Décidément, la Chine ne cesse de nous surprendre dans sa gestion du Covid. La stratégie tant décriée du zéro Covid et son lot de confinements stricts ont soudainement été remplacés par une réouverture débridée et une totale saturation du système de santé. Selon des sources officielles chinoises, 70% de la population de 25 millions d’habitants de Shanghai aurait déjà été infectée. A court terme, les indices PMI chinois se dégradent, en particulier pour la composante services qui chute à 41.6 vs 45 attendu. Mais la volonté de relancer l’activité économique semble l’emporter sur les considérations sanitaires et cela devrait se traduire par un rebond de la demande de matières premières et une normalisation prochaine de l’activité.

En Europe, du fait d’un hiver anormalement doux et des économies d’énergie, le prix du gaz spot s’effondre et retrouve ses niveaux pré-guerre en Ukraine, mais la problématique structurelle d’approvisionnement demeure comme l’illustre l’échéance décembre 2023 du gaz qui vaut encore le double. Ainsi, les PMI européens s’améliorent un peu avec un indice composite qui se rapproche de la zone d’expansion à 49.3 vs 48.8 attendu. 

L’inflation européenne surprend à la baisse, avec un CPI allemand qui reflue à 9.6% vs 10.2% attendu, aidé notamment par les mesures temporaires en faveur de l’énergie. En France, grâce à l’énergie, l’inflation recule à 5.9% alors que les économistes anticipaient une accélération à 6.4%, mais la composante services continue de croitre de 0.3% sur un mois.

Outre-Atlantique, les minutes du dernier FOMC prennent acte du reflux de l’inflation et d’une dégradation des perspectives de croissance, mais insistent sur la nécessité d’être vigilant face au risque d’inflation de second tour avec un marché du travail aussi robuste. La Fed réitère sa volonté de procéder à des hausses de taux plus mesurées mais exclut toute baisse au titre de 2023 contrairement au pricing de marché.

Cette série de bons chiffres sur l’inflation alimente localement la hausse des marchés actions européens, et une baisse des taux souverains. Nous pensons néanmoins que l’excellente santé du marché du travail confirmée par les créations d’emplois aux Etats-Unis devrait inciter la Fed et la BCE à maintenir des taux restrictifs pendant longtemps, ce qui devrait peser sur les marges des entreprises.

Dans cet environnement, nous adoptons donc une position tactiquement défensive sur les actions, avec une préférence pour les actions des pays émergents, et une sous-pondération des actions de la zone euro. Sur le crédit, nous privilégions les stratégies de portage. Sur les taux gouvernementaux, nous préférons l’obligataire américain à celui de la zone euro.

ACTIONS EUROPÉENNES

Les marchés d’actions européens ont retenu les bonnes nouvelles en ce début d’année, continuant leur tendance de surperformance de leurs pairs américains à l’œuvre depuis septembre dernier. L’effondrement des prix de l’énergie a surtout entretenu les espoirs d’une crise énergétique dont le pire serait déjà dépassé et d’une détente des pressions inflationnistes, avec des conséquences sur la croissance européenne qui seraient finalement bien plus limitées qu’initialement craint. Le virage opéré par les autorités chinoises sur la question sanitaire et les espoirs d’un rebond significatif de la croissance en cas de reprise du moteur de l’immobilier ont également participé à cette vue constructive. Les indicateurs continuent en outre de refléter l’amélioration des chaînes logistiques et d’approvisionnement. Enfin, Vladimir Poutine a annoncé un cessez-le-feu de 36 heures à l’occasion des fêtes de Noël orthodoxe et réitéré son appel à négocier avec l’Ukraine. 

Symbolisant ce regain d’optimisme, ce sont des secteurs et des valeurs ayant le plus souffert en 2022 qui ont été particulièrement recherchés en ce début d’année, à l’image de l’automobile (Faurecia), des industrielles (Kion) ou de la distribution (Zalando), tandis que les secteurs défensifs sont restés relativement délaissés. Le secteur Pétrole & Gaz a été de son côté pénalisé par la baisse des cours des hydrocarbures. D’un point de vue spécifique, Atos a fait part de discussions avancées avec Airbus qui pourrait prendre une participation minoritaire au capital d’Evidian, l’entité amenée à être scindée en 2023 qui regroupe les activités de cybersécurité et de transformation digitale. Interparfums a fait part d’une activité meilleure que prévu à la fin de l’année 2022, compte tenu d’une demande toujours aussi élevée, combinée au récent accord de licence de 15 ans avec Lacoste qui entrera en vigueur au début de l’année 2024. Ryanair va de son côté enregistrer une perte au quatrième trimestre mais souligne une forte reprise de la demande de voyages sur la saison de vacances pour la première fois en trois ans. Notons enfin Trigano qui a publié un chiffre d’affaires pour le premier trimestre en baisse, encore fortement impacté par les problèmes d’approvisionnement.

ACTIONS AMÉRICAINES

Le début d’année est mitigé pour les indices américains malgré une année 2022 difficile. En quelques statistiques : le MSCI World a perdu 20% en 2022, sa 3ème pire année depuis 1974 ; le S&P a chuté de -19%, 5ème pourcentile de l’histoire ; la volatilité réalisée sur l’année est de 24%, 92ème pourcentile de l’histoire ; les Big Tech (Apple, Microsoft, Google, Amazon, Tesla, Facebook, Nvidia) ont collectivement perdu $4.9tr de capitalisation l’an dernier, soit la capitalisation totale de tous les secteurs du S&P ex IT et Healthcare… et plus que la perte totale du Nasdaq pendant la bulle Internet. 
Côté macroéconomie, en ce début 2023, l’ISM manufacturier a surpris par la décélération de la composante prix payés (39.4 contre 43 le mois précédent). 

Le ton du compte-rendu de la dernière réunion de la Fed a rassuré les investisseurs. Le FOMC prévoit des taux élevés tant qu’il n’y aura pas de progrès significatifs concernant la lutte contre l’inflation, et aucun membre n’attend de baisse de taux en 2023. La banque centrale souligne néanmoins sa volonté de ralentir le rythme des hausses de taux d’intérêt tout en voulant conserver une flexibilité sur leur évolution. 

Après la publication jeudi de l’enquête ADP qui a montré que le secteur privé avait créé plus d’emplois qu’attendu en décembre, les traders sont désormais partagés sur les probabilités d’une hausse de taux de 25 et 50 points de base en février.

Du côté des sociétés, les annonces de plans sociaux se poursuivent : Amazon supprime 18.000 emplois, Salesforce réduit de 10% ses effectifs de 80.000 employés et rationalise son parc immobilier. Microsoft était également sous pression en raison de craintes entourant l’évolution des ventes de licences sur ses activités de cloud computing. Apple reculait pour sa part de 3.4% avec une capitalisation repassant sous les 2000 milliards de dollars en raison de craintes sur les ventes d’iPhone 14 Pro liées au développement de la crise sanitaire en Chine. Tesla accusait un recul de plus de 12% suite à la publication de livraisons de voitures au quatrième trimestre inférieures aux attentes du marché. Le constructeur a d’ailleurs annoncé une baisse de 10% du prix de vente de ses véhicules Model 3 et Y en Chine afin de stimuler les ventes. Pour les mêmes modèles, l’écart de prix entre la Chine et les Etats-Unis atteint désormais 40%. 

Le fabricant d’équipements médicaux GE Healthcare gagnait 8% pour sa première séance de cotation à la suite de sa scission avec la maison mère General Electric.

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2023 commence par les bonnes nouvelles qui se sont fait tant attendre l’an dernier
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