Fibee Moods : Non, les Fonds de pensions ne sont pas d’affreux capitalistes

Fibee Calls | Les actualités économiques et financières
@Fibee

Après 20 ans en finance, j’en ai connu beaucoup de ces moments-là. L’ami socialiste qui te demande naïvement vraiment à quoi sert ton métier « ça ne te pose pas de problème que tout cela n’ait aucun sens ? », comme si l’ami en question était chirurgien cardiaque, alors qu’il fait du contrôle de gestion chez Danone. Tonton Robert qui t’explique que « les hedge funds ils font du trading de mini seconde (sic !) et j’ai lu que ça perturbe les marchés et qu’à cause d’eux les africains ils meurent de faim et ne peuvent plus acheter de maïs ». Le beau-frère de la sœur de ta meilleure amie qui te « mansplain » toute la soirée que « les cryptos en vrai ça n’existe pas, que c’est un monde virtuel, je le sais je l’ai lu sur internet » et ta grand-mère (histoire vraie d’un ami) qui apprenant que tu travailles à la Société Générale en salle de marchés sur les produits dérivés à New York, t’appelle pour te demander si tu ne pourrais pas faire quelque chose pour son découvert.

J’ai rencontré quasiment exclusivement deux sortes d’interlocuteurs dans ma vie, ceux que ton métier n’intéresse pas du tout, « ils n’y comprennent rien » te disent-ils en souriant, et n’ayant pas une âme de témoin de Jéhovah, je trouve en général rapidement un autre sujet qui intéresse les deux parties prenantes. Et ceux qui ont un avis sur la question, et ce n’est pas toujours une bonne nouvelle.

J’ai travaillé quatre ans pour un hedge fund et là c’est le pompon des caricatures. Après deux ans, j’ai appris à ne pas préciser le mot qui déclenche la foudre, je travaille en finance c’est déjà mal, mais alors pour un hedge fund cela est pire que vendre des clopes aux enfants.

Mais le sujet qui me fait souvent le plus sourire et je sais que je ne suis pas la seule, pour en avoir parlé avec de nombreux collègues qui se reconnaitront, cela est la vision des gens sur les fonds de pensions !

"je travaille en finance c’est déjà mal, mais alors pour un hedge fund cela est pire que vendre des clopes aux enfants."

La France, cela n’a échappé à personne dans l’industrie, a un petit train de retard sur la perception et la compréhension de ce que sont les fonds de pension.

Une rapide petite enquête sur notre ami Google nous dit que les recherches de phrases clés de types « les fonds de pensions sont-ils des salauds », « are pension funds evil ? » «  I fondi pensione sono il male? » etc.. sur les différents Google, montre quand même une petite spécificité française à ce dénigrement et cette inquiétude autour des fonds de pensions.

«  Salauds de capitalistes », « destructeurs d’emplois », les fantasmes sont légion.

Le manque de connaissance économique de nos compatriotes est sans doute le facteur explicatif principal de ces discours caricaturaux, et avec lui la confusion de beaucoup de français entre fonds de pensions et fonds d’investissement. Certains fonds d’investissement ayant effectivement parfois pu être destructeurs d’emplois, et prendre part à des opérations très spéculatives.

"Le manque de connaissance économique de nos compatriotes est sans doute le facteur explicatif principal de ces discours caricaturaux"

La confusion a créé une antipathie généralisée et sans nuance, commune aux fonds de pensions et aux fonds d’investissement (non pas que les fonds d’investissement méritent une mauvaise réputation, mais cela fera l’objet d’une autre note !).

Ce discours caricatural contre les fonds de pension fait sourire en général ceux qui savent, ceux qui connaissent des dirigeants ou gérants de fonds de pensions, car dans la famille « horrible capitaliste de droite », je pense qu’on a vu pire ou mieux (selon où l’on se situe) !. Il faut rappeler que la plupart des gens qui travaillent du côté « asset owners » donc investisseurs institutionnels l’ont très souvent fait par choix et par conviction, sachant que cela paie beaucoup moins bien que l’autre rive de la gestion.

Dans le cadre d’un cours sur les marchés financiers que je donne chaque année, je me heurte souvent à cette vision négative qu’ont les étudiants sur les fonds de pensions. Cela ne va pas en s’arrangeant chaque année, les étudiants, même en finance étant souvent en recherche de sens, et de boucs émissaires. Le but du cours est justement de remettre l’économie, les besoins et rôles des différents acteurs au cœur de la compréhension de tout l’écosystème financier. Pour éviter les caricatures et se concentrer sur les faits. Je rappelle inlassablement, le rôle des fonds de pensions, leurs actions capitales sur l’ESG et l’engagement auprès des investisseurs et des entreprises.

Je démonte patiemment le mythe du grand public qui boycotte lors d’une controverse sur une entreprise, des clients qui manifestent, s’emparent d’une polémique, des politiques qui dénoncent des scandales. Je souligne que cela fait plaisir, attire les médias, mais cela reste marginal en termes d’efficacité et d’impact sur les comportements des entreprises. Qu’une seule lettre d’AP3, l’un des plus gros fonds de pensions suédois, ou un coup de fil de Calsters (l’un des plus gros fonds de pensions américains) à une entreprise dont ils sont actionnaires, vaut dix mille posts instagram de Tata Josie, ou de Benji, le cousin féru des grandes causes.

"Je rappelle inlassablement, le rôle des fonds de pensions, leurs actions capitales sur l’ESG."

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