rêvée de réduire la taille de l’État fédéral et de geler 26 milliards de dollars d’aides destinées aux États démocrates.
Aux États-Unis, le brouillard économique ne se lève pas. Après avoir visé les camions et les médicaments, D. Trump a annoncé de nouvelles surtaxes sur les produits liés à la construction et à la rénovation, notamment le bois. Si certains pays comme le Royaume-Uni ou l’Union européenne échappent à ces mesures, ces offensives rappellent que la guerre commerciale du président américain est loin d’être terminée ! Mais ce bras de fer n’est pas le seul qu’il mène. D. Trump n’hésite pas à instrumentaliser le récent shutdown, déclenché par un désaccord budgétaire au Congrès, et qui a mis à l’arrêt les services et programmes fédéraux jugés non essentiels. Résultat : 750 000 fonctionnaires se retrouvent en chômage technique, paralysant une partie de l’administration. Loin de chercher à y mettre fin, Trump y voit l’opportunité de réduire durablement la taille de l’État fédéral. Il a même demandé aux agences de préparer des plans de licenciements afin d’économiser plusieurs milliards de dollars. Mais ce n’est pas tout, 26 Mds$ destinés aux États à « tendance » démocrate ont été gelés ! Ce shutdown risque de durer quelques semaines et n’est pas sans conséquence. Vendredi dernier, les statistiques de l’emploi de septembre n’ont pas été publiées par le Bureau of Labor Statistics (BLS), laissant les investisseurs sans repères. Pour la Fed, la situation complique aussi la tâche entre silence radio statistique et impact négatif du blocage sur la croissance. D’autant plus que les prises de position se multiplient au sein de l’institution et mettent en lumière les divergences de points de vue au sein des membres. Plusieurs d’entre eux appellent à la prudence quant à l’assouplissement monétaire et ce malgré un début de dégradation observable sur le marché du travail. L’enquête ADP révèle en effet la suppression de 32 000 postes dans le secteur privé en septembre. Pour autant, Wall Street ne semble pas s’alarmer. Les marchés préfèrent garder les yeux rivés sur l’essor de l’intelligence artificielle. La semaine dernière, OpenAI a atteint une valorisation record de 500 Mds$, devenant la start-up non cotée la plus valorisée au monde, devant SpaceX. Un contraste saisissant alors qu’en parallèle, le cours de l’or flirte avec les 4 000$ l’once, signe que les inquiétudes persistent sur l’économie américaine.
En Europe, C. Lagarde a réaffirmé sa lecture optimiste de la situation économique, estimant que les risques d’inflation sont désormais équilibrés à la hausse comme à la baisse. La présidente de la BCE considère donc les taux directeurs « correctement positionnés », tout en restant ouverte à un ajustement si nécessaire. Les indicateurs actuels plaident d’ailleurs plutôt pour le maintien des taux, avec une inflation en léger rebond en septembre (+2,2% sur l’année), due notamment aux effets de base sur les prix de l’énergie. L’institution a souligné que la hausse des droits de douane n’avait pas eu l’effet redouté sur l’économie européenne, tout en avertissant que l’ensemble des conséquences reste encore à mesurer.
Enfin, pas de répit pour les actifs français : le spread OAT-Bund s’est envolé ce matin, franchissant les 87 bps, un record depuis janvier ! Face à l’accueil glacial réservé à son nouveau gouvernement, S. Lecornu a présenté sa démission dans la matinée, moins d’un mois après sa nomination. Le blocage institutionnel qui paralyse la Ve République semble ainsi loin d’être résolu : que l’on se dirige vers une dissolution ou la nomination d’un nouveau Premier ministre, la pression sur les taux souverains devrait persister. Doit-on pour autant s’inquiéter d’un shutdown budgétaire à la française ? Cela apparait peu probable : le gouvernement démissionnaire pourra, comme l’an dernier, déposer en décembre un projet de loi spéciale qui permet à l’État de continuer à percevoir les impôts, de reconduire les crédits, et donc de financer les services publics, sur la même base que l’année précédente.
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