Inflation | La revue de presse économique et financière

Evergrande, FOMC, rebond des taux et de l’inflation : le volte-face des marchés actions

80 milliards d’euros de capitaux propres levés en septembre : c’est un volume d’introductions en bourse record pour les marchés européens qui commencent à montrer des signes d’indigestion : le français Exclusive networks abandonnait 10% pour sa première séance de cotation après avoir pourtant revu sa valorisation à la baisse ; Majorel (-5%) subissait le même sort pour sa première séance vendredi bien qu’ayant significativement revu ses ambitions. Dans les cas les plus extrêmes, certains groupes préfèrent se retirer du processus d’introduction. C’est le cas de Babbel (Apprentissage des langues en ligne) et Scholt Energy (fournisseur d’énergie) qui évoquent alors des “conditions de marché adverses”… De retour à proximité de leurs plus hauts historiques, les places boursières européennes ont pourtant jusqu’à présent montré une résilience propre à contredire cette assertion d’autant qu’elles faisaient face à deux risques majeurs : celui d’un effondrement du secteur immobilier en Chine et celui de la fin du Quantitative Easing de la FED. Voyant dans le premier l’analogie d’une crise des supbrimes asiatique, cherchant chez Evergrande les traits d’un Lehman Brothers chinois ou craignant la réitération du tumultueux taper tantrum de 2013 à l’occasion du FOMC, les marchés ont été aussi prompts à se faire peur qu’ils ne l’ont été à se rassurer. La compréhension des liens financiers limités avec le reste du monde du colosse Evergrande dont l’endettement (300 milliards de dollars) équivaut au PIB de la Colombie ou du Pakistan, puis l’injection de liquidités par la PBOC (110 milliards de Yuan) ont pour l’instant apaisé les craintes d’une contagion financière imminente.

Quant à Powell qui figurait parmi les Faucons du conseil des gouverneurs en 2013 sous Bernanke, le président de la plus influente banque centrale du monde a réussi à annoncer la fin de sa politique accommodante non conventionnelle à partir de novembre sans semer le chaos. Mais le crépuscule d’un cycle long de quarante années de performance obligataire se dessine peut-être à l’horizon : la FED rejoint la Norges Bank et la Bank of England sur la voie de la normalisation monétaire. La BCE ne pourra rester isolée trop longtemps. La hausse des prix de l’énergie a en effet propulsé les swaps d’inflation au double de leur niveau de juillet. A 4,1% en novembre, les attentes n’ont jamais été aussi élevées depuis 2008 et le risque de les voir continuer à progresser n’est pas nul. La demande d’électricité et de gaz va progresser avec l’hiver tandis que celle de pétrole croit au fur et à mesure que les biens et les personnes redeviennent mobiles. L’offre fossile, contrainte par les critères ESG et le moindre financement du shale américain s’ajuste moins à la hausse que par le passé. Toujours à l’appui d’un renchérissement de l’énergie, la question climatique affecte plus que jamais les scrutins.

En Norvège, le parti travailliste nouvellement élu doit chercher un équilibre délicat entre le grief populaire de sa dépendance aux pétrodollars et la protection des 160.000 salariés du secteur pour ne pas s’ostraciser face à la montée des écologistes.

En Allemagne la percée des verts et l’éventualité d’une coalition avec le SPD pourraient amener la première économie européenne à accélérer sa politique de décarbonisation. C’est une force inflationniste structurelle qui s’ajoute à celle causée par le changement de politique de la Chine. La doctrine de la prospérité commune de Xi Jinping tord le cou à 40 ans de déflation exportée dans le monde : en s’appuyant sur la montée en puissance d’une classe moyenne à plus hauts revenus pour réduire les inégalités, le modèle chinois entend définitivement mettre fin à l’offre de travail à très bas coûts dont ont profité les groupes internationaux, qui sont déjà engagés sur la voir de la relocalisation des facteurs de production.

A l’issue de la conférence de presse de Jerome Powell, le rendement à 10 ans américain s’affranchissait des 1,4% pour la première fois depuis juillet. Jusqu’aux plus hauts de l’année (1,75%) et avec le soutien des plans de relance budgétaire, les actions pourraient s’accommoder de cette première phase de hausse des taux longs et de repentification de la courbe, synonyme d’une confiance retrouvée dans la croissance…à condition toutefois que la flambée des coûts de l’énergie ne prenne pas la forme d’un choc énergétique durablement capable de faire dérailler la reprise.

Texte achevé de rédiger le 24 septembre 2021 par Thomas Planell, Gérant – analyste.

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