Fed : la baisse des taux n’est plus une option, c’est un scénario assumé

Dans sa dernière analyse, Christophe Morel, chef économiste chez Groupama AM, décrypte une réunion de la Fed en apparence « faucon », mais qui cache en réalité un virage stratégique.
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Dans sa dernière analyse, Christophe Morel, chef économiste chez Groupama AM, décrypte une réunion de la Fed en apparence « faucon », mais qui cache en réalité un virage stratégique. Si les taux restent inchangés entre 4,25 % et 4,50 %, les signaux de détente monétaire s’accumulent. Jerome Powell a multiplié les références à un marché du travail en perte de vitesse et ouvertement évoqué des risques « clairement baissiers » sur l’emploi. Plus marquant encore : même sans statistiques décevantes, la Fed juge la politique actuelle encore trop restrictive. En ligne de mire : une baisse de taux dès septembre. L’ombre d’un changement de gouvernance à la Fed, alignée sur les vues trumpiennes, rend ce scénario d’autant plus probable, voire inévitable.

Sans surprise, la Fed a maintenu ses taux directeurs inchangés, dans la fourchette 4.25%-4.50%. Au premier abord, la conférence de presse qui suivait la réunion de politique monétaire peut sembler « faucon » (hawkish). En effet, J. Powell s’est employé à justifier le statu quo, notamment au regard d’un marché du travail « solide ». Nous confirmons cette analyse considérant que le marché du travail est légèrement en suremploi : la demande de travail est encore supérieure à l’offre (graphique 1), le taux de chômage est inférieur à notre estimation du taux de chômage structurel (graphique 2) et le taux de vacance reste au-dessus du taux de chômage (graphique 3).

Etats-Unis : tension sur le marché du travail
Etats-Unis : écart entre le taux de chômage effectif et le taux de chômage structurel (taux de chômage "gap")
Etats-Unis : taux de vacances rapporté au taux de chômage

Source : Bloomberg – Calculs : Groupama AM

Toutefois, la Fed ouvre la porte à des baisses de taux

  • Le communiqué de la décision monétaire reconnaît que « l’activité s’est modérée ».
  • J. Powell considère que les droits de douane auront probablement un impact inflationniste seulement ponctuel et dilué dans le temps.
  • Surtout, J. Powell a répété à plusieurs reprises que les risques étaient clairement baissiers sur l’emploi  les risques baissiers sont désormais évidents »). Une telle insistance peut signaler qu’il s’attend désormais à des Rapports Emploi plutôt décevants et/ou à une révision annuelle à la baisse sur les créations d’emploi.
  • Lors de la conférence de presse, il a bien indiqué que la politique monétaire était encore restrictive, mais qu’elle devait s’orienter à la baisse pour se situer en zone de neutralité. Dit autrement, il n’y a même pas besoin de statistiques décevantes sur l’emploi pour baisser les taux.
  • Enfin, la décision monétaire de ce FOMC comportait deux « dissidents », C. Waller et M. Bowman. Ces banquiers centraux font partie des candidats sérieux au remplacement de J. Powell. Clairement, la tonalité des candidats au poste de Président du directoire de la Fed s’aligne sur la rhétorique agressive de D. Trump sur les baisses de taux (cf. tableau ci-dessous positionnant les candidats sur une échelle « Colombe-Faucon »).

En conclusion, les propos de J. Powell suggèrent qu’une baisse de taux est tout à fait envisageable en septembre. La barre n’est pas très haute pour que la Fed assouplisse ses conditions monétaires : une légère déception sur le marché de l’emploi suffit. Au-delà des tous prochains mois, l’orientation est de toute façon à la baisse, sans qu’un affaiblissement du marché du travail soit observé. Nous maintenons une enveloppe de 50pdb de baisse des taux directeur cette année. La perspective d’un changement de gouvernance avec un nouveau Président qui assumerait que la politique monétaire soit « inféodée » à la politique budgétaire, pourrait nous conduire à envisager une cible plus basse en 2026.

Courbe du temps

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