Fed : une pause dovish avant la reprise des baisses de taux ?

En maintenant ses taux inchangés, la Fed envoie un message plus subtil qu’il n’y paraît. Si la décision n’a pas fait l’unanimité, le ton adopté par Jerome Powell traduit une confiance accrue dans le ralentissement de l’inflation et la solidité de la conjoncture américaine. La consommation reste dynamique, l’investissement se redresse et le marché du travail montre des signes de stabilisation, malgré une adoption croissante de l’IA qui pourrait rebattre les cartes.
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En maintenant ses taux inchangés, la Fed envoie un message plus subtil qu’il n’y paraît. Si la décision n’a pas fait l’unanimité, le ton adopté par Jerome Powell traduit une confiance accrue dans le ralentissement de l’inflation et la solidité de la conjoncture américaine. La consommation reste dynamique, l’investissement se redresse et le marché du travail montre des signes de stabilisation, malgré une adoption croissante de l’IA qui pourrait rebattre les cartes. Christophe Morel, Chef économiste chez Groupama AM, met en lumière ce moment charnière où la Fed adopte une posture de « pause dovish », préparant le terrain à de futures baisses de taux. Entre désinflation des loyers, effet des politiques migratoires et crédibilité monétaire à préserver dans un contexte de dominance budgétaire, l’alignement des planètes pourrait intervenir dès la fin du printemps.

A l’issue de sa réunion de politique monétaire, la Fed a maintenu ses taux directeurs inchangés, dans la fourchette 3.50%-3.75%. Cette décision n’a toutefois pas fait l’unanimité : S. Miran et C. Waller — ce dernier étant l’un des candidats potentiels à la succession de J. Powell — ont voté en faveur d’une baisse de 25 pdb.

Le principal message de cette réunion est que les risques baissiers sur l’emploi comme les risques haussiers sur l’inflation se sont atténués. Autrement dit, la Fed affiche une conviction plus forte à la fois sur l’amélioration cyclique et sur la poursuite de la désinflation. La Fed est dans un mode que l’on peut qualifier de pause « dovish » : elle temporise, mais dès qu’elle aura la confirmation que l’essentiel des effets inflationnistes liés à la hausse des droits de douane est derrière, le prochain mouvement devrait être une baisse des taux.

1. Sur la croissance, J. Powell a insisté sur la bonne tenue de la consommation. Celle-ci peut d’ailleurs être illustrée par les ventes au détail hebdomadaires, qui continuent d’évoluer dans un corridor de croissance compris entre 5 % et 7 % sur un an (graphique 1). Il reconnaît néanmoins le caractère dual de la consommation (« profil en K ») : les ménages aux revenus les plus modestes tendent à modérer leurs dépenses.
J. Powell a également souligné que l’investissement continuait de s’améliorer. La dynamique récente des livraisons de biens d’équipement confirme ce diagnostic, celles-ci se rapprochant d’une zone d’accélération (graphique 2). Au-delà de la situation conjoncturelle, le président de la Fed met surtout en avant une « amélioration claire » des perspectives d’activitéLa mise à jour de notre tracker du climat des affaires dans l’industrie suggère également un scénario de sortie par le haut (graphique 3).

Au total, J. Powell prépare le terrain à une révision haussière des projections de croissance pour 2026.​​​​​​​

Etats-Unis : vente au détail
Etats-Unis : livraisons de biens d'investissement (hors éléments exceptionnels défense et aviation)
Etats-Unis : tracker de la confiance des industriels

Source : Bloomberg – Calculs : Groupama AM

2. Sur l’emploi, le communiqué de politique monétaire fait état de premiers signes de stabilisation du taux de chômage. J. Powell avance prudemment l’hypothèse selon laquelle la déconnexion actuelle entre une croissance robuste et un marché du travail en pause pourrait s’expliquer par l’adoption croissante de l’intelligence artificielle. Nous mettons également en évidence un lien possible entre la variation du taux de chômage et celle du taux d’adoption de l’IA : les métiers juridiques, scientifiques et informatiques — qui ont le plus augmenté le recours à l’IA — sont également ceux qui ont enregistré la plus forte dégradation de l’emploi (graphique 4).

Etats-Unis : taux de chômage et IA par métier

Source : Bloomberg – Calculs : Groupama AM

3. Sur l’inflation, J. Powell apparaît marginalement plus confiant quant à l’atténuation progressive de l’impact de la hausse des droits de douane. Au-delà de cet effet, nous estimons que la composante « loyers » — qui représente près de 35 % de l’indice CPI — comporte désormais un risque baissier plus marqué. Historiquement, une large part des variations marginales de la composante « loyers » de l’inflation s’expliquent par les flux migratoires nets (graphique 5). Dans ce contexte, le durcissement de la politique migratoire devrait limiter la hausse des prix de cette composante autour de 1 % en 2026, conduisant à une contribution négative à l’inflation sous-jacente. Une mesure de la Fed de Cleveland montre en effet que les loyers des logements ayant connu un changement de locataire se sont fortement repliés, préannonçant une poursuite de la désinflation de l’ensemble des loyers (graphique 6).

Etats-Unis : immigration et inflation sur les loyers
Etats-Unis : inflation sur les loyers

Source : Bloomberg – Calculs : Groupama AM

En conclusion, la poursuite de l’assouplissement monétaire proviendra en principe de l’argument d’inflation. Nous maintenons qu’il y aura un « alignement de planètes » à la fin du printemps pour que la Fed poursuive son cycle d’assouplissement monétaire avecle changement de gouvernance attendu et des indicateurs d’inflation (anticipations à moyen/long terme, inflation cyclique et composante loyer) qui continueront de se tasser.

Si l’indépendance de jure de la Fed n’est pas menacée, l’indépendance de facto est questionnée. Elle l’est forcément dans un environnement de « dominance budgétaire », où la politique monétaire est de toute façon contrainte. Au-delà de l’indépendance, c’est la crédibilité mesurée au travers des anticipations d’inflation qui compte. La crédibilité de la Fed s’est un peu effritée pendant la « menace déflationniste ». Toutefois, la Fed reste crédible avec une situation en rien comparable à celle de la fin des années 70/début des années 80 (graphique 7). Elle a même plutôt bien géré la récente période « inflationniste ». Les anticipations d’inflation restent ancrées, mais il faut continuer à les surveiller.

Crédibilité de la FED

Source : Bloomberg – Calculs : Groupama AM

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