FOMC | Les actualités économiques et financières

Les Minutes de la Fed ou le poids des mots

Revenons sur les « Minutes » de la Fed, qui rythment la vie des marchés à intervalle régulier, trois semaines après chaque FOMC (Federal Open Market Committee), c’est-à-dire les réunions de politique monétaire de la Fed, l’équivalent outre Atlantique du Conseil des Gouverneurs de la BCE.

Car à l’issue de chaque FOMC de deux jours, la puissante Institution monétaire actuellement dirigée par J Powell, accouche d’un communiqué de presse, où les décisions de politique monétaire sont simplement énumérées et quantifiées. Ne laissant jamais rien transpirer des débats internes, le communiqué est formaté, laconique ; les décisions essentielles y sont consignées, ainsi que les objectifs en termes d’emploi et d’inflation notamment. Ainsi, seuls deux chiffres ponctuent le communiqué de presse du FOMC des 1er et 2 novembre : le relèvement à 4% des Fed Funds, et le maintien à 2% de l’objectif d’inflation. C’est brut, précis et expéditif, comme les plus curieux d’entre vous peuvent s’en rendre compte en consultant le document ici.

Or ces décisions, mêmes largement attendues, ont forcément été le fruit de discussions, de débats, de réflexions, de confrontations d’idée entre les 12 membres du Comité*. C’est la teneur de ces débats, les éventuelles inflexions de ton des participants, les degrés de conviction, fluctuant ou non, des sept membres du Board qui sont d’un intérêt majeur pour les marchés, ou tout du moins pour qui y déniche des « signaux faibles ». C’est là où l’exercice prend un tour diplomatique, avec l’analyse des Minutes de la Fed, 3 semaines plus tard.

Il s’agit du compte-rendu de la teneur de ces débats, où chaque mot et pesé, notamment concernant l’opinion des participants sur la situation économique. Le lecteur des Minutes doit donc être attentif à la moindre inflexion de langage dans les termes utilisés d’une réunion à l’autre, cette inflexion pouvant constituer en soi un changement subtil d’état d’esprit. Le tout dans un but d’anticipation des prochaines décisions de politique monétaire. Toujours pour les plus curieux d’entre vous, vous trouverez les Minutes publiés hier, rendant compte des débats des 1er et 02 novembre, sur ce lien.

Dans ce compte-rendu où chaque mot est pensé, comme dans une communication diplomatique, il faut faire preuve de discernement et de nuance. Prenons l’exemple de la phrase suivante, extraite de ces Minutes : « a substantial majority of participants judged that a slowing in the pace of increase would likely soon be appropriate », que l’on peut traduire par « une majorité substantielle de participants ont estimé qu’un ralentissement du rythme d’augmentation serait probablement bientôt approprié. » Hautement rassurante à la première lecture, elle laisse en réalité une marge d’interprétation importante. On y comprend que la courbe de hausse des taux pourrait à court terme ralentir sa progression (mais va continuer de monter sans palier), mais quid du taux terminal, c’est à dire le taux d’arrivée en sommet de parcours ? Rien ne nous dit qu’il sera plus proche des 5% que des 7%, soit les deux bornes extrêmes régulièrement citées par James Bullard. La progression serait alors plus longue, lente, mais potentiellement plus haute.

Intéressons-nous enfin au terme de Minutes, que l’on retrouve parfois également, mais abusivement, en français, pour désigner un compte-rendu de Conseil d’Administration par exemple, ou de réunion de bureau d’association. Il s’agit donc d’un mot anglais, qui désigne par métonymie, le déroulé d’une réunion, des interactions entre ses membres, de façon chronologique (minutes par minute), plutôt que de façon thématique, analytique ou synthétique. 

*Ces douze membres sont les sept membres du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale + le président de la Federal Reserve Bank de New York + quatre des onze autres présidents de la Reserve Bank, qui remplissent des mandats d’un an par un savant système rotation.

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