Dans cette tribune, Igor de Maack dresse un panorama sans concession des forces qui tiraillent aujourd’hui l’économie européenne. À la veille d’un vote crucial à l’Assemblée nationale, la France annonce un plan d’austérité de 43,8 milliards d’euros pour rassurer ses créanciers et ses partenaires. Une cure de rigueur qui inquiète les classes moyennes et pousse les détenteurs de patrimoine à lorgner vers la Suisse ou l’Italie. Dans le même temps, l’Europe encaisse les contrecoups d’un accord commercial déséquilibré avec les États-Unis, à coups de droits de douane à 15 %, qui fragilisent sa compétitivité. Tandis que les publications de résultats rassurent encore les marchés, la Chine reste silencieuse mais centrale, et l’équilibre géopolitique mondial demeure aussi instable qu’un proverbe asiatique bien senti.
Après le fameux « Quoiqu’il en coûte ! » de Mario Draghi, alors président de la BCE, la France s’est engagée dans un programme de coupes budgétaires destiné à rassurer ses partenaires européens ainsi que les investisseurs financiers exposés à sa dette publique. Suppression de jours fériés, gel de l’indice des retraites, baisse du nombre de fonctionnaires ou encore rabotage de certains avantages fiscaux : ce sont au total 43,8 Milliards € (soit 1,4 % du PIB) qui devraient être économisés si ledit programme était validé par l’Assemblée nationale à la rentrée.
Cette annonce suscite inévitablement des inquiétudes, tant pour les consommateurs, notamment les classes moyennes, que pour les détenteurs de patrimoines conséquents, probablement parmi les prochaines cibles fiscales. Ces derniers sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à reconsidérer la Suisse comme terre d’investissement, attirés par la stabilité de son cadre institutionnel (le franc suisse s’est d’ailleurs apprécié de 15 % face à l’euro). L’Italie apparaît comme le deuxième candidat à l’exil, offrant un nouveau cadre fiscal particulièrement attractif pour les nouveaux expatriés. Sur le plan international, les droits de douane ont occupé le devant de la scène ce mois-ci. Le Japon, puis l’Union européenne, ont accepté des tarifs douaniers de 15 % avec leur partenaire américain – un moindre mal, face à la menace initiale de 30 %. Toutefois, cette nouvelle « taxe » viendra renchérir les prix des produits exportés, fragilisant ainsi la compétitivité européenne et japonaise.
Les marchés financiers réagissent, et réagiront encore mieux, à la fin de cette saga douanière car, une fois les tarifs fixés (sauf énième revirement), ils seront en mesure d’évaluer le coût réel de ce nouveau risque. Pour l’heure, les publications de résultats se montrent solides de part et d’autre de l’Atlantique. Un tiers des entreprises cotées au S&P cinq cent ont publié leurs résultats trimestriels pour le deuxième trimestre, et la grande majorité (83 %) a dépassé les attentes du consensus. En Europe, 146 entreprises du Stoxx Europe six cent ont également publié, et environ 60 % ont dépassé les anticipations. Il faudra bien entendu que cette dynamique se poursuive, mais l’impact des droits de douane ne se fera sentir qu’à partir du mois d’août. La situation chinoise, où le président Xi Jinping se fait de plus en plus discret, intrigue sans encore inquiéter.
L’économie chinoise demeure plus que jamais tributaire d’une relance et d’un soutien budgétaire, nécessaires pour affronter les vents contraires de la « déglobalisation » impulsée par la puissance Sur le front des conflits, un nouvel épisode, certes sporadique, est apparu aux confins des jungles indochinoises, à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande – deux territoires où vit le fameux éléphant d’Asie. Un proverbe asiatique dit : « Quand deux éléphants se battent, l’herbe est piétinée ; et quand ils font l’amour, elle ne l’est pas moins. » À bon entendeur salut, notamment pour l’Europe, prise en étau entre les deux mastodontes économiques que sont les États-Unis et la Chine.
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