Vincent Le-Sann

Fibee Talks : Comment se déroule l’accompagnement d’une entreprise qui souhaite s’introduire en bourse ? Avec Vincent Le Sann (Portzamparc)

Portzamparc s’est forgé une réputation en France, d’expert incontournable en accompagnement sur les marchés financiers. Que ce soit via le métier de conseil aux investisseurs particuliers ou professionnels désireux d’être conseillés dans leur investissement sur les marchés boursiers, ou bien via l’accompagnement des PME et ETI lors de l’introduction en bourse, Portzamparc, filiale à 100% du Groupe BNP Paribas s’est imposé comme un acteur de référence en France.

Nous rencontrons aujourd’hui, Vincent Le Sann, directeur général adjoint, et responsable de l’activité Equity Capital Market de Portzamparc, la division en charge des introductions en bourse et de l’accompagnement des PME-ETI.

Comment se déroule l’accompagnement d’une entreprise qui souhaite s’introduire en bourse ?

La première étape consiste à qualifier les candidats potentiels à une introduction en bourse.

Les entreprises que nous rencontrons sont des entreprises en très forte croissance, et conscientes des enjeux de transparence liés à une entrée sur le marché coté. Le plus souvent les entreprises nous contactent du fait de notre expertise en la matière en France, mais nous faisons également partie d’un programme de formation créé par Euronext, « Tech Share », offert aux dirigeants et directeurs financiers des PME/ETI sélectionnés, afin de présenter les avantages, inconvénients, contraintes d’une entrée en bourse et d’un recours aux marchés financiers. Nous rencontrons  des entreprises via ce biais.

Une introduction en bourse met environ 6 mois, avec les trois premiers mois dédiés à la préparation de l’entreprise, discussion, et création de l’ensemble des documents indispensables. La seconde partie, est dédiée aux rencontres investisseurs. Ces trois derniers mois sont cruciaux et ce sont la qualité des roadshows, la bonne qualification des investisseurs qui vont garantir le succès de l’introduction.

Chez Portzamparc, nous réalisons près d’une introduction en bourse sur trois en France pour les levées inférieures à 150m€, nous connaissons tous les acteurs de référence et en amont d’une introduction, nous nous assurons de « dé-risquer l’opération » c’est à dire que nous sécurisons le succès de l’opération en contactant des fonds d’investissements, des « cornerstone investor » c’est à dire des investisseurs qui, en amont, vont s’engager à acheter le titre à son introduction en bourse. Cela permet de sécuriser l’introduction et de rassurer de nouveaux potentiels investisseurs.

Pourquoi les entreprises se tournent-elles vers un financement par les marchés financiers, plutôt que sur les marchés privés via le private equity ?

Le private equity en France est principalement sur le segment du capital développement, capital transmission donc sur des entreprises déjà bien établies, solides financièrement qui sont à même de pouvoir supporter des montages basés sur de la dette et la remontée de dividendes/ . Le capital-risque, donc au début du cycle de vie d’une entreprise est encore minoritaire, car beaucoup plus risqué.

Parmi ces entreprises là, certaines se tournent vers la côte pour financer leur forte croissance.

Comment se fait-il que Portzamparc ait développé une réputation autour de la durabilité et des acteurs de la transition énergétique ?

En effet, 3/4 des opérations que nous réalisons depuis 2019 sont avec des acteurs spécialisés en transition énergétique ou de façon plus large autour des enjeux de changement climatique. Nous sommes devenus les spécialistes pour plusieurs raisons.

Dès 2007, je réfléchissais déjà comment intégrer les enjeux ESG auprès des PME et ETI dans un monde qui n’avait alors aucune sensibilité à ce sujet. En 2014, nous accompagnions lors de son introduction en bourse, la société McPhy, spécialiste de l’hydrogène. En 2019, lors de l’introduction en bourse de Hoffmann Green Cement Technologies, nous avons été les premiers à intégrer dans la documentation d’une IPO, des éléments ESG. Nous percevions les attentes des investisseurs institutionnels en la matière.

Par ailleurs il faut noter que le développement durable est un axe de développement majeur de BNP Paribas et il y a une volonté groupe très forte de mettre l’accent sur le financement de la transition énergétique.

Enfin, nous avons aussi eu des succès très importants auprès d’acteurs renommés de la transition énergétique, je pense par exemple à Waga Energy en 2021, précurseur sur la production de gaz de biométhane à partir de gaz de décharge, ou Entech, spécialiste du stockage d’énergie renouvelable  ou encore Afyren, industriel spécialisé dans la production d’acides organiques décarbonés. Cette année, nous avons réalisé les deux plus grosses levées de fonds réalisés en France sur deux acteurs de transition énergétique dont Lhyfe, premier fournisseur d’hydrogène vert et renouvelable et Haffner, énergie nouvelle issue de la biomasse. A noter également, l’introduction en Bourse d’Okwind, trackers photovoltaïques, le plus beau parcours d’une IPO en France en 2022 à +23% (au 18/10/2022).

Tous ces éléments font naturellement de notre équipe un interlocuteur naturel et de confiance pour tous ces acteurs.

Est-ce que vous observez un phénomène de mode qui favoriserait les investissements dans le secteur vert ?

Peut-être, mais je crois qu’il s’agit d’une tendance de long terme. Il faut avoir en tête que ces projets industriels, très innovants, ont des besoins de financement en capex significatifs . Les perspectives sont très importantes, mais plutôt à 5 ou 10 ans et la bourse va en cela permettre à ces entreprises de pouvoir lever les fonds pour financer le projet industriel. Cela va au-delà d’un phénomène de mode et correspond vraiment à un mouvement d’innovation de fond.

Comment se porte l’activité des PME-ETI dans cette deuxième partie de l’année et quel est le bilan que vous faites de ces derniers mois ?

Nous observons un marché plus prudent depuis ces deux dernières années, depuis le covid. Il y a une sorte de décalage entre les demandes très fortes de la part des entreprises et des besoins de financement – donc sourcer les projets de notre point de vue n’est pas un souci, mais nous constatons côté investisseurs une prudence accrue.

L’argent se fait plus rare, l’incertitude économique et géopolitique est plus forte donc les investisseurs sont plus vigilants.

Un scénario très adverse pour nous serait un marché très volatil (à la hausse ou à la baisse !), qui sont des contextes dans lesquels les investisseurs sont plus soucieux de gérer leur portefeuille actuel qu’envisager de nouveaux investissements. Nous sommes également très vigilants sur la collecte des fonds. Nous monitorons ces collectes, qui ont pour corollaire, une plus forte demande en nouvelles valeurs de la cote, ce qui nous permet d’avoir une meilleure visibilité sur la demande pour nos introductions en bourse.

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